Ailleurs et Jadis (Sorcière Blanche en fooorce!)

Lundi 22 décembre 2008
 

Deutschland über Alles!!! (3eme épisode: Moyen Age et romantisme: la Grâce agissante)


Et c'est reparti pour de nouvellezet trépidantes aventures teutonnes... voici venir la dernière couche de confiture autobiographique, ne poussez pas trop vite cet ouf de soulagement que je vois éclore sur vos lèvres virtuelles (vous savez que c'est très excitant des lèvres virtuelles, mais ne nous égarons pas, bref, vive le virtuel, mort au réel embourbé dans la corporalité), vous n'êtes pas encore sorti de l'aulnaie.

En fond sonore, si ça peut vous intéresser, Ute Lemper chante des airs de cabaret des années 30 (je vous la recommande, elle est vraiment très très chouette!).

Ça n'est pas encore en seconde que je découvris le romantisme et devinez sur quelle illustration (nettement plus réussie, je précise) s'ouvre mon cahier? Je suis pitoyable de constance dans mes lubies: la sempiternelle barbare est de retour, sauf que cette fois, pogo oblige, elle a des pics partout _au point de soulever des doutes sur d'éventuelles aventures odiniques avec les gros machins hérissonesques de Mario (ou Zelda, j'ai oublié), mais laissons là la théozoophilie_ tient une énorme hache sanglante de sa main droite tandis que sa sénestre brandit une non moins énorme chope de bière, a deux grosses tresses blondes, une cape de fourrure à provoquer à Sewerin l'érection du siècle (ceux qui ne lisent pas Sacher Masoch sont des moufles), bref, elle était la porte parole du Black et Pagan metal scandinaves que j'ignorais encore devoir rencontrer incessamment avec heurts et fracas. Suivant l'évolution normale de la fantasy-freak en barbaro-metalleuse, c'est consciemment et résolument intoxiquée que je rencontrais au début de l'année la famille qui allait me recevoir pour trois semaines à Hanovre.


Changement de personnalités mais confirmation des tendances lourdes constitutives de la germanité: les parents étaient à la tête d'un très important magasin d'horticulture, et s'ils n'avaient pas le côté intello-bobo-post 68 de mes hôtes souabes, leur rapport à la nature n'était pas moins fort, leur fille ainée, doucement rebello-révolutionnaire qui cultivait de la Marie Jeanne en serre s'apprêtait fort consciencieusement à reprendre l'entreprise familiale tandis que sa jeune sœur moderne, branchée passait son temps à tenir son rôle d'ado sociable et de fille cool. Le tout dans une maison que le couple avait faite construire selon leur plan, une superbe demeure de bois dont le toit s'ornait de deux profils de chevaux croisés à la mode de Rohan. Les deux chevaux n'étaient pas que des ornements architecturaux mais paissaient joyeusement sur les terres familiales, plus un petit shetland moche (je hais ces petits machins teigneux): le père pratiquait l'équitation western. Je ne mentionne même pas le jardin et vous laisse vous imaginer son entretien parfait, découpant des recoins mystérieux, des havres d'harmonie autour d'un ruisseau aménagé en petites mares, s'ouvrant sur les champs sur lesquels donnait aussi la baie vitrée de ma chambre (ce qui faisait que chaque matin je m'habillait fort indécemment sous l'œil du soleil levant).

Deuxième version du Paradis allemand: je me levais avec le soleil pour partir à travers bois et champs galoper avec le père de famille, fort heureux de trouver de la compagnie dans ses cavalcades matinales depuis que ses filles avaient quelque peu perdu leur intérêt pour la chose équestre. Surprendre les biches, les renards sur des réserves de chasse au petit matin, le visage fouetté de feuilles ruisselantes, traverser à la diable un pont d'autoroute en criant «yeeeeeeeehah!», passer par la boulangerie du village voisin prendre les Brötchen du petit déjeuner, partir en vélo à l'école, passer l'aprèm' à faire les tests stupides de «Brigitte» avec des amies, ou à visiter Hanovre (direction les boutiques rôlistes, goth', manga, le tout se trouvant derrière la gare, si jamais vous passez quelques jours là bas) en solitaire et le soir aller à l'opéra pour 5 euros la place!!!!

Je découvrais encore plus de choses qu'au cours de mon premier séjour: une journée à aider au magasin, à apprendre les vertus et les noms latins des «simples», une demi-journée à m'occuper des enfants lors d'une fête entre voisins, à gérer les promenades à cheval, à découvrir l'étendue de la catastrophe culinaire que je représente ayant par malheur voulu faire découvrir à ma chère famille hôtesse une spécialité aveyronnaise qu'il fallu couper à la hache!!! (mais qui fut entièrement raflée par une mère de famille dont le fils avait développé une addiction à la chose pour le plus grand soulagement de toute l'assemblée), à essayer la monte à cru et à la hussarde par surprise de surcroît (mais sans pousser de cri, il y a des limites à la témérité) qui finit en quelques secondes dans les fils barbelés, le cheval n'ayant guère apprécié la brusquerie de la chose, me laissant une cicatrice fort martiale qui peut être développa chez moi une certaine manie plus ou moins morbide, quelques heures à ramasser des fraises dans une coopérative agricole, un voyage à moto qui décida de mon dégoût pour la voiture (on ne peut que haïr la voiture quand on a goûté à la chevauchée sauvage d'une puissante cylindrée à hurler du métal dans son casque).


La vie d'une fille normale de mon âge (curiosité d'intérêt théorique et scientifique pour moi) le nutella, le jogging pour dépenser le nutella, le shopping chez H&M, les glaces au soleil avec des amis, les problèmes de l'adolescence: une meilleure amie anorexique. Et l'école, qui ne fit que confirmer ma première expérience, l'anthroposophie n'ajoutait finalement que très peu au laxisme ambiant: en cours de chimie, en pleine manipulation d'acide, les garçons laissaient leurs cheveux longs traîner partout, d'autres s'asseyaient sur les paillasses, je songeai que ma prof ultra stricte qui exigeait de nous une paillasse parfaitement ordonnée, des cheveux tirés, des manches remontées, des sacs entreposés au fond de la salle, en eut fait un infarctus. Et que ça mange en cours, et que ça contredit (intelligemment et à propos) le prof, le tout en assurant un niveau aussi bon que dans mon propre lycée! Prenant goût à cette joyeuse anarchie responsable, je n'hésitai pas, en cours de français, à me lever pour entonner «vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine» lorsqu'un jeune impudent eut des velléités d'annexion en répondant une gosse hérésie à la question «qui appartient l'Alsace?». Inutile de préciser que lors du contrôle de français, duquel j'étais fort heureusement dispensée et où je bouquinais tranquillement dans le hall, tous les élèves se rendirent au moins une fois aux «toilettes» en passant bien évidemment par la case «hall». Pour ce qui est des activités en plein air, le lycée d'État n'avait rien à envier à la Waldorfschule: randonnées en vélo, canoë (journée mémorable où nous manœuvrions des avirons métalliques sous les saules alors que l'orage grondait, du coup, peu sensible au romantisme de la chose, et après que mon coéquipier m'eut galamment avertie que la probabilité de se faire foudroyer était 6 fois plus grande que celle de gagner au Loto, nous arrivâmes au but un bon quart d'heure avant les seconds, ce qui nous valu les honneurs de la course), barbecue en forêt etc... Nous nous retrouvions le soir en ville pour profiter de la politique culturelle exceptionnelle qui propose des places à 5euros pour les jeunes à toutes les représentations lyriques et théâtrales. La Française, que dis-je, la Parisienne en moi crut d'abord ne jamais se relever de la honte d'aller écouter la Traviata en rangers (camouflées sous un pantalon noir long, avec le pli comme il faut) et cheveux rouges (bien tirés en chignon strict) avant de voir les meilleures places du parterre occupées par des jeunes en jeans déchirés, T shirt de groupes et tignasses über barbares. Lors d'une autre représentation, nous eûmes la patience, la ténacité de tenir 15 minutes devant de l'absurdité conceptuelle sensée représenter lourdement la bureaucratie et le sordide des années 40 (du genre dans un décor dépouillé, 5 personnages en habits poussiéreux face aux murs, un va piquer une crise d'épilepsie orgasmique au centre, puis retourne à sa place, deux échangent solennellement leurs places en traversant la scène au pas de l'oie etc... et ad nauseam) avant de nous lever comme un seul homme pour aller lécher des glaces, activité autrement plus enrichissante que de se forcer à la sodomie de diptères qui ne demandaient rien à personne.


C'est dans la classe d'Annabel (qu'on appelait Anna, de toute façon, j'eus rapidement l'impression que de même que tous les Japonais s'appellent Tanaka, toutes les Allemandes s'appelaient Anna, il y en avait au moins trois par classe) que je rencontrai une fascinante jeune fille qui ne faisait guère partie des fréquentations de mon hôtesse, une jeune fille pâle et frêle à cheveux verts! Ces cheveux étaient incroyables, laids pour la plupart de la classe (des «filles cool et populaires» surtout), ils étaient de la même couleur que ceux du jeune garçon/dragon du Voyage de Chihiro, un mélange naturel de chatain, de cendres et de tas de nuances qui donnait au final une impression de vert tendance kaki (des cheveux camouflage!), je les trouvais magique et me liait très vite d'amitié avec la jeune fille (je ne prends pas la peine de préciser son nom, il tombe sous le sens), mangaka en herbe qui travaillait un projet de BD fantastique et féérique, avec laquelle je partageais de nombreux goûts musicaux. C'est elle qui me m'indiqua la boutique (derrière la gare!) recommandée par un magazine de jeux de rôle, SF et fantastique «Nautilus» acheté l'année d'avant à Pforzheim et c'est dans cette boutique, autrement plus agréable que nos Albums germanopratins fréquentés essentiellement par des geeks et des individus un poil glauques fascinés par des figurines ignobles de nounours mutants, que je m'initiais au Shôjo Manga (je pratiquais déjà le Shônen depuis un certain temps et tenais les autres catégories pour insupportablement niaisouillardes).

Je découvrais la grâce de ces créatures disproportionnées, trop grandes, trop maigres, de ce déni de la vie et de l'existant pour construire un rêve dans une bulle de savon, ce culte de la pose, de l'attitude sans vie, ces jeunes gens androgynes qui ne vivent que pour leur beauté de porcelaine dans des amours bisexuelles, la confusion des genres dans un hymne à la mélancolie, Tristesse et Beauté du rêve impossible. Le Shôjo et ses personnages désincarnés m'apparut comme l'ultime refuge du décadentisme et du dandysme, si Oscar Wilde avait vécu au XXIeme siècle, il serait devenu mangaka (ou pop idol comme le propose le magnifique et complètement plat Velvet Goldmine, film qui est au cinéma ce que le Shôjo est à la BD: de la grâce, des poses, du rêve pour l'amour de la Beauté sans un seul soupçon d'intérêt scénaristique). Dans un Shôjo, il n'y a pas DU TOUT d'intrigue, et tout le monde s'en balance, les divers tomes d'une série pourraient avantageusement être remplacés par un gros artbook avec des tas d'éphèbes alanguis, divinement maigres, aux yeux profonds et charbonneux, de jeunes sylphides diaphanes aux doigts aussi longs que ceux d'ASP, aux costumes de poupées macabres flottant dans les limbes du rêve. Je me rendis alors compte que le Japon nous venait d'Allemagne, tous les animés, les mangas, les groupes de visual key y sont produits avec au moins 5 ans d'avance sur nous, si ce n'est 10 (c'est aussi pour cela que nombreux jeunes groupes allemands comme Death Stars ou Cinema Bizarre empruntent leur image éffémino-dark au visual, avec les conséquences dramatiques que l'on sait sur le public féminin). Si je dis que c'est en Allemagne que s'est enflammée ma passion pour le Japon, cela va encore craindre politiquement, mais bon, c'est esthétiquement vrai (pardonnez moi l'oxymore, en effet, dans le domaine du Shôjo du moins, l'esthétique, la Beauté ne peut être que fausse, morbide et délétère, les pages que lisent des millions de jeunes filles exhalent l'anorexie, l'homosexualité, la stérilité glacée, la chlorose et même pas en filigrane. La lectrice le sait et consciemment s'enfonce dans cette mélancolie morbide, comme elle fumerait un opium. On peut dire que le Shôjo est l'opium du peuple mais aussi sa rédemption car par lui la masse apprend à fantasmer, à s'élever à l'idéal en dépassant «la peau», l'instinct bestial de vie. Le Shôjo est l'avatar ultime de la nihiline). La Japon donc, me fut enseigné, instillé en intraveineuse dans cette boutique hanovrienne, le Japon moderne du Shôjo mais aussi l'honneur samouraï, la férocité des assassins, les perversions esthétiques, le délicieux sadisme du Japon féodal à travers L'Habitant de l'Infini (Blade of the Immortal) de Hiroaki Samura, superbe manga, mon préféré très très très loin devant tous les autres, images somptueuses, combats sublimes!


Mon ultime «initiation» à moi même eut lieu grâce au père de famille qui avait le bon goût d'apprécier, outre l'équitation western, les marchés médiévaux où de talentueux artisans présentaient un travail de sellerie qu'il goûtait pour ses deux montures. J'étais déjà fascinée de loin par le Moyen Age, rapport à l'épopée des Niebelungen, à l'Edda de Snorri Sturluson, et SURTOUT à tout le mouvement médiévalo-fantastico-rôlistique, je portais une épée en pendentif achetée lors d'une fête médiévale aveyronnaise fort historiquement authentique mais très loin de l'ambiance et du professionnalisme des fêtes allemandes _épée remplacée depuis par un os trouvé sur un chantier archéo (Vanitas etc...) puis plus récemment par Mjöllnir_ c'est donc surexcitée que j'arrivai à la maison avec un prospectus pour un marché médiéval avec tournois, concerts etc... qui se tenait dans les jardins princiers d'Hanovre. Responsable de l'excitation avancée, un nom sur le prospectus: Corvus Corax! J'avais découvert ce groupe quelques années plus tôt grâce à une compilations de musique celtique impitoyablement emmerdante à coups de voix éthérées sur trois accords lamentables de harpe, au milieu de cette daube infâme, rangé là dedans à cause de la cornemuse, un titre envoûtant, sombrement épique, vampirique «Mille Anni Passe Sunt» avec en plus des passages en roumain, imaginez le culte que je vouais à un groupe absolument inconnu en France pour mon plus grand malheur. Je regrettai amèrement de n'avoir ma robe de GN cousue main pour me rendre à la fête mais pour compenser le père de famille me prêta un long manteau d'équitation en cuir qui avait LA classe internationale du rôdeur ténébreux! Là bas, des tentes de toile de lin blanches ou décorées, des artisans au travail passionnant, je restai des heures à les observer œuvrer tandis que Claus (le père d'Annabel) discutait avec de vieilles connaissances en marchandant des brides ornées, je discutai aussi un peu, m'improvisai aide de forge en activant le soufflet, ravie d'entendre le forgeron m'expliquer son art, même si je ne saisissais que les trois quarts de son enseignement, j'admirai les chefs barbares barbus et chevelus s'entraîner à l'épée, je n'avais plus qu'une envie: en être! Bien sûr tout ceci était incroyablement fantaisiste et «unauthentisch» comme je l'appris plus tard en fréquentant de véritables groupes de reconstitution historique, mais l'ambiance était incroyable, le campement idéal des jeux de rôle, des BD médiévales, avec ses ribaudes, ses rôtissoires, la bière et l'hydromel coulant à flots, les cris très brooootal death des barbares, le bain public, mixte, où l'on buvait et mangeait (ultra décadent). Je m'achetai une corne et aidai puissamment à sécher le tonneau percé. La nuit tombait, je m'exprimais nettement mieux et étais sensiblement moins timide après avoir vidé quelques cornes (une petite corne signale-je à l'attention ceux qui connaissent ma corne d' une pinte, qui me fut d'ailleurs offerte par Claus lorsque Anna et ses parents passèrent quelques jours en Aveyron sur mon invitation, le même été), Claus avait conclu une bonne affaire, Heiterkeit herrschte (l'allégresse régnait me paraît un poil bebête, la peste soit des non-germanistes!), et dans un sursaut d'enthousiasme, une des troupes me proposa, en plaisantant, de rester avec eux pour aller de marché médiéval et marché médiéval. Ils ne savaient pas à quel point j'en brûlais, je me jurai de le faire un jour, avec eux ou d'autres. Les spectacles alternaient sur la scène centrale: un joyeux groupe de musique médiévale, attirant principalement les enfants des différentes troupes et des visiteurs, puis deux danseuses orientalo-médiévales (le summum du un-authentisch), rousses, ce qui me fit fantasmer un bon quart d'heure sur la généalogie vampire d'Akasha (je le répète, Anne Rice c'est bon, mangez-en! Mais contentez vous des trois premiers tomes des Chroniques Vampires pour éviter l'indigestion, et lisez-le en anglais, c'est très facile et beau!), puis die Ostgothen, même si par hérédité ancienne je préfère ceux de l'Ouest, ce groupe de musique barbare (du médiéval TRES musclé) me fit sauter sur place, ma corne à la main, tandis que la foule s'assemblait devant la scène, attirés autant par la musique plus virile que par la jongleuse/danseuse qui manipulait bolas, fouets et éventails enflammés qui faisaient courir de fauves reflets sur son corps très largement dénudé (et qui plus est sommairement recouvert de cuir, vous imaginez qu'avec l'hydromel et la musique barbare, la chose était fort attractive pour la mâle population, sex, beer and bagpipe!).

C'est après cette prestation que commençaient les concerts tant attendus, sur un autre lieu, à savoir une clairière dans les bois quelques mètres plus loin, et là, une vision qui fut pour moi révélation (surtout après m'être gorgée d'Anne Rice pendant un an). Un sentier entre les arbres menait au lieu du concert, la nuit était tombée, des flambeaux éclairaient les bois sombres (je vous passe le laius romantiquement enthousiaste sur les ombres, le feu, les arbres etc...) de part et d'autre du chemin, une armée noire aux visages livides: des hordes de gothiques armés de bagues armures, de clous divers et variés, parés de velours, de dentelles, corsetés, recouverts de manteaux de ténèbres, de capes, d'armures cyber-punk, chaussés de rangers matrixiennes ferrées ou de bottes à (très) haut talons, leurs yeux pleuraient des larmes de bile noire, s'ornaient d'entrelacs mystiques, leurs lèvres rouge sang ou noires étaient un appel aux corruptions sensuelles, sur le blanc resplendissant de la chair s'inscrivait la poésie de l'ombre, le chant de l'enfer. Mon âme hurlait de plaisir esthétique et de Sehnsucht, j'invoquai toutes les créatures riciennes, qu'elles m'ouvrent les portes des ténèbres! Je parvins à me glisser au troisième rang, entre une espèce de folle lubrique moulée de velours pseudo médiéval noir et m'envoyant régulièrement sa longue chevelure rouge dans le visage quand elle ne se frottait pas à ma cuirasse équestre, n'ayant peut être pas compris que c'était une fille qu'elle recouvrait (malgré mes cheveux longs je ressemblait plus à un jeune métalleux qu'à ne lady goth') mais qui fut forcée de se calmer lorsque Corvus Corax remplaça Qntal sur scène et fit hurler ses cornemuses sur des tambours très énervés. C'est alors que la nuisance vint de mon voisin de droite, un barbare massif dont la non moins massive compagne avait cru judicieux de se dessiner de vampiriques morsures (je haussais les épaules, aucun vampire n'aurait le mauvais goût de croquer dans cette géante dodue, pas ceux d'Anne Rice du moins, ni ceux des Shôjo), couple au demeurant fort sympathique, après notre petit accrochage au sens propre du terme: je headbanguais, il sautait sur place, main gauche levée (en cornes, of course) et ce qui devais arriver arriva: mes cheveux se prirent dans ses bracelets à pique et sa bague armure, abrutis l'un comme l'autre par la musique (et peut être la boisson) nous ne comprîmes qu'après quelques minutes ce qui s'était passé, le temps pour moi de faire l'expérience des souffrances d'une marionnette tirée à gauche, à droite, en haut, en bas par les fils de sa tête, marionnette stupide qui évidemment remuait compulsivement la tête en direction inverse. Démêler tous ces nœuds nous pris le temps d'une chanson, aveugle que j'étais derrière mes cheveux, maladroit qu'il était en bon barbare, heureusement que sa massive dame était là et pu défaire le nœud gordien sans couper ni la moitié de mes cheveux ni la main de son copain (ce qui lui eut assurément manqué, à lui comme à elle). Du coup nous échangeâmes les places, je pus headbanguer en paix entre deux dames, préférant rebondir au besoin contre la walkyrie de droite que contre la folle de gauche.

La fin du concert ne sonna pas la fin de cette soirée de rêve, j'étais excité comme une chauve souris chez la comtesse Bathory, Claus voulait essayer son nouveau harnais: à minuit nous partîmes pour une chevauchée nocturne, mon esprit galopait bien plus vite que ma monture pourtant fort véloce, mon imagination volait avec des ailes de dragon. Seule l'Allemagne m'a comblée de moments si extraordinairement romantiques où l'on sent que le fantastique est tout proche, près à faire irruption, séparé de nous par un voile d'ailes de mouches et qui pourtant est aussi dur que les portes de Mordor, et cette proximité inatteignable, pressentie embrase l'âme, impossible distille en elle une douleur aiguë, ils nomment cela Sehnsucht.


C'est aussi à Hanovre que je sus que ma rétention à Stan prenait fin: j'étais acceptée à Louis-Le-Grand en 1ereL; Il y aurait beaucoup à dire sur ces différents lycées, l'atmosphère, les profs, les élèves, les valeurs, pour faire bref, aucun des deux ne l'emporte sur l'autre dans mon estime, peut-être leur consacrerai-je un article à l'usage des parents d'élèves qui ne savent où inscrire leur précieuse progéniture, mais là n'est point notre sujet. Le fait est qu'en changeant de lycée, mais surtout en passant dans une classe plus «spécialisée» les cours de langue prirent une toute autre tournure. Je commençai à lire des œuvres complètes, commençant, bien sûr, par les Deutsche Heldensage, histoire de retrouver mes potes Dietrich von Bern, Etzel et compagnie en VO, puis découvris Kleist grâce Michael Kolhaas tandis que mes camarades se ruaient dans Brecht. Enfin j'avais des camarades, des vrais, aussi barjot que moi, avec lesquels je pouvais discuter de Tristesse et Beauté, de Japon, de la Sehnsucht existentielle et autres choses qui nous tenaient à cœur. Certains s'enthousiasmaient pour Thomas Mann, je lui préférai Hoffmann grâce à l'éblouissement que fut pour moi der goldene Topf, ces mondes parallèles multicolores et fous qui attirent les jeunes héros hors du quotidien bourgeois, vers la folie, le bonheur autiste, le suicide, des tourbillons de magie sur les trilles de la Reine de la Nuit, der Sandmann, imago paternelle maléfique s'avançant vers Nathanael tel la statue du commandeur « Don Giovanni, a cenar teco... », la folie triomphante chantant le Dies Irae du Requiem. Il y eut aussi Hildegard von Bingen (que je n'ai toujours pas lue dans le texte), intellectuelle, mystique, conseillère puissante dans un univers d'hommes, riche des secrets de plantes, des pierres, des animaux, des couleurs et des harmonies célestes: le Moyen Age s'incarnait plus sérieusement que lors des marchés médiévaux et pourtant le rêve hanovrien continuait de me hanter c'est pourquoi je décidais de partir durant un mois grâce aux bourses Zellidja étudier la reconstitution médiévale en Allemagne.



Si la chose vous intéresse, j'ai jadis crée un blog là-dessus, à une époque où j'étais encore plus noob que maintenant (si si, c'est possible!) et ne savais ni gérer les commentaires, ni éditer mes articles après publication, donc il y a des TAS de fautes d'orthographe, c'est mal fichu en diable et en plus j'ai oublié le mot de passe de mon compte, donc la chose est à peu près irrécupérable, mais j'y ai laissé un compte rendu du voyage, quelques chouettes photos, et comme je suis une vieille cossarde, je n'ai aucune envie de me répéter, m'étant déjà cassé la tête une fois (je ne renie pas du tout mon compte rendu, seule la mise en page) donc courrez-y et faites votre miel, ô abeilles zélées!

www.blogushildegardensis.blogspot.com


Pendant un mois et quelques jours j'ai donc visité Cobourg (pour une fête historique interépoques sur le thème de l'artillerie: Tage des Donners), Nuremberg (où je pus découvrir les coulisses du musée archéologique et tenir entre mes mains une petite amphore romaine, où je tombais sous le charme de Dürer et des vierges gothiques de bois), Rothenbourg sur le Tauber (ville incroyable tout droit sortie d'un conte de fée, tellement idéalement romantique que c'en est kitsch!), un petit retour à Pforzheim pour dire bonjour à mes amis (et revoir la superbe abbaye de Maulbronn où vécut Faust!), Tübingen (il pleuvait et je ne connaissais pas encore Hölderlin), Kanzach (un bled tellement paumé qu'il n'est même pas indiqué sur les cartes régionales, mais abritant une reconstitution idèle de motte féodale dans laquelle j'eus la chance de passer plusieurs nuits sur un lit seigneurial reproduit à partir d'une pièce de musée!), Bad Wimpfen (la ville de Heinrich Barbarossa, une splendeur), Berlin (est-ce encore le peine d'écrire quelque chose? Oui, vous ne connaissiez sans doute pas le Museumsdorf Düppel ayant reconstitué avec les techniques d'époque un village du XIIIeme siècle et pratiquant l'archéologie expérimentale en matière d'architecture, agriculture, élevage, artisanat, nourriture), Quedlinbourg (LA ville à voir si vous aimez le Moyen Age, la spiritualité, l'Histoire et les sorcières), Hanovre (retrouvailles émouvantes!), les environs de Francfort (une semaine chez un adorable couple de médiéviste très très très fidèles en matière de reconstitution et dotés d'un génie à peu près universel), Worms (la ville des Niebelungen! Ville au 100 dargons!), retour à Kanzach (où je tins le rôle de Nigel Bellay (cf Sydney Fox, et non, je n'ai pas honte) au près d'un archéologue paganisant (musicalement parlant) et barbarisant (historiquement parlant)), Eisenach (et la Wartburg! Moins sublime que Neuschwannstein (que je fantasme allègrement) mais très très impressionnante tout de même), nouveau passage à Hanovre pour voir mes amis et les boutiques derrière la gare! puis Halberstadt (n'y allez que pour lire 1984 d'Orwell et vous taper un bon gros bad trip, sinon, il y a aussi deux sublimes églises dont l'une abrite la plus belle vierge gothique d'Allemagne), Hildesheim (ma-gni-fique, la place de l'Hôtel de ville est une splendeur, et il y a une église au plafond fresqué à tomber (au sens propre car il faut se pencher en arrière pour admirer la chose), un petit crochet par l'Autriche (après des heures de routes sur fond d'ASP!!! camp médiéval dans une noble ruine du XVeme en voie de restauration très Caspar David Friedrichienne) avant de revenir à Francfort.


Poum poum, me revoilà, je reprends l'article le 21 décembre. Bonne année à tous!!!!

Il se trouve que je suis dans les conditions idéales pour écrire ce qui suit: je n'ai pas dormi depuis 32 heures, ai passé hier 24h sans manger avant de me retrouver exposée aux rayonnements ténébreux de l'Incarnation de la Beauté. C'est précisément ce type d'expérience que j'ai pu faire en Allemagne à deux reprises, tout d'abord lors de ce voyage en 2005 puis cet été (2008) à Bamberg. La première fois, je partais à la recherche du Moyen Age (surtout du XI au XIIIeme siècles), de sa beauté, de sa spiritualité. Parcourant l'Allemagne seule, sac au dos, j'ai pu vivre des choses incroyables dans un état d'excitation avancée à la limite du délire du au manque de sommeil (que je ne vivais pas comme un manque, mais l'enthousiasme se refusait à toute paresse), à un état de carême permanent, à une tension nerveuse sans relâche. Dans cet état de fatigue physique et de suractivité spirituelle, émotionnelle, intellectuelle l'esprit se dresse sur sa plus haute cime, c'est le moment de toutes les synesthésies, de toutes les paniques, de toutes les extases. Chaque perception s'impose avec une force extraordinaire, l'effet de la Beauté est alors foudroyant, qu'il s'agisse de la Wartburg ou d'une course nocturne en voiture portée par des hurlements de pagan metal (avec l'archéologue médiéviste qui m'a fait découvrir mes groupes de pagan préférés). Au cours de ces expériences, le sujet ne fait qu'un avec l'objet, la beauté de ce que je contemple m'illumine, me sublime et me tord les entrailles de Sehnsucht. Sans doute du fait de mon «objet d'étude», cet état fut très souvent lié à la religion, aux églises pour culminer lors de la découverte fortuite du tombeau de ma sainte patronne dans ce que je considère comme la plus belle ville allemande que j'aie visité: Quedlinburg. Étrangement, l'ombre et la lumière s'unissaient dans cette exaltation: au cœur du Harz, région hantée de démons et peuplée de sorcières abritant le mythique Blocksberg, la Grâce m'envahissait sans chasser ces démons mais en les embrasant. Devant la beauté de cette ville médiévale, la prégnance démonologique et le rayonnement divin, mon âme chantait des louanges au Seigneur et hurlait sa félicité. En moindre mesure la découverte de Berlin avec un étudiant médiévisto-alternativo-gothique (tout en étant très sérieux et professionnel) me jeta dans une frénésie sombrement romantique alliant cimetière du XIXe, underground corseté de vinyl, élitisme XVIIIeme et culture geek! La Grâce agissait à travers le métal, à travers les fantasmes de virginité vampirique, à travers le génie d'ASP, à travers l'initiation à la forge pour culminer dans la prière illuminée devant des retables du XIVeme. Je compris par l'expérience ce que ma raison se refusait à admettre: l'augustinienne vérité de l'entier libre arbitre au sein de la Providence dispensatrice de Grâce. Ce qui m'avait toujours révoltée, me rangeant sous la bannière du Rebelle byronnien ou miltonien m'apparut dans l'expérience comme une évidence: oui, Dieu nous guide sûrement et imperceptiblement, Il est là, dans ce qui peut Lui sembler le plus étranger sous un regard profane (car rien ne Lui est extérieur), quand le black metal scandinave me donne envie de m'élancer vers Lui sur des ailes de dragon! Il n'y a plus de contraires dans la seule vérité de la joie immense, tellement débordante, tellement disproportionnée à notre âme qu'elle en est douloureuse, je suis moi, je me suis rejoint, pleinement, sans renoncement, au sein de Sa Grâce infinie qui étreint mes plus fangeuses ténèbres!


A ce stade je suis définitivement passée pour une folle aux yeux de mon rare (mais ô combien précieux) lectorat, bon, ne réservez pas tout de suite ma camisole: il est très malaisé de décrire la Grâce, seule l'expérience la révèle. Je ne pense pas qu'un tel sublime puisse passer par des mots humains (je ne parle pas de Sainte Thérèse d'Avila ni Saint Jean de la Croix qui étaient inspirés), en tout cas pas par les miens. A entendre le catéchisme à ce sujet, j'avais toujours considéré cela comme du totalitarisme divin, comme un viol du Je profond, je n'ai pas la prétention de le mieux expliquer que les catéchistes. Donc soyez indulgent, ô rationaliste lecteur!

Je ne m'étalerai pas davantage sur la façon dont l'Allemagne a façonné mes goûts et mon identité, vous avez déjà eu plus que votre ration d'autobio, avec les médiévistes, je me suis plongée dans le mouvement goth' allemand, ses groupes, ses magasins, ses soirées, si vous voulez en savoir plus, hop, sur mon ancien blog!


Sautons quelques années (chronophilie, mmmh, à exploiter, c'eût fait bander Proust je n'en doute point, surtout qu'à un N près... mais ne glissons pas) et tombons lourdement à Bamberg, cet été, après six mois d'acédie profonde et un concours raté. Un mois, une cinquantaine de participants d'au moins 18 ans, un noyau dur de quarante personnes en comptant les étudiants allemands qui nous accompagnaient, et miracle: une atmosphère exceptionnelle de camaraderie excentrique, sans querelles, ni jalousies, ni ressentiment, ni histoires de cul ni de coeur: le paradis! Les étudiants venaient du monde entier, du Japon à l'Angleterre en passant par l'Ukraine, tous animés par leur amour pour la langue et la culture allemandes et par leur enthousiasme pour le sujet «E.T.A. Hoffmann et le romantisme allemand». Nous étions tous à la fois passionnés par nos excellents cours et prêts à suivre nos guides étudiants dans toutes les excursions et surtout toutes les fêtes à base de bière et Bratwürstchen, de Vodka-Redbull et de gros son! Tous différents, tous curieux les uns des autres et respectueux des cultures étrangères (je ne me suis même pas disputée avec les jeunes Turques, c'est dire!!!). Les cours dispensés par des doctorants à l'université sur Novalis, Hoffmann ou Eichendorff étaient de la pure jouissance intellectuelle, je n'avais jamais atteint ce niveau là en khâgne, malgrès toute l'affection et le respect que je porte à mes profs, elles étaient enfoncées bien profond! Plus qu'un cours, nous avions établi une véritable relation d'amitié avec nos enseignants, il faut dire que les conditions étaient idéal: si nous étions là, nous étudiants, c'est que nous aimions la langue, le thème global et le sujet particulier du séminaire, s'ils étaient là, c'est qu'ils aimaient les auteurs dont ils nous présentaient les œuvres, bref, une communion totale dans l'Esprit du Siècle (enfin, du fin XVIIIe début XIXeme). Représentez vous en particulier un doctorant passionné d'Histoire et de Littérature médiévale, de leur influence sur la littérature postérieure, sur l'art en général et sur la culture actuelle (un poil geek, je vous l'accorde), qui instaure le débat perpétuel dans son cours (ce qui s'est trouvé être la méthode la plus constructive entre toutes) pour nourrir l'interprétation des lectures des uns et des autres et faire de l'intertextualité non pas dans un rapport binaire auteur-lecteur mais dans un remue-méninges (le terme est fort naïf mais à le mérite de remplacer «brain storming») à neuf lecteurs et un auteur, qui arrive en cours avec de magnifiques gâteaux en forme d'ogives, parce qu'il n'avait rien à faire, alors il a fait des gâteaux pour nous, qui est marié à une forgeronne, qui écoute In Extremo et Corvus Corax!!!


Le romantisme était omniprésent, il nous obsédait consciemment cinq heures par jour, moins consciemment le reste du temps, ce qui fait que dès la troisième semaine nous étions au bord de la folie hoffmanienne et dans un état d'excitation brûlante, exaspérée par le manque de sommeil et l'agitation permanente. Nous organisions des pique-niques nocturnes autour d'une fontaine dont le miroir reflétait les bougies que nous y avions déposé, dans les jardins d'une église gothique; nous fréquentions les clubs alternatifs underground, nous nous réunissions chez l'un ou l'autre pour refaire le monde et des jeux stupides à mesure que les bouteilles se vidaient. Outre cette ambiance extraordinaire, je me sentais enfin bien en moi, bien où j'étais, chez moi! Alors que mon premier séjour prolongé ne m'avait pas permis de me ressentir cette appartenance, étant toujours en situation de passage, en tension permanente pour capter les plus possible de sensations, dans l'urgence de l'éphémère (ohlala, catastrophe, je vais finir sur France Culture moi!) du transitoire, je vivais enfin l'Allemagne de l'intérieur, en allant faire mes courses chez Aldi, en luttant contre une invasion de poissons d'argent, en maudissant les Amis (qui n'ont rien d'amical mais, comme les poissons d'argent, sont plutôt envahissants, occupants dirons-nous) et leur saloperie de base militaire. Pourquoi étais-je à ce point chez-moi? Parce que là bas, dans une ville de la taille d'une petite préfecture provinciale, on trouve un rayon Metal du tonnerre de Thor dans le premier Müller (l'équivalent de notre Monop') venu, rayon séparé de ses voisins Gothic et Punk, parce que 50% des jeunes gens affichent leur bon goût par des T-shirts de groupe, parce que 40% ont les cheveux longs, parce qu'il y a une fois par semaine une nuit Hard and Heavy dans un des clubs de la ville, par ce que les jeunes des deux sexes y sont incroyablement beaux et cools. Après être revenue en France et en avoir fait l'expérience grâce à une déferlante de touristes teutons, j'ai été tentée de penser que toute beauté était allemande et que tout Allemand était beauté, mais, me souvenant de mon séjour, force est de réviser cette estimation à la baisse. La beauté est la chose du monde la moins bien partagée, elle existe en cinq fois plus forte proportion en Allemagne qu'en France, et je pourrais la juger approximativement à un taux de 40%. Chez les jeunes touristes (les étudiants), sûrement de part le niveau socio-culturel et l'éducation du goût, elle s'élève à 90%, et encore, je suis sévère. A Bamberg, on trouve trois boutiques goth', et les articles y sont sensiblement moins cher qu'en France, une compil' de deux CD, soit une cinquantaine de titres, comprenant un bon pour un magasine fort épais et bien illustré, coûte 9 euros! On trouve une boutique spécialisée en manga, comics, jouets pour geeks et albums d'OST, imaginez cela dans une ville minuscule!!!! Les vieux y sont sympa, accueillants, protecteurs, ils voient défiler ces hordes de jeunes corbeaux avec bonté, allant parfois jusqu'à s'intéresser à leur musique. Les villes sont médiévales. Même les chiens sont plus sympa qu'en France (enfin, qu'à Paris, ce qui n'est peut être pas très représentatif). Par contre, il y a des limaces...


Mais revenons à nos extases. L'excitation, les veilles et une certaine frugalité m'avaient déjà fait entrer dans une réalité plus profonde, où tout devient signifiant, où les ombres vous parlent, où le fantastique s'exhale de chaque pierre et qui plus est de chaque plante, où l'on se demande lequel, du corps ou de l'esprit sombrera le premier. Le dernier jour, par un merveilleux soleil de fin d'été dorant les jeunes mortes d'un éclat mélancolique, un jour Traklien, je décidais de visiter une église dont la danse macabre était vantée. Ce fut le départ d'un enchaînement de beautés, de coïncidences qui ne pouvaient en être, de perfections où chacun de mes souhaits les plus inconscients, les moins formulés se retrouvait exaucé. Sur le chemin s'ouvraient de magnifiques jardins derrière d'imposantes grilles de fer ouvragé, de mystérieuses tourelles cachées sous le lierre, de nobles immeubles XIXeme. L'église elle-même était magnifique, ses voûtes s'ornaient de fresques florales représentant les plantes bibliques, des gisants baroques représentaient le mort à l'agonie sous l'étreinte de la Faucheuse, lorsqu'enfin je trouvais la «chapelle du Saint Sépulcre», j'eus l'impression, après tant de beauté, que cela m'était donné «par surcroît»: la Danse Macabre était une splendeur baroque, la finesse du stuc sur des fresques pastelles, la délicatesse des squelettes souriants pourchassant des putti (la seule apparence sous laquelle le putto m'est supportable: dans la seconde avant qu'il ne soit harponné par le javelot de la Mort), la Mort couronnée et mélancolique, dans une pose Hamletienne, mais surtout la Mort s'amusant à souffler des bulles de savon. Délicatesse poignante, tristesse et beauté, mélancolie de l'éphémère! Tant de beauté, tant de joie m'incitent à prier et c'est alors que je remarque un classeur de prières dont certaines m'émeuvent et que je souhaite recopier avant de me rendre compte que le curé en a mis plusieurs par feuillet avec une note expliquant que le visiteur était libre de les prendre, chose bien minime mais qui m'apparut comme un don de plus. Je quittai peu après l'église et trouvai une indication vers une seconde église 100m plus loin, autant d'admiré me disais-je en marchant dans sa direction, sans savoir que j'allais découvrir une église othonienne du XIeme siècle marquant une étape du chemin de Saint Jacques!!!! Orgasme de médiéviste! A l'église succéda la visite du palais épiscopal et sa peu morale débauche de luxe (non pas que le luxe soit immoral en soi, ni même que sa surabondance me choque dans les églises, mais quand il s'agit du divertissement du clergé qui se roule dans l'or de l'âpreté au gain et la pourpre du stupre, là, ça craint à donf!) qui ajouta encore à mon émotion esthétique.

Au moment de rejoindre mes amis pour la fête d'adieu, je débordais de joie, de grâce, de beauté, elles imprégnaient chaque fibre de mon être, chaque vision, chaque son s'auréolait de félicité. Et re-belote pour une session « je danse dans la rue avec un sourire béat et fringuée en gotho-metalleuse pour couronner le tout, me signe en pleine rue tellement mon coeur suffoque d'Amour pour Dieu, avec ma bague armure naturellement, histoire de passer encore plus pour une mystico-goth'! ».

Jamais je ne ressentis de telle chose ailleurs, nulle part ailleurs je ne connus ainsi la Joie Parfaite, dans aucun autre pays je ne me trouvai à ce point en phase avec mon environnement, intégrée dans une communauté dans laquelle je me reconnais. Pour moi le Bonheur est Allemand!


Par Dagorwen
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Lundi 1 décembre 2008

Devinette à 1000 euros: avec quelle illustration s'ouvre mon classeur d'allemand de 3eme? Brünhild façon shojo manga et aérienne, épée au poing, cheveux au vent (je suis sûre que personne, non, personne n'aurait pu le deviner, c'est tellement étonnant et original!) et pourtant au programme politique et société: l'Allemagne de 1933 à nos jours. Je crains fort de n'en avoir eu strictement rien à cirer, sauf peut être des histoires autour du mur de Berlin, ces trésors d'ingéniosité mobilisés pour passer à l'Ouest, ces histoires d'enfants qui jettent des bouteilles dans l'Elbe et établissent une correspondance outre-rideau de fer, ces confrontations après la chute mais surtout que les Ossis avaient d'abord pris les Wessis pour des lanternes (j'étais tellement fière de ce calembour ridicule que j'ai tenté de l'expliquer en allemand vraisemblablement sous le coup de l'hypocras, après de longues explications hasardeuses, la chose a fait rire mais je crains que ce soit parce que nous avions un tantinet forcé sur les alcools médiévaux), bref, nous eumes droit à la Realpolitik du cour de langue.


Il en fallait bien plus pour porter atteinte à ma monomanie germanophile et mon voyage linguistique de fin de 3eme à Pforzheim me fit basculer dans une nouvelle dimension. Lecteur compatissant qui en a décidement plein les bottes (de cuir noir) de cet acharnement que, s'il est autobiographique, j'espère neamoins échapper au rousseauisme, mais qui vous doutez bien que si j'ai divisé la chose en épisodes, il va forcément y en avoir trois, et qui par conséquent commencez à prendre votre mal en patience, vous aviez il y a peu imaginé une petite fille bien zarb, type Mercredi Adams, je vous demanderai encore un petit effort pour vous représenter la même petite fille (que son inexpérience totale de tout ce qui fait la puberté interdit de qualifier du nom d'adolescente malgrès ses 14 ans) qui a peu grandi mais a entre temps découvert Rammstein au cours d'un chantier archéologique (il ne s'agit pas du résultat des fouilles bien sûr) mais qui, depuis qu'elle respire, a été placée dans des établissements catholiques et évolue depuis désormais 7 ans dans l'univers goulaguiforme de Stanislas (si vous ne savez pas ce que c'est que Stanislas, tant mieux pour vous, il est des choses qu'il vaut mieux ignorer, bon, j'exagère, il y a surtout les meilleurs profs de Paris).


Mais avant de poursuivre la narration de mes trépidentes aventures, et dans le but avoué de créer du suspens dans une histoire plate comme (celui qui répond «ton torse» au fond de la salle se prend un poing d'amazone ambidextre dans sa salle tronche de phallocrate) la Basse Saxe (région de Hannovre, O crasseux ignorantins!), je ne puis évoquer Rammstein sans consacrer un bref (enfin, priez pour qu'il le soit) paragraphe à ce groupe mythique, second groupe allemand de renommée internationnale depuis les Scorpions, à la différence près qu'ils chantent en allemand, eux (je ne compte pas Dschingis Kahn, leur rennomée n'est pas si internationnale que ça) et dernier en date (contrairement à une audacieuse campagne de désinformation qui sévit depuis quelques années). Rammstein est l'ultime groupe allemand, le représentant de la germanité dans toute sa splendeur. Oui, ils sont provoquants, ne font pas vraiment dans la dentelle mais si on y regarde de plus près, leurs textes sont beaucoup plus profonds (hum hum) que la plupart des sornettes pseudo engagées du rock français. Rammstein, c'est l'énergie pure, le feu prométhéen sur scène, la Realpolitik du métal (le chanteur est un ancien champion de natation de RDA, ce qui explique bien des choses rapport aux substances plus ou moins licites en vigueur à cette époque et un des membres du groupe est vannier!!!), c'est l'Homme à la fois ange et bête qui hurle dans le déchirement de sa condition, c'est la Brute Blonde nietzschéenne empoisonnée de mauvaise conscience qui se laboure les entrailles, c'est la fange de l'inconscient, la pulsion de mort qui jaillit vers le sublime.

Pour être un poil plus concrète, c'est un groupe influencé par Goethe, Kant et Freud, imprégné de culture et de complexes judéo-chrétiens, un groupe qui donne la parole à l'Innomable en nous, à savoir les pulsions incestueuses, nécrophiles, cannibales, pédophiles, mortifères, à tout ce que la société rejette (l'homosexualité, la bestialité, le sadomasochisme, la guerre ouverte des sexes) qui refuse de fermer les yeux devant le monstre qu'est l'Homme, qui ne se pose pas l'idiote question bien pensante «comment des hommes normaux ont pu se muer en machines à tuer lors de la seconde guerre mondiale?» mais qui met en évidence la fascination qu'exercent ces ténèbres en chacun de nous. Alors que des groupes de black metal prennent des poses «eviler than you» pour chanter we who face darkness in our heart with a solemn fire (Dimmu Borgir, Progenies of the great Apocalypse dans Death Cult Armageddon) avec l'emphase d'un romantisme léché, eux ne le disent pas, ils le font. Rammstein est peut être à la musique ce qu'Otto Dix est la peinture: violent, dérangeant, grotesque, outrancier, mais subtil dans son ambiguité. Je pense d'ailleurs me livrer sur ces pages à quelques analyses de leurs textes que je ferais étudier à mes élèves si j'était prof d'allemand (je n'ose même pas imaginer les plaintes des parents ^^).


Reprenons enfin le fil de notre histoire là où nous l'avions laissé, vous étiez, O rare mais précieux lecteur, en plein travail d'imagination de Mercredi Adams, devenue entre temps Lydia Deetze, dans un collège catholique très stricte et qui se retrouve parachutée pour trois semaines dans une famille bobo branchée de Pforzheim à fréquenter une école anthroposophe! Attention choc des cultures! Mais pas dans le sens aggressif, incompréhension mutuelle et guerre atomique, non! Plutôt révélation, entrée au Paradis, extase!

Je m'entendais parfaitement bien avec tout le monde (logique: pas de Français en vue), le père était un célèbre illustrateur et prof de design dans une école d'art, il me conduisit à plusieurs vernissages (je découvrais en passant l'art conemporain et le branchitude teutonne consistant à faire des vernissages dans des ateliers désafectés à moitié en ruine; décors qui appelait la fusillade à l'aveugle entre deux gangs, les punks halucinés entre deux injections, une victime sanglée de vinyl entre deux châtiments; avec des lumières morbides, une décoration glauquissime à base de fer forgé par un Tim Burton dépressif et sous acide, de la dark electro en fond sonore et des tas de personnes fort respectables discutaillant galament autour de petits fours et coupes de champagne... j'adorais!!!) la mère prof de musique à domicile. Les enfants étaient la germanité incarnée: un garçon immense, blond pâle aux cheveux très bouclés, deux filles modèle mannequin, libres et sûres d'elles sans l'once d'une idée de supériorité et une petite poupée adorablissime (pourtant je hais les gosses), la petite hobbite par excellence, quoique mâtinée d'elfe, dans le doute on dira que c'est Elanor (la fille de Sam et Rosie). Je n'aurais pu tomber dans une famille plus archétypale de l'Allemagne moderne, écolo, gauchiste mais traditionnelle, la voiture familiale était un mini car Volkswagen jaune (une voiture très « Waldorfschule » ironisait la mère), on mangeait strictement bio, on triait, on y pratiquait toutes sortes d'activités artistiques et naturelles sans avoir besoin de recourir aux jouets sexistes, américanisés à outrance, aux couleurs criardes.


Le système d'éducation anthroposophe théorisé par Rudolf Steiner mériterait un article à lui tout seul (là je sens le lecteur frémir d'angoisse à l'idée d'une nouvelle torture, c'est assez jouissif dois-je avouer, nyark nyark) mais il se fait tard (ohlàlà oui, une heure du mat', j'ai cours moi demain!!!). Bon, la suite une prochaine fois (je sens que l'article va être bien long!).

Je reprends l'article deux semaines plus tard... et remarque au passage que, ô honte, j'ai oublié de mentionner dans la première partie sur l'Allemagne fantasmée la cristalisation de toutes mes rêveries, la pétrification de l'escence du romantisme: Neuschwanstein! Cette grotte aux fées, ce palais de vierges éplorées est auréolé pour moi de tant de fantaisies échevelées que je n'y suis jamais allée: je ne supporterais pas de le voir envahi par le vulgaire troupeau des bermudas, des bobs, des chaussettes-dans-les-birkenstock, vivons dans la suspension du réel, comme dirait Deleuze à propos de Sacher Masoch! Mais laissons le grand brun ténébreux qui passait son temps (d'après Visconti et une mangaka yaoi) à se taper son escorte de fragiles blondinets pour retrouver les anthroposophes souabes!

L'anthroposophie est une philosophie pratique théorisée par Rudolf Steiner au XIXeme siècle. Pour faire de la grosse vulgarisation bien épaisse, on pourrait la décrire comme une vision panthéiste de la nature dont l'Homme serait une parcelle sublime mais insérée dans la matrice universelle, les plantes, les pierres, les animaux sont si ce n'est spiritualisés, du moins porteurs de sens et d'énergies. Le tout est très lié au mode de vie écologiste avec respect des rythmes solaires, harmonie des activités de l'Homme et de la nature. Le but est de faire que l'Homme s'épanouisse au maximum et développe ses facultés, on peut y voir un certain fouriérisme, surtout dans le mode d'éducation. Cette philosophie est très complète, je vous invite ardamment à faire votre petite recherche sur Wiki et Goghoule, pour vous mettre en appetit, je vous dirais seulement qu'il y a une architecture anthroposophe (en évitant le plus possible les angles droits), une théorie des cycles septenaux de la vie et des tas de trucs sur les pierres, les plantes etc...

Présentée par de vieux babs marginaux, la chose peut faire très secte nouillage, si vous la vivez chez des personnes parfaitement modernes, insérés dans la société et présentant toutes les caractéristiques de la réussite, saines et heureuses, vous verrez qu'il en va tout autrement! L'éducation est un rêve! Pas de notes jusqu'au lycée, le personnel éducatif prend soin de chaque élève non pas comme de la glaise à modeler selon un certain canon mais en essayant de le révéler à lui même, de lui faire découvrir les activités dans lesquelles il pourra s'épanouir et par lesquelles il sera le plus heureux possible. Par exemple, il y a des bulletins trimestriels où le prof principal choisit un poème qui lui semble convenir à l'élève en question et receller un enseignement pour lui. Il n'y a pas de sentimentalisme niaiseux: dès la petite école, l'enfant est considéré comme une personne responsable capable de raisonner, on ne punit pas, on explique. Outre les disciplines classiques suivant le programme national, les élèves y reçoivent un enseignement artistique très poussé et y pratiquent le jardinage, l'élevage d'animaux (c'est autre chose que nourrir la tortue au fond de la classe), la danse et un truc terriblement chiant et nouillage appelé l'eurythmie, dont tous les élèves se moquent en choeur! On pourrait penser qu'une telle absence de «discipline» au sens prussien du terme conduit au désordre complet, aux actes de vandalisme, à la descolarisation progressive, on se tromperait lourdement! Le niveau est le même que celui des écoles plus académiques, supérieur même car les élèves s'investissent personnellement: ils ne vont pas en classe par devoir mais par plaisir. Bien sûr il y a des joyeux chahuts comme dans toutes les écoles, à ceci près que les élèves savent s'arrêter d'eux même. Cela donne le résultat très étrange d'adolescents joyeux, turbulents, fous et rebelles ET responsables, mûrs, ouverts au monde et à la différence. Comme j'arrivais en fin d'année scolaire, j'ai pu assister à tous les spectacles et expositions de fin d'année et le niveau artistique n'était pas celui de groupes amateurs scolaires mais celui de professionnels! Entre Faust de Goethe et Ondine d'Hoffmann, les sculptures, les tableaux présentés étaient dignes de musées, et faits par des lycéens tout ce qu'il y a de plus cool, de plus punk, de plus métal, de plus goth' et de plus in! Là bas, on affiche des looks improbables sans faire de stupides guerres de clans, cela fait sauter toutes nos stupides représentations: rien de plus salutaire contre le vieillissement prématuré guettant tout élève de lycée catho français que de voir un punk à crête bigarrée répétant avec brio son rôle de Méphisto face à une Gretchen en baggys et t-shirt « fuck your bleedin' goddam mother »! Enfin, les fêtes post Abi (bac) où les terminales teutons organisent un chaos sans nom dans le lycée! Nous eumes droit pour la promo 2003 aux luttes de «glABIators»: pendant une journée, c'est aux profs de subir la loi des élèves, et cette année là les épreuves allaient de la lutte sur poutre savonnée entre les profs femmes déguisées en fleurs et les hommes déguisés en abeille à coup de quilles en mousse à la bataille de petits fours crémeux. Le plus drôle était que les profs y prennaient manifestement beaucoup de plaisir et mettaient toute leur énergie à gagner sous les hourras des élèves surexcités!


Les élèves de «ma» classe (enfin, de la classe d'Anna, ma superbe hôtesse) m'accueillirent avec enthousiasme, ce qui était une grande première dans mons rapport aux collectivités juvéniles, je m'extasiais devant des armes qu'ils avaient forgées au cours d'un stage et qui étaient fièrement croisées au mur. Pour la première fois, je me sentais heureuse ailleurs que dans un livre, pleinement satisfaite avec le hic et nunc et j'eus envie de prier «verweile doch du bist so schön» (ce dont je ne me privai pas d'ailleurs, n'ayant pactisé avec personne au préalable, mais peine perdu, l'instant resta sourd).

Un soir, le père de famille prit sa guitare et nous l'entourâmes dans le jardin, toute la famille chantait des ballades anglaises, des tubes babs, des Lieder romantiques, seule je me taisais et dus avouer que je n'avais jamais apris de chants (heureusement la Loreley est toujours là pour les cas les plus desespérés): où l'on se rend compte de l'étroitesse, de la grisaille de l'enseignement français, de l'éducation traditionnelle où lorsque l'on présente un 17 en maths les parents demandent quelles erreurs nous avons faites pour avoir perdu 3 points, sans prendre le temps de chanter avec nous dans la forêt! Du coup je leur parlais du système français, les deux positions étant bien sûr caricaturales, tous les lycées allemands ne sont pas plus anthroposophes que tous les lycées français ne sont Stanislas: apitoiement général. Du coup je n'eus plus une minute de répis, ce qui ne me manqua pas, la mère m'appris à faire des tas de décorations kawaiissimes en laine bouillie, le père me donna des conseils de dessin, la grand mère m'appris à faire des tas de gâteaux, quand je n'étais pas en forêt avec la petite fille, j'étais à la piscine avec sa grande soeur ou à une fête avec l'aînée!

Vacances de rêve, pays où TOUT le monde était sympa et accueillant. L'avant dernier jour, nous nous promenions dans la Forêt Noire en parlant gnomes, fées et légendes (ce connard d'instant refusait obstinément de s'arrêter malgrès mes imprécations) quand Anna me pris à part pour me demander, les yeux baignés de bonheur, si j'accepterais de venir avec elle à un festival de rock car c'était la première soirée où elle allait sortir avec celui qui était son petit copain depuis quelques heures et que c'était méga grillé si elle y allait seule. Festival de rock me dis-je, considère-je la famille et pense illico à du Woodstock revival: un jean évasé, des bateaux (ben oui, quand on est à Stan on est à Stan) et un débardeur devraient passer... Anna avait oublié une petite syllabe avant « rock » qui changeait beaucoup de chose et allait ouvrir d'un magistral coup de latte les portes de ma perception: punk!


J'arrivai, embrassai au sens littéral la bande d'amis avec laquelle j'allais passer la soirée puis remarquai, outre le fait que la musique était vraiment géniale, un phénomène étrange devant la scène qui correspondait à des choses dont j'avais souvent rêvé en écoutant Offspring, puis Rammstein, puis Soulfly mais que je n'avais jamais osé croire réalisable: une masse humaine se bourrait de coups d'épaules en s'envoyant valser les uns contre les autres, le principe de l'auto tamponneuse appliqué à l'être humain en remplaçant les bouées de caoutchouc par des bracelets à clous. Je laissai la bande en plan et fonçait dans le tas avec un hurlement bestial que j'ignorais tout à fait approprié. Je me démenais, au septième ciel dans cette tempête de chair suante quand le nouveau petit copain de mon amie vint me demander si tout allait bien, mieux tu meurs répondis-je, tout sourire, son pote en profita pour me faire remarquer que j'avais la bouche toute noire, j'y passais un doigt: du sang. J'avais dû me fendre la lèvre contre un pic qui passait par là, je commençais à adorer la soirée! Certains de mes camarades grimpaient sur les enceintes et se jetaient sur des vagues de bras tendus, je trouvais cela ultra mortel! Il ne manquait plus, songeais-je, que la foule se sépare en deux fronts pour un épique remake de Braveheart... preuve que cette soirée était la mienne, que le monde entier était à mes ordres et tous les éléments sous ma domination, c'est précisément ce qui se passa quelques minutes plus tard. Je pense que ce que l'on apelle un orgasme doit ressembler à ce que je ressentis au moment où j'hurlais mes tripes en première ligne d'un front de punko-metalleux un courant heurter l'autre ligne! Dans le combat, je perdis une bateau (et dire que j'avais mes rangers à la maison mais les y avait laissé craignant casser l'ambiance peace and love du festival!) et glissai, je crus ma dernière heure venue et remettais mon âme à Dieu, heureuse de mourir au combat et donc d'aller m'exploser le foi avec l'hydromel du Walhalla , me préparant à la douleur de centaines de bottes m'explosant les entrailles, les côtes et le cerveau quand en place de pieds ce furent des mains qui se baissèrent vers moi pour m'aider à me relever: j'avais trouvé ma nouvelle famille, je les aimais tous, ces barbares chevelus et hérissés de métal (mais regretais un peu l'hydromel du Walhalla)! Le groupe préféré des amis d'Anna, Itchy Poopkids (ils doivent bien avoir une page myspace) entra sur scène, je perdis tout à fait le contrôle de mon corps, prise de frénésie, passant en mode berserk, couverte de sang, de terre et de sueur, je me présentais au pistolet à eau du chanteur qui m'arrosa copieusement avant que le goût du liquide n'évéille en moi quelques soupçons: c'était de la bière: le plus TRVE de tous le baptèmes! Une plantation colombienne entière n'aurait pu me faire planner plus haut!

Dans la voiture qui nous conduisait à la maison, je demandais à Anna comment s'appelait cette chose divinement barbare: un « pogo » me répondit-elle, exaltée par autre chose que la scène rock. Je connaissais enfin l'entéléchie de mon escence: une danse allemande appelée « pogo », extase philosophique devant le Nirvana! Je restais de longs mois persuadée de la germanité de la chose, étant dépourvue de toute connaissance suscpetible d'écouter le genre de musique propice à cette transe.


Le lendemain (je n'avai plus de voix, plus de jambes, plus de vertèbres) nous allâmes voir Charlie's Angels 2 Full Throttle au cinéma. Si vous avez le bon goût d'aimer les films décérébralisants à base de bombes explosant la face de gros durs sur fond de pop musique à la cool, vous vous souviendrez que le film comporte certains riffs bien sentis: me voyant sur le point de défoncer le fauteuil à force de sauter dessus, Anna, lasse, se demanda si c'était vraiment une bonne idée de m'avoir emmenée à ce festival. Plus de 5 ans après, mes parents se posent encore la question!

Par Dagorwen
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Dimanche 23 novembre 2008
Par Dagorwen
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Jeudi 20 novembre 2008

Oui oui, je sais, cette chronique était promise avant l’août, foi d’animal mais j’eus le mauvais goût de ne point trop écouter l’animal en moi ces derniers temps… Je suis donc sûre que depuis l’avant dernier article vous ardez de savoir quelle est cette seconde quête mortifère dans laquelle j’ai si lamentablement échoué en Juillet (laissez moi mes douces illusions sur l’attention de mon lectorat…): eh bien suis allée me faire mordre en Transylvanie! Le but avoué (au grand scandale du groupe de pèlerins auquel je m’étais jointe) étant de faire mon ingénue pour séduire un vampire et me faire offrir «the dark gift» (ce qui n’ont pas lu Anne Rice sont des truffes!), le prétexte en était un pèlerinage dans les monastères du nord de l’Olténie et du sud de la Transylvanie au bénéfice de l’association Axios qui s’occupe d’une façon suivie, chrétienne, dynamique et chaleureuse d’orphelins roumains (si vous avez de l’argent et ne savez qu’en faire, n’achetez pas une nouvelle paire de New Rocks mais donnez le leur (sinon il y a Solidarité Kosovo dans un autre genre, mais c’est bien aussi, et efficace) ).

 

            Nous partîmes donc à douze, plus un sympathique chauffeur qui s’ennuyait tel un vieux rat languide (parce que par définition, un rat mort ne peut se faire chier, à moins que cela ne soit le résultat d’une prompte décomposition interne) dans les monastères, condamné à regarder la télévision sans le son tandis que nous courrions de père spirituel en higoumène, et qui nous fit faire (sous le coup de la tsuika à l’interprétation générale) maints et maints demis tours dans la magnifique Brasov by night et su admirablement slalomer entre les nids de poule, traverser de gros ruisseaux etc… nous partîmes disais-je à travers les routes roumaines. Petite sociologie du pèlerinage orthodoxe occidental avant de passer au vif du sujet: trois Roumains, Bogdan, guide et co-organisateur à la patience archangélique (parce qu’à ce stade les anges sont méga enfoncés), jonglant allègrement entre le roumain, le français, l’anglais et l’espagnol, nous arrachant avec diplomatie aux griffes des huiles ecclésiastiques locales qui voulaient accaparer notre épiscopal accompagnant, gérant les retards des uns, les jérémiades des autres, toujours dans le calme et la gaieté, et qui plus est metalleux averti! Dragos, ami du précédent oscillant entre espièglerie et mysticisme un poil obscurantiste, et surtout Anca, jeune avocate de Bucarest conjuguant modernité, ambition et recherche spirituelle qui parle parfaitement français (pour avoir étudié le droit européen en français dans le texte à Strasbourg) et avec laquelle je me suis le plus entendue de tout le voyage et qui eut aussi à subir avec patience les question topouphores (clichéesques si vous n’aimez pas le grec, bande de romanisés!) sur son pays (genre: ah bon, vous avez du chocolat?! Naaaaan ?! rhôlala, l’ouverture au capitalisme etc, etc.. et j’exagère à peine). Relais entre Roumanie et Ouest européen, l’épiscopal accompagnant précédemment cité (ou «autorité spirituelle» sur le prospectus), mon évêque d’oncle (inspirateur de ma petite préchouille sur l’honneur quant au fond (on ne saurait le rendre responsable de la forme qu’ont pris ses propos dans mon esprit déviant)) qui eut aussi pas mal de points théologiques ou dogmatiques à préciser et quelques débats à arbitrer avec délicatesse et fermeté (histoire de débouter les possibles larves hérésiarques tout de même) et  à répondre à (ou du moins à endurer) des questions-remarques de très haute teneur mystico-intellectuelle comme, dans un musée de l’architecture rurale, pause culturelle bien méritée pour digérer la roborative nourriture spirituelle, «Je me demande comment on vivait la foi dans ces conditions!» (et là, le grand défit: comment éviter les deux écueils du gros cliché que Flaubert n’eut pas manqué d’épingler et du «exactement comme dans la campagne française eh pomme, demande à ta grand mère!»?), tout en supportant sa folle de nièce, honte de l'orthodoxie et headbangueuse compuslsive. Il y avait aussi un jeune Espagnol que Bogdan avait rencontré à Taizé et qu'il avait sauvagement kidnapé, histoire d'avoir un otage si jamais nous tombions sur les légions papistes et inquisitrices; une professeure américaine (là encore, rameutée par Bogdan) joviale, la mère grand que nous aurions tous adoré avoir, solide, nature, «found of bird watching» comme Mrs Taylor; un prêtre irlandais qui découvrit l'orthodoxie chez les Jésuite, donc forcément je l'ai harcelé avec mes chansons rebelles, Bobby Sands, Michael Collins et tout le bloc H (le pauvre); une prof d'anglais de la région parisienne, dame tout à fait charmante, du genre à explorer le bush avec une mise en plis impécable. Voici pour les cas non pathologiques, ceux auxquels la beauté et le mysticisme ambiants ne font pas oublier la décence et la retenue élémentaires. Puis il y avait les autres... ah! Alors là, je pense que l'on pourrait remplir des Bds humoristiques avec les aventures d'une paroisse d'orthodoxes occidentaux! La boboïtude intellectualiste qui veut découvrir la mystique du coeur, ouhlàlà! Ils sont tombés dans l'orthodoxie comme ils auraient pu tomber dans le vaudou, moisir sur le Larzac, échouer dans un ashram. Du coup ils voient les choses avec recul, tissent des liens méga douteux entre diverses «expériences spirituelles» mais ont aussi soif de dépassement et d'ascétisme, admirent tout ce qui ne leur est pas habituel tout en jugeant les moeurs locales à l'aune occidentalo-droit-de-l-hommiste, curieux paradoxe typique du cartésien enthousiaste qui conduit à de permanentes contradictions se résolvant dans la permanente volonté d'être plus slave que le slave, plus ortho que l'ortho. Ca m'a d'abord gonflée, puis amusée, puis exaspérée. Un exemple type de la chose: onze heure du soir, par une claire nuit transylvanienne, alors que, m'apprétant à mon entretien avec les ténèbres (qui n'ont eut cesse de me poser des lapins), je salue le petit groupe, le petit noyau, le petit clan des ortho-bobos, les cloches se mirent à sonner derrière les sapins, tandis qu'un nuage balafrait la lune (et que je commençais à me sentir pousser des crocs, il ne manquait qu'un petit éclair et mon imagination se serait envolée à tire d'ailes membraneuses) «Oh, quelle beauté!» soupira madame J-Ai-Fait-Mai-68-Pour-Me-Retrouver-A-Porter-Un-Foulard-Et-Des-Jupes-Longues-Dans-Une-Phallocratie-Monastique «ce doit être l'office de nuit, il se termine à 2h du matin, c'est magnifique!» conclut-elle au bord de l'orgasme spirituel, «J'en ai vécu qui durent la nuit entière» renchérit madame L-Encens-C-Est-Bon-Fumez-En qui ne voulait pas être de reste en matière d'ascétisme extatique et de repartir sur les vertus et les effets de ces expériences, salmigondis absurde que j'ai la flemme de reproduire ici, demandez à un toxico de vous décrire ses trips, c'est à peut près ça, sauf que chez la forcenée du byzantin, c'est encore l'after le mieux (quand on sort de l'église pour se prendre un petit café sur le zinc d'en face ^^), bref, l'épiscopale nièce ne put se retenir «et si jamais il y a un atelier de flagellation aux orties ou à la ceinture, prévenez moi, j'adore ça!» sortis-je avec grande impiété.

Maintenant que vous avez fait connaissance avec nos furieux iconodoules, admirez les paysages fantastiques et contrastés qui se déploient devant vous, les hauts sommets enneigés, les vallées fertiles et riantes, les forêts sombres peuplées de brigands et de loups, les épaves soviétiques digne d'un bon manga cyberpunk post-apocalytique, le charme mélancolique des villes bourgeoises aux nobles  maisons lépreuses dont le crépit pastel se corrompt par plaques, décors idéal pour un bishônen de vampire qui s'étiole dans des dentelles fanées...

 

            La script de Coppola a du se retrouver toute balotte quand il s'est agit dans Dracula de faire disserter Mina sur les paysages roumains qu'elle n'a jamais vu (mais dont elle se souvient because c'est la réincarnation Mme Vlad Dracul, appelée «Elizabetha» dans le film avec une originalité de tous les diables, forcément, depuis Bathory, qui d'ailleurs s'appelait Erzebeth), en effet, il n'y a pas de paysage roumain, pas plus qu'il n'y a de paysage hongrois, tchèque ou autrichien, et du coup, le laius énamouré de la belle Winona est d'un ridicule patenté puisqu'il peut s'appliquer du Devonshire à l'Aveyron, en passant par le Baden Würtenberg et la Bohème. La Roumanie avec ses forêts de chênes et de sapin, ses jolies vallées, ses plaines agricoles, a un paysage européanissime, continental (évidement, ça ne ressemble pas à la Bretagne, ni à la Norvège, ni à l'Italie), l'artisanat, l'architecture rurale diffère peu du folklore austro-hongrois, c'est pourquoi l'on se prend à regretter le vieil Autruchon impérial et gris (tiens, il faudrait faire un groupe sur Fesse Bouc «pour la résurrection de l'Empire Austro-Hongrois»), ce qui nous éviterait maintes prises de tête au sujet de la nationalité de l'Erzebeth en question: hongroise, roumaine (disent les Hongrois), autrichienne? A première vue l'on pourrait dire Bathory, Sarkozy même combat (la pauvre femme doit s'en retourner dans sa baignoire de sang) si l'on s'en tient au nom, mais comme le cadre des massacres compte aussi (rapport aux puissances chtoniennes, tout ça), et qu'à priori cela s'est passé en Transylvanie, enfin bref, là n'est pas la question. La seule révelation pour moi fut celle de la Forêt Européenne (l'expression s'auto-connote politiquement, ahem, je vous promet, je laisse les Walkyries, les dragons, les Surhommes et toute la clique au placard et on fait comme si on n'avait rien vu), c'est à dire qu'au delà de la frontière des langues et des coutumes, l'attachement au sol et la réalité du caractère européen sont un facteur non pas de nationalisme chauvin mais de fraternité entre les peuples, tout ce passe comme si la Forêt était une entité vivante et unique qui dépasse les frontières artificielles. Les arbres des Carpates sont les mêmes que ceux de la forêt qui enlace maternellement le village de mon enfance et dans laquelle je ramassais les champignons, les chataignes, le houx; les mêmes que ceux des bois germaniques et bretons (Brocéliande). On pourrait faire la même expérience avec les paysages de vallée et étendre l'expérience à l'Italie: nous bûmes, à l'ombre des arcades d'une superbe terrasse surplombant la vallée, un léger vin blanc pétillant, alors que le soleil déclinait, exaspérant les couleurs d'un paysage qu'auraient pu voir des seigneurs Toscans du XVeme (et même du Xxeme d'ailleurs, sauf qu'il n'y a plus de seigneurs que c'est moins stylé comme image) comme les princes Brancovean de passage à Horezu. Qu'il soit «Vogelfrei» parmi les hommes, étranger en terrain hostile, l'Européen ne sera jamais étranger parmi les arbres européens, d'ailleurs l'expression est impropre: la terre n'est jamais hostile, les hommes en leur folie peuvent se déchirer mais la Forêt est l'Alma Mater du continent européen dans laquel on ne peut être qu'en paix (bon, ça ne va plus du tout, il faut que je me calme grave sur le lembas moi! Rhôlala, je n'aurais peut-être pas du manger ce petit pain bio tt à l'heure, saloperies de babs!). D'ailleurs ont voit bien que lorsque l'on veut porter la guerre dans les forêts, ceux qui sont fidèles à leur Mère (Mother North dirait je ne sais plus quel groupe de dark pandas) finissent souvent par mettre la pâtée aux tantouzes eud'sudistes (pour citer le sergent Shadwell), prenez l'ouverture de «Gladiator» par exemple, hahaha!

La Forêt donc, aux traits immuables d'Estaing à Tismana, toujours bienveillante, accueillant l'enfant perdu avec un sourire de mère; toujours mystérieuse et recelant l'Ombre comme les lumières des follets. Comme la Mer, elle est là depuis toujours, inébranlable, impassible face à la haine de l'Homme, face à la destruction, mais à la différence de la froideur des flots tumultueux, elle n'est pas indifferente mais pleure et console (ce qui ne l'empèche pas d'être cruelle et mère de l'Horreur, c'est justement là toute l'interessante ambiguité, le paradoxe fondateur que l'on pourrait rapprocher de l'idéal féminin analysé par Deleuze chez Sacher Masoch, de la cruauté sentimentale d'une mère terrible ou d'une jeune fille farouche (Diane): froideur, sentiment, dureté). Dans cette façon d'accueillir sans participer, de resister par l'impassibilité, l'immuabilité, j'ai enfin compris le rôle de la Vieille Forêt et des Ents chez Tolkien.

Le problème, c'est la vermine et toutes les salles bébètes grouillantes du sol forestier. Sur ces saines considérations réalistes, revenons à nos moutons et arrètons le LSD!

 

            Vous l'aurez compris, les paysages roumains, pipo! De quel droit la Roumanie s'approprierait-elle un fait européen?! Les arts traditionnels, broderie, tissage, machins en bois et poterie, c'est partout la même chanson. Bien sûr, à chaque fois c'est différent, chaque région à ses motifs etc... mais bon, en gros c'est rustique, c'est authentique, les gogos parisiens s'extasieront sur la finesse de la chose (comme si les ploucs étaient forcément arriérés, à moitiés débiles, dépourvus du moindre sens artistique et infoutus de s'appliquer à une oeuvre avec génie et minutie!), mais chaque pays à ses potiches, ses tapis, ses chemisiers, ses costumes, ses paniers tressés aussi authentiques et de qualité: allez plutôt financer le marché campagnard de votre région!

Non, si je devais retenir deux choses spéciales, à voir là bas car vous ne les verrez pas ailleurs, ce sont les monastères et l'architecture.

            Les monastères d'abord pour leurs fresques vraiment impressionantes, très anciennes mais souvent restaurées (vu que pas mal de touristes viennent pour cela). Certains peintres contemporains peignant selon la tradition médiévale produisent également des oeuvres impressionantes (enfin, un en particulier dont j'ai oublié le nom mais qui fresque la plupart des églises modernes à gros budget et lorsque l'évêque du coin à bon goût). Il n'y a pas un centimètre carré de vide! Pour ceux qui s'interessent au Moyen Age roman et plus ancien, vous ne pouvez pas ne pas aller voir ces monastères pour pouvoir vous représenter l'état normal d'une église du haut Moyen Age. Evidemment, comme à Conques sauf qu'il s'agit de fresques et non sculptures, le face occidentale de l'église est consacrée au Jugement Dernier. Inutile de préciser quelle est la partie la plus interessante, là où le peintre s'est vengé de débiteurs trop lents, où il a donné libre cour à sa fantaisie et représenté quelques créatures fantasmatiques (la Luxure vaut toujours le détour)! Dans la top liste des peintres qui règlent leurs comptes, on a l'Antéchrist qui prend les traits de l'higoumène du monastère (et vlan!) ou Staline et Lénine brûlant en enfer (héhéhé!!!). Evidemment, ne vous attendez pas à voir une Lilith ledroitienne bardée de cuir clouté, faut pas rêver non plus!

            L'architecture interessante est évidemment celle des villes, notament des villes germaniques telles que Sibiu ou Brasov (seules villes où j'ai vu des jeunes gens dignes de se retourner pour un deuxième coup d'oeil au nom de l'art, et qui, tu m'étonnes, étaient Allemands, et métalleux si je puis risquer la redondance), mais aussi, et comme je l'évoquais plus haut, le charme urbain des demeures patriciennes de la Belle Epoque que le manque d'entretient rend romantiquement phtysiques. Elles exhalent une atmosphère tout à fait particulière où la beauté perdrait toute sa poésie sans la décrépitude. Allez et voyez!

Il s'agit cependant d'avantage des palais, ébouriffants de romantisme (si je trouve tout romantique, c'est certes qu'à cette époque l'idée de me saigner à blanc dans une baignoire bathorienne ou de me balancer élégament au bout d'une corde me hantait, mais surtout que la Roumanie est un des derniers pays où le rève romantique est possible, la Roumanie, sa Forêt, ses monastères, ses villas, ses chateaux, est l'ultime refuge du romantisme!) qu'il FAUT de toute urgence aller visiter, pas au pas de course comme nous l'avons fait, mais en flânant et surtout en dehors des périodes touristiques!

            Le château de Bran, (dont Bram Stocker s'est inspiré pour son célèbre roman et dans lequel Vlad, le vrai, le seul, l'unique n'a vécu tout au plus qu'une semaine ou deux entre deux batailles) authentiquement médiéval et restauré à la mode XIXeme allemand, ce qui finalement n'est pas moins authentique, offre d'abord un support idéal à l'imagination: assez sobrement meublé (les sbires de Ceaucescu étant passés par là), il se structure comme un dédale d'escaliers, de couloirs, de chambres aux articulations assez inattendues, tantôt montant, tantôt décrivant des angles improbables, dissimulant maints passages exigus et communications tortueuses: il y a de quoi écrire vingt fois le Château d'Otrante! Ce château (attention confidence exclusive) abrite en outre un fantôme qui à défaut d'avoir, à l'intsar de celui de Canterville, un humour très développé, se prête particulièrment au jeu spectral dans le rôle de la Dame Mystérieuse et Fatale: la reine Marie!!! Imaginez Emma Bovary reine de Roumanie... oui, vous avez raison, c'est une catastrophe, la reine Marie EST une catastrophe! La Castiglione en moins belle, en plus altière, mais en tout aussi follement narcissique. La tête farcie de romantisme mystique, néo folkloriste, ayant lu (je suppute mais pour en arriver à un tel état ce me semble être la seule explication possible) tout Tieck, tout Eichendorff, tout Novalis, tout Tennysson, entourée de tableaux préraphaélites et wagnéromane jusqu'au bout des tresses (là encore pures suppositions, aux effets catastrophiques cherchons de puissantes causes), cette grande exaltée s'est fait photographier dans les moindres recoins du château, pas une fenêtre où elle ne prenne une pose Caspard David Friedrichienne, pas un couloir où elle ne joue la Lady Macbeth, pas un puis où elle ne comunique avec diverses puissances souterraines, pas un divan sur lequel elle ne s'alanguisse. Et que je me déguise en paysanne du Danube, et que je me la joue grande pythonisse, et que je sois la dernière prêtresse d'un culte secret, et que je présente la coupe à Siegfried les yeux charbonneux et écarquillés etc, etc, et ad nauseam! C'est d'abord intriguant, puis ça gonfle, puis c'est fort amusant (grand jeu: débarquer à Bran avec une caisse de déguisements Belle Epoque et jouer à la reine Marie!).

            Mais le clou du clou, le top du château tellement néo-tout qu'il faut le toucher pour se persuader de la réalité de la chose, c'est Peles! Certes, le lieu n'est pas aussi impressionant que Neuschwanstein, mais aussi le but est radicalement différent: il ne s'agit pas de s'exalter à piquer des deux en compagnie de Waltraut, Brünhild et la joyeuse équipe mais de pousser le portes de corne et de nacre du rêve. La masse sublime et élégante du palais néo renaissance avec force lansquenets se découpe sur un jardin fantastique dans tous les sens du terme: ni français, ni anglais, féerique. L'interieur divise ses salles en différentes influences: extrème orientale, mauresque, occidentale, tout en jouant des dernière innovations techniques. C'est le palais enchanté de la Bête en version steampunk, un résumé de l'art occidental (mises à part les deux pièces précédemment citées) à travers différentes époques. Cependant le côté «cliché» de la chose ne fait nullement songer à Disneyland mais plus au cadavre exquis d'un groupe de mangaka japonais dessinant un shojo à destination de loligoths (où bien sûr il serait question d'un jeune maître ultra éffeminé et esthète entouré d'une armée de servantes languides et de quelques gardes du corps avec lesquels il aurait des relations ambigues). Le luxe est tellement jusqu'au boutiste, la décoration muséiforme tendance décandente, les différentes atmosphères tellement parfaitement rendues et contrastant les unes avec les autres qu'il semble d'abord impossible que ce palais de rêves, ce rêve hanté, ce spectre des temps jadis soit réel, qu'il ne s'évanouisse pas devant la vulgarité des masses touristiques qui le traversent et le bousculent. Le fait de le visiter sous les ordres d'une domina refoulée en compagnie d'haïssables teens yankees avec d'imondes patins aux pieds pour ne rien abîmer casse un peu l'ambiance... Ami lecteur, si vous avez suffisemment d'argent, offrez vous le luxe d'une visite nocturne et solitaire, ou mieux, faites vous inviter aux réceptions de la famille royale! En écrivant cela, j'espère qu'aucune agence touristique japonaise n'aura l'idée saugrenue de lire ce blog, car le palais de Peles remplacerait irrémédiablement Versailles dans le coeur des niponnes enfroufroutées et laissez tomber pour visiter ça tranquille!

 

            Pour finir de façon plus triviale, comme on m'a posé la question et au risque de froisser quelques succeptibilités: non, le Roumain de base n'est pas beau, mais quand il et beau, il est sublime (cependant impossible de le croiser dans la rue, les rues roumaines sont pavées de thons), par contre la Roumaine, la jeune Roumaine surtout (parce que passé 30 ans et avant 60 il n'y a pas grand chose sur quoi porter les yeux) est une illumination, sveltesse et fraîcheur, douceur et mystère, la Japonaise occidentale (quand je parlais de manga tout à l'heure...)! Mais surtout, surtout n'allez pas confondre les Roumains et les Tziganes, ouhlala, non, pas de ça!!! Les personnes à jupe longue, cheveux noirs, crades et aggressives (celui qui dit «comme toi» se prend mes griffes dans les yeux avec force malédictions)qui mandient professionnellement et certes, viennent de Roumanie, ne sont pas Roumaines, cessons de confondre tout et de les appeler «Roms» ce sont des Tziganes, point barre, avec leurs propres traditions, leur langue etc...

Et enfin, l'ultime argument, celui qui va faire que vous allez tous passer vous vacances d'été en Roumanie: il y a des TAS de festivals de métal, avec une prog' de folie! Exemple: Artmania à Sibiu les 18-20 Juillet avec Lacrimosa, Gamma Ray, Atrocity, Tiamat, Negura Bunget, Avatar, Luna Amara... et je repartais le 18, avec impossibilité de changer les billets... VDM!

Par Dagorwen
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  • : Dagorwen
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  • : 14/10/1988
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  • : contre toute norme, pensée unique, uniforme _ sociopathe et antisociale _ anarchiste néo-féodaliste (créons un mouvement!), féministe de combat, écolo _ et surtout, n'en déplaise à mon (ex)prof de Grec, HYPERmane _

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