délirs sur la cité des hommes

Dimanche 18 janvier 2009
 

Cela faisait des mois que je l’attendais, comme pour Noël, toute la joie résidait dans les préparatifs, s’habiller, en parler, prévoir «tu penses qu’il y aura ça ? et ça ? ohlala, ça va être géniaaaaal ! ». Comme Noël, on y est entré vers 23h, parées, excitées à l’idée de voir les nœuds savants des guirlandes, les poids faisant ployer les branches, les invités savourer les délices trouvés dans les bottes, mais surtout par l’appréhension, car ça n’était pas la Messe de Minuit qui nous faisait nous dépêcher à cette heure tardive place de Clichy le 11 Décembre 2008, sur des talons de 12 cm (mais pas aiguille cette fois, plutôt grosse bourrinade en métal) dissimulant cuir et latex sous un long manteau noir d’où ne sortait de lesdites New Rock, le collier à piques de 5 cm et la face outrageusement maquillée de noir, c’était ZE rendez vous de la scène SM fetish française auquel nous nous rendions, une amie que nous nommerons fort bucoliquement Lilith la Tigresse pour préserver son incognito, parce que sinon elle risque de se faire harceler par tous les paparazzi, soumis et talent scouts de la planète, ou pire, de se faire inscrire sur la liste Vieilles Pies du Baron, Lilith la Tigresse donc (encore undercover) et moi (full dressed, à se faire retourner les braves gens dans le métro), guidées par un intérêt PUREMENT SOCIOLOGIQUE, non mais ! par l’envie d’observer un milieu inconnu qui m’attire quelque peu esthétiquement parlant (SEULEMENT esthétiquement, merci de noter au passage) vers les portes de la Loco derrière lesquelles se tenait… La Nuit Démonia (tadzaaam) !


Bon, maintenant que j’ai assuré l’intro (un peu irreligieusement, certes, que l’on me pardonne), reprenons cette aventure dans une optique plus chronologique ! Tout commence par quelques lectures peu recommandables, puis une idée lancée : et si nous allions voir à la Nuit Démonia ce que ces gens font vraiment, qui sont ils, quelle ambiance y a-t-il, quelle musique y écoute-t-on etc… outre le fait que cela m’excitait follement de me déguiser en personnage tout droit sorti de fantasmes Ledroitiens (voir l’article sur Requiem). Nous partîmes donc à trois explorer la boutique Démonia où je m’étais déjà rendue quelques mois auparavant « pour voir ». Trois filles, trois khâgneuses ou ex-khâgneuses en goguette dans le Jardin des Piqûres (rhô, ça va, depuis le temps que je voulais la caser celle-là !). La boutique Démonia se trouve rue Jean Aicard, qui est perpendiculaire à la rue Oberkampf, metro Parmentier, ou Oberkampf, c’est un vaste sex-shop SM dans une ambiance tout sauf malsaine et glauque : c’est spacieux, branché sur Nostalgie ou je ne sais quelle radio gentiment beaufouille et pas du tout inquiétante (pas de la dark electro teutonne avec claquements de fouet en rythme, ni du death metal, des trucs zarbouillo-satanistes malgré le nom de la boutique), les vendeurs sont habillés on ne peut plus normalement, sont très très sympa et d’excellent conseil. Il y a un coin vinyle, un coin latex, un coin accessoires SM (fouets, martinets, badines, menottes et pour le reste je ne détaille pas trop non plus car ça n’est guère décent), un coin librairie (pas que du porno s’il vous plait ! de la littérature, de la socio (même si on peut considérer la socio comme la pornographie de l’université, je vais encore me faire des amis, hihi) etc…), un coin vidéo (porno pour le coup), un coin sex toys qui m’en a appris plus sur l’anatomie humaine que tous mes cours de bio ! (et sur les remarquables capacités réceptives de certains orifices, mais arrêtons nous là, enfin, tout de même, c’est assez impressionnant !), un coin bijoux en latex (pas mal du tout). Nous squattâmes une cabine à trois (je n’ose imaginer ce qui a du traverser le déviant cortex des clients en entendant les gloussements qui sortaient de ladite cabine) pendant toute une après midi, un samedi qui plus est, c’est dire si les vendeuses sont sympa ! D’autant plus que nous essayâmes à peu près tout le magasin (sauf les sex toys et les accessoires SM, ça va de soi !) avec force commentaires « oh mon Dieu, on dirait miss travlo 2008 » (moi, essayant un top qui mettait en valeur mon incroyable néant mammaire) « aaaargh, je suis coincée, sortez moi de là » « là c’est un poil vulgaire » (naaaaan ?! pas poss’ ?!) « là tu ressembles à Zorro » « hey, ça fait trop Darth Vader » « c’est horrible, je ressemble à un gros vers » (moi, dans un en haut en latex très couvrant et très moulant) «oh, merde, je l’ai mis à l’envers _ non mademoiselle, ça se porte comme ça _ mais la braguette ? _ précisemment ! _Aaaaargh ! » Après avoir essayé une robe chinoise en faux cuir, une veste en latex, une robe à la Marilyn Monroe en matière non identifiable, des tas de jupes et robes en vinyle, des pantalons en vinyle, des bottines à 15 cm de talon aiguille, des chaussons de danse de torture, des soutifs en vinyle (dix fois trop grands), des hauts en faux cuir etc. etc. etc… nous nous décidâmes à prendre nos places pour la soirée et un haut en latex à laçage devant (dans le style Xena) avec l’indispensable lait d’entretien pour moi, une robe über sexy mais pas trop courte (enfin, moins qu’une ceinture !) à trois boucles devant et en vinyle noir pour Lilith la Tigresse (bon, certes, il claque ce pseudo, mais c’est un poil longuet) avec un petit blouson en vinyle rouge très chic !

Et puis le grand jour est venu, celui que nous attendions toutes ! Nous nous sommes fardées et coiffées chez moi (pour Lilith cheveux libres, dégradé classe, robe de chez Démonia, bottines à talon aiguille (au demeurant vite troquées pour des ballerines plus confortables) pour moi total look Xena, frange épaisse et queue de cheval très haute, pantalon cuir à laçage, haut de chez Démonia, New Rocks de la mort qui tue (surtout le porte monnaie), poignets de force, collier à piques. La Tigresse (ouais, j’alterne par ce que sinon, on est pas rendus!) enfile un jean sous sa robe, un pull par-dessus, un manteau une écharpe et hop, ni vue ni connue, je t’embrouille, pour ma part, le long manteau de cuir noir ne faisait qu’empirer les choses… Dans le métro, nous apercevons un jeune homme pas trop mal de sa personne, cheveux longs et bruns, fut en cuir, gros sac : il en est, ce qui se confirme lorsqu’il nous regarde avec le même regard soupçonneux que nous avions porté sur lui : premier soulagement, il n’y aura pas que de vieux pervers moches ! Arrivées place de Clichy, négligeant que le boulevard du même nom forme un coude, nous nous paumons lamentablement et échouons sur un pont qui surplombe un cimetière, ce qui n’a rien pour me déplaire si ce n’est que deux filles dont une anormalement haute, trop maquillées, à 23h près de la place Clichy sous un réverbère, c’est très craignos, il vaut mieux filer fissa. Par chance nous tombons sur un fort galant escadron de la NSDAP en vadrouille (la youle, le Lonsdale et tutti quanti) qui nous remet dans le droit chemin (géographiquement s’entend). Après avoir doublé quelques groupes porteurs de talons hauts, gros sacs d’accessoires et longs manteaux en courant et riant comme des folles nous arrivons devant la Loco, filons au vestiaire déposer nos affaires et commençons à observer…


Il me semble assez inutile de vous faire une description exhaustive de la chose, ne me dites pas que vous ignorez le « A.I. aille » des fringues et attitudes SM, pour les innocents (mouais, à d’autres !) regardez Matrix 3 (mais pas la fin, surtout pas la fin, ouhlala, pas la fin !), section échange d’otages et diplomatie musclée chez le Mérovingien. Le dress code était assez rudimentaire : le bas (le fut, la jupe, la robe, le string, le harnais etc…) devait être soit en cuir, soit en latex, soit en vinyle (ce qui soit dit en passant envoie valser l’intellectualisme idéal prêté à la scène : ce qui intéresse, c’est le cul, la croupe, l’animalité, bonjour l’élévation suprasensuelle, Sewerin s’en retourne dans la blancheur de ses pages !). Moins extravagant que dans Matrix tout de même, enfin, moins goth’ et plus sensuel, c'est-à-dire moins de pics et de looks cyber punk, plus de pin ups. C’est le moment d’élaborer un plan, sinon nous risquons de nous perdre dans ce pandémonium, on va dire 1 l’organisation et les lieux, 2 la clientèle, 3 l’ambiance et les rencontres faites.

L’organisateur, qui avait sans doute développé ses déviances en khâgne, avait choisi de diviser la Loco en … trois atmosphères (certes, le fait que la salle ait trois étages l’avait sans doute quelque peu inspiré). Au sous sol, différents stands (comme à la kermesse, chic !), un atelier shibari, un masseur de pieds, un dessinateur italien (un peu à la , en moins grassouille, en plus classe, mais pas trash pour un sou, ce qui fait du bien parfois !) l’association Stand Up et un studio photos pour ceux qui étaient particulièrement fiers de leurs costumes. Au rez de chaussée, la piste de danse, le bar, des canapés et alcôves pour un petit fist fucking en loucedé (vu !) et le donjon derrière le rideau de scène (il ne s’y passait pas grand-chose, la plupart des gens pratiquaient un peu partout, ne voyant pas de raison pour se planquer derrière un rideau puisque tout le monde était potentiellement interessé, déviant, voyeur, désireux de participer etc… Des shows se déroulèrent sur scène jusqu’à minuit, rien de choquant, quelques pantomimes mais beaucoup de costumes impressionnants, surtout lors des défilés de mode, puis hop, on balance la musique et la soirée ressemble alors à n’importe quelle boîte, sauf que les gens sont habillés bizarre, voir pas habillés du tout et beaucoup plus respectueux qu’en boîte. A l’étage, le coin plus « cosy » avec resto (immonde bouffe asiat’ industrialo-glauquy, pour rien au monde je n’en aurais humecté mes lèvres !), expo d’art fetish (photos, peintures), musique douce et papote généralisée, c’était aussi le coin drague (mais pas cul) et le coin drogue (d’après ce que l’on m’a dit car je n’ai pas vu la moindre seringue, le moindre rail, le moindre cacheton).

La faune qui évoluait en ses lieux avait un age moyen de 45 ans, et encore, je crois que je les rajeunis un poil. Commençons par le hideux et réservons nous le meilleur pour la fin. Lilith eut une expression fort juste « c’est tellement moche que ça pique les yeux », et en effet, voir des vieux harnachés de cuir, organes génitaux exhibés, remuant leur fesses flasques et pendantes à de quoi rendre Bridget Jones anorexique, l’horreur, c’était que c’était une sorte d’uniforme pour les vieux. Au musée des horreurs, la créature la plus immonde jamais aperçue : une femme, vieille, grosse, sale, cheveux gras et défaits, habillée de loques répugnantes, un détritus des égouts, un immondice sur pattes, à la voir pouvait présumer d’une odeur fétide. Ce qui fausse l’appréciation est l’usage de certains soumis de se dégrader volontairement, de se présenter comme des déchets, comme des résidus d’asile psychiatrique, comme des étrons ambulants pour exciter le dégoût, la haine, l’envie de frapper. Citons aussi des travlos massifs et ventrus, de vieilles peau en montrant trop (de peau). Mais ces laideurs étaient minorités et le regard s’attachait plutôt aux reines de la soirée (dans tous les sens du mot « queen ») : de jeunes mannequins fetish arborant d’extravagantes toilettes, de fières dominatrices dont la classe imposait le respect autant que le fouet, de très beaux travestis (dont on ne pouvait deviner le sexe qu'à la voix), l'une en robe fourreau de latex, couleur écaille de poisson, portée sur talons aiguille transparents, ça ne ressemblait ni à un personnage lovecraftien, ni à un poisson d'argent géant (ce qui revient à peu près au même), une autre en costume de flapper très fitzgeraldienne (en latex, bien sûr), une troisième portant une robe d'inspiration chinoise noire outrageusement fendue, une, enfin, arborant la classe ultime des années 50, en noir et blanc, teint de porcelaine, coiffée d'un chignon brun impeccablement serré, très « parisienne », mentionnons surtout un groupe de jeunes gens d'une beauté et d'une classe foudroyantes que nous eûmes la joie d'avoir sous les yeux un certain temps dans le « salon de thé »: du pur yaoi (edit postérieure, si j'ose dire, huhuhu, point de yaoi car les bishônen en question ne sont point homo comme nous l'avions d'abord cru, réjouissez vous mesdames et tressaillez d'allégresse!) fantasmatique! Au fil de la soirée, certaines renoncèrent à tout artifice (hormis les talons hauts) et dansèrent en tenue d'Eve, d'autres revenant de s'être faites encordée préférèrent cette parure à tout autre costume. Pour le croustillant de la chose, n'oublions pas deux créatures lourdement enchaînées et entravées, entièrement couvertes de latex ou vinyle qui déambulaient, aveugles, telles des archo-flagellants post modernes. Un groupe de jeunes gens et filles rencontrés au studio photo (où nous ne posâmes pas, notre anonymité n'étant pas assurée par un quelconque masque, et lorsque l'une de nous, ou les deux, deviendra une célèbre politicienne, de telles images auraient pu faire désordre) semblaient sortir tout droit d'un manga: costumes cyber punk, New Rocks excessivement compensées, coiffures ayant du nécessiter au bas mot 10 pots de gel pour le groupe, costume de french maid ou de guerrière futuriste, eux avaient pensé aux masques, inspirés du théâtre No, qui leur donnaient un air spectral du meilleur effet.

La musique était des plus éclectiques, passant des classiques de discothèque aux classiques de boums (un grand moment: hurler l'Aventurier en chœur avec de joyeux trentenaires envinylés, combinaison rouge pour madame) sans oublier le punk, le metal (yeah! hélas, point de pogo!) et Nirvana!!!! Du coup je passai le clair de mon temps à me déchaîner (c'est le cas de le dire, huhuhu) sur la piste aux sons les plus bourrins tandis que Lilith socialisait à l'étage. Il faut dire qu'en temps normal, les relations humaines ne sont point mon fort, alors imaginez le désastre au milieu d'une horde (pour ne pas dire de LA Horde, quoique je ne vis point de Tauren, enfin passons) de déviants plus ou moins pervers: dés que l'on s'adressait à moi, surtout s'il s'agissait d'un individu manifestement du sexe opposé (masculin donc, pour ceux qui se posent des questions), j'hurlais NON! Surtout si la question commençait pas « est-ce que... », certes certains étaient attirés par la perspective d'un commerce charnel (les pauvres fous!) mais je pense aussi avoir férocement débouté des propositions plus innocentes (du style « pourriez vous garder mas place? M'indiquer tel stand? Éviter de m'écraser les pieds avec vos New Rocks? Me prendre en photo avec cet appareil? Etc...) mais tant pis pour eux, il ne fallait pas m'adresser la parole, point! Cependant j'eus le plaisir de voir que les personnes qui étaient manifestement intéressées par une petite séance de domination se montraient fort polies devant mon refus et ne paraissaient plus jamais devant mes yeux, ce qui est fort appréciable et autrement plus courtois que l'attitude de gros lourds de discothèque, qui pour être moins déviants, sont infiniment moins respectueux. L'ambiance générale était donc à la courtoisie entre adultes consentant, nous déambulions dans un gigantesque porno en direct sans que personne ne nous pousse à participer. Vous l'auriez deviné, malgré son effrayant pseudo, Lilith la Tigresse était la miss Relations Publiques du duo. C'est grâce à elle que nous rencontrâmes un homme que je crois pouvoir dire de bon conseil, ayant traversé les expériences les plus mortifères et délétères, en revenant avec quelques difficultés pour nous prévenir d'éventuels dangers liés aux milieux alternatifs sans jamais pour autant nous faire la morale. Bien sur, il y avait dans son discours à prendre et à laisser, mais il est toujours enrichissant d'écouter quelqu'un qui a beaucoup vécu, beaucoup vu et est assez généreux pour nous en faire part sans pour autant se mettre en avant. La Tigresse, moins farouche que votre servante, resta longtemps à s'entretenir avec lui (et en profita même pour se faire lécher le pied par un soumis qui passait par là et que je trouvais couché à ses pieds, faisant obstacle entre la banquette et moi lorsque je revins d'un petit tour de piste, préférant lui infliger la torture de la frustration plutôt que celle que son attitude réclamait mais qui m'aurait imposé un contact, ce que je redoutais par dessus tout fut-ce même par semelles interposées, je sautai directement sur la banquette et repliais illico mes jambes sous moi). Un peu plus tard, devant le stand du dessinateur italien, nous rencontrâmes deux jeunes gens qui, miracle, étaient (ou semblaient, qui sait, un bonus +3 en dissimulation est fort traitre) un peu moins pervers et dépravés que la faune locale et, re-miracle, partageaient une culture rôlisto-chaotique et métalleuse qui nous permit de discuter d'autre chose que de fouets, drogues, vinyle, bondage, tatouages et piercings: une oasis de geekitude, nous (enfin, surtout moi) respirions enfin!La boucle fut bouclée lorsque j'appris que la personne qui leur avait procuré des places, petite amie de l'un, amie tout court de l'autre, n'était autre que la vendeuse de chez Démonia qui avait eu jadis tant de patience à nous supporter et avec laquelle je m'étais déchaînée sur Nirvana: la bourrinade, il n'y a que ça de sain!(je trouve que c'est une belle conclusion, donc finissons ci!)


Par Dagorwen
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Dimanche 18 janvier 2009

 

Puisque je me tiens à mon plan quinquennal bloguesque avec autant de rigueur qu’un président de soviet imbibé de vodka, je m’en vais vous livrer quelques réflexions que m’ont suscitées une expérience faite en début octobre : le grand prix de l’Arc de Triomphe vu des coulisses ! J’avais appris que l’on recherchait des jeunes pour « gérer les flux de visiteurs » lors de la course, 100 euros à la clef pour la journée. L’intitulé était assez vague, je priais très fort pour que la forme masculine du mot « visiteurs » associée à l’idée de « flux » de soit que le fruit d’une règle de grammaire et non une proposition camouflée de basses besognes génito-buccales et ne savais guère à quoi m’attendre. Il nous fallait être à 8h sur place (pour ne quitter l’hippodrome qu’à 19h), je me préparai à un quelconque travail d’hôtesse (tout en m’étonnant de ce qu’aucune compétence en godon ne soit requise) et endossai un costume cintré noir sur chemise noire, chaussai mes bottes en vinyle à talon (trop) haut (j’en connais qui vont se faire des idées, Ménon Ménon, dirait Platon, elles n’ont jamais foulé autre chose que l’asphalte), et jetai mon manteau de cuir noir par-dessus, avec une petite écharpe moirée violette, j’avais indiscutablement un début d’embryon de classe. Il faut dire que ce qui m’avait motivée dans cette proposition était de pouvoir observer un monde qui m’était tout à fait inconnu (celui des turfistes) tout en découvrant les coulisses d’un tel évènement, intérêt fondamentalement sociologique, donc, et je ne fus pas déçue !

Lorsque j’arrivai, l’apparence de mes futurs collègues me surprit : jeans, baskets ou grosses chaussures, hideuses parkas, têtes de repris de justice. Je me demandais si je ne m’étais pas enrôlée dans quelque force occulte de sécurité un poil hooliganesque et commençais à réviser mes kata quand j’avisai une jeune fille aussi paumée que moi avec laquelle j’eus l’heure de partager quelques références internautiques. Peu après, notre mission nous fut révèlée (tadaaaaam) : jouer les panneaux indicateurs vivants pour parquer les bagnoles…. POIN POin poiiiiiiin, un rêve de flutes de champagnes, sourires accorts et fluent english qui se brise ! Mais le pire était à venir : il nous fallut enfiler un immonde k-way blanc (oui, b-l-a-n-c !!!!) aux couleurs de l’évènement (sponsorisé par le Qatar, vous imaginez si je jubilais…) et, cerise à l’arsenic sur le gâteau au curare, le fameux étron jaune fluo dont Lagerfeld dit si bien « c’est jaune, c’est laid, ça ne va avec rien mais ça peut vous sauver la vie », on peut considérer que l’on préfère mourir dignement, mais le calice de l’infamie ayant déjà été avalé avec le port du honteux k-way, cet ajout d’indignité n’était que peu de chose. J’eus sans doute péri de honte en apercevant quelque connaissance, mais fort heureusement, mes connaissances sont trop plouques pour entrer par l’accès Vieilles Pies où j’eus le privilège d’être placée (ce qui me consola quelque peu : j’allais tout de même pouvoir observer les toilettes, les voitures, les chapeaux etc…).

De 10 à 11h, nous vîmes arriver les premiers masochistes, principalement japonais, qui commençaient la queue avec la réjouissante perspective d’une heure d’attente dans le froid. Les voitures n’arrivaient pas encore en flux tendu (hum hum), j’eus tout loisir d’observer une interview de turfistes nippons par une chaîne tokyoïte : impossible de refréner le fou rire qui m’envahit devant le présentateur surexcité qui sautait partout en faisant de grand gestes presque comme dans une scène culte de Lost in Translation, le costume ridicule en moins ! Ça n’est que vers 11h30 que mon travail commença, à savoir diriger les taxis (par gestes) vers la file idoine, faire garer les voitures de places et autres bécanes arborant fièrement leur importance et leur pass Vieilles Pies et refouler les clampins en Twingo (c’est cruel mais c’est ainsi). C’est là que la chose devient intéressante sociologiquement, divisons fort khâgnalement notre analyse en trois parties : la clientèle, mes impressions, mes collègues.


Je fus assez déçue par les voitures, seules cinq ou six étaient réellement luxueuses et élégantes. Les toilettes aussi étaient, à une dizaine d’exception, assez banales, mais la dizaine en question valait amplement le déplacement. En général, les canons du bon goût semblent s’être arrêtés dans les années 30 et le prix de l’élégance est toujours remporté par une coupe stricte, ajustée, une robe (ou jupe) longue et étroite (mais sans mouler) égayée par un chapeau explorant la dimension horizontale. Les Anglais sont bien sûr en écrasante majorité et font preuve d’un redoutable mauvais goût, surtout visible chez les jeunes filles qui ne diffèrent en rien de pouffiasses américaines : cheveux libres et peroxydés, robe peu adaptée à leurs rondeurs, et pour certaines, tatouage à la cheville !!! Au sortir de l’hippodrome, ils sont généralement plus noirs que Bakounine ce qui les rend finalement assez sympathiques. Une bande de jeunes Anglais attendant un peu trop longtemps leur chauffeur s’était lancée dans un chahut potache qui perturbait de façon bon enfant l’ordre que je m’efforçais de maintenir dans la circulation, lorsque l’un d’entre eux, se rendant compte après trois quarts d’heure d’attente qu’il avait oublié son parapluie (cela ne s’invente pas) alors que la voiture de places était enfin arrivée, du piquer un petit galop pour rejoindre ses camarades, je ne pus résister et l’encourageai d’un « Come on Dover ! » qui fit glousser toute la troupe. Certaines personnes étaient un tantinet énervées ou impatientes, mais se montraient tout à fait courtoises lorsqu’on s’excusait en souriant de la mauvaise organisation (un vrai bordel), certaines ne respectaient pas mes indications, mais que dire ? L’organisation doit être à leur service et de toute façon, il n’y a pas grand-chose à faire une fois que la voiture s’est arrêtée : elle ne restera de toute façon que quelques secondes, le temps de décharger (décidément !). Jamais personne ne fut agressif, discourtois, désagréable, hautain. Presque tous m'ont regardée avec sympathie, amabilité, m’ont parfois adressé des mots d’encouragement, souvent des remerciement, de temps en temps des coups d'oeil complices vis-à-vis de mes « collègues », il faut dire que du lot, j’étais la seule à peu près buvable. Que citer sinon de sympathiques Brits bourrés et un poil vulgaires, de nobles vieilles dames, des familles très versaillaises mais très respectueuses et pas le moins du monde infatuées de leur position sociale, d’adorables Japonais affolés ?

Peut être leur courtoisie à mon égard venait de ma propre prévenance au leur, sûrement même. Cependant il me semble que mon attitude, loin de la servilité de l’employé face au client, était la logique même. En dehors de toute question financière, il me paraît normal, lorsque mon rôle est d’accueillir des personnes, en voiture ou pas, de le faire en souriant, en commençant par « Bonjour », en m’adressant aux personnes par « Monsieur » ou « Madame », en les vouvoyant, en leur parlant en français (ou en anglais selon les cas), je ne vais pas non plus énumérer les choses les plus élémentaires qu’il m’est aussi naturel de pratiquer que la respiration. Ajoutons que le rôle d’un service d’organisation est de faciliter la tâche aux usagers et non de leur imposer des règles stupides, si ces règles existent, ça n’est que pour leur confort, en rien elles ne sauraient prévaloir sur leur volonté. En outre, ces gens ont dépensé une somme vraisemblablement conséquente, il me semble normal qu’ils bénéficient d’un service si ce n’est de qualité (car il faut bien reconnaître que je me suis une ou deux fois emmêlé les pinceaux), du moins courtois. Cette tâche m’a semblé particulièrement facile, pour le repas de midi (que nous prîmes vers 14h30), on nous servit de la nourriture de qualité, l’encadrement était sympathique, les clients également. Le travail lui-même ne présentait aucun désagrément. Rester 12h sur des talons aiguilles quand on passe sa vie en rangers en présente ! Beaucoup ! Bref, ce fut l’enfer, à la fin de la journée, il a fallu que mon chef me conduise à moto à la station de navette car je ne pouvais plus marcher (le plus drôle était qu’après que j’aie retiré les immondices vestimentaires infligés par l’organisation, les Anglais bourrés me prenaient pour une Vieille Pie et me parlaient de la course comme si je l’avais suivie avec eux).

Si quelque chose me déplut et me choqua lors de cette journée, ce fut par contre l’attitude puante de mes « collègues » et même de mes chefs. Ces derniers étaient tellement habitués à leur métier, connaissaient si bien les ficelles qu’ils en oubliaient qu’ils avaient à faire à des êtres humains et la politesse élémentaire que l’on doit à ses pairs : si un chauffeur désobéissait à leurs gestes ils hurlaient, se montraient agressif, bornés, stupides, administratifs. Mais le pire vient encore des employés dont c’était, comme pour moi, la première fois (c’est moi où c’est vraiment un article de pervers ce truc ?). Ils s’opposèrent d’emblée aux turfistes dans une lutte des classes tout à fait stérile et artificielle (eux ce sont de sales riches, nous on est moins riches donc on doit les détester, faire bloc contre eux). Quand on va à la rencontre de l’autre avec de tels préjugés de classe (ils sont tous arrogants, guindés etc…) on va droit à l’échec ! Ils râlaient contre tout d’une façon proprement incroyable, « je râle donc je suis », le syndicaliste de base animé par une haine aveugle du possédant. Répugnant ! Et pourtant j’allais vers eux sans a priori, en étant encore plus sympathique qu’avec les clients. C’est a posteriori que je leur trouve des têtes de repris de justice, après avoir constaté leur bêtise, leur laideur morale. Il faisait trop froid, les chefs étaient fous, stupides, névrosés, la nourriture était infecte, quel métier de clampin, on les traitait comme des merdes etc. etc. Quand à la clientèle, elle avait tous les vices du monde, c’était une bande de « pouffiasses » (certes mais pas plus que dans la rue), de « connards », de « snobs », de « prétentieux arrogants » et j’en passe. Je ne puis croire que ces gens là aient été différents avec moi et avec mes collègues, à moins que ce soit une tare propre aux turfistes que de souffrir de troubles aigus de la personnalité. Dans sa hargne pleine de ressentiment, l’un de ces attardés poisseux frappa le capot d’une voiture de luxe qui n’avait pas eu le bon goût d’obéir à ses ordre véhéments, et dont le chauffeur sorti, furibard, prêt à le cogner, ce que je compris parfaitement et même regrettai car il finit par se calmer. C’était la haine prolétarienne à l’état pur, ignoble, la populace qui à mes yeux prenait des traits de bête immonde. Qu’est-ce qui les empêchait d’être comme moi ? De voir en ces clients des êtres humains et non de « sales bourges » ? Pourquoi cette haine du dominant, ce ressentiment d’esclave ? Cette attitude odieuse due à des années de bourrage de crâne marxisant ? J’étais atterrée de voir une telle bêtise méchante, mesquine : pourquoi ne pensent ils pas en personne mais en moutons, en cellules d’une « classe » ? Pourquoi le fait d’avoir de l’argent suscite en eux la haine ? Certes, je devine que, même si la division de la société en « classes » est pour moi nulle et non avenue (il n’y a que des différences d’éducation, de culture, l’argent n’est rien, un riche intelligent appréciera la compagnie d’un pauvre cultivé ce me semble, et vice versa) je devine donc, bien que ces mots aient peu de sens pour moi, que ces gens, mes « collègues » d’un jour vivent dans un monde qui n’est pas le mien, que les tenants d’une anthropologie des classes diraient que c’est parce que si je n’avais pas été en mission, undercover, j’aurais sans doute eu plus de chances de me trouver parmi les clients que parmi les employés que je n’ai eu aucun problème avec ceux là, et cependant, s’ils n’avaient pas fait preuve de tant de sottise, je me serais aussi fort bien entendue avec mes collègues comme le laissait augurer le début de la journée. Ajoutons quelques réflexions croustillantes digne d’un zinc malpropre « ouais ben ça prouve bien une chose, c’est que dès que tu files un peu de pouvoir, un peu d’importance à un type, il va se croire super fort, indispensable et il va faire peser son ridicule brin de pouvoir sur tout ce qu’il peut », ce qui certes est vrai, quoi qu’un poil réchauffé, mais devient franchement comique lorsque le même orateur de comptoir hurle de tous ses poumons et multiplie les gestes obscènes contre la Jaguar qui s’est arrêtée 20 cm trop tôt en insultant ses passagers ! Notons aussi l’organisation pitoyable des transports, des navettes, l’absence totale d’indications, d’hôtesses et de guides pour renseigner les clients (ce que nous ne pouvions faire étant donné que la seule chose que nous savions étaient les consignes relatives au « faites dégager toutes les voitures, que ça soit libre devant la porte »), j’avais honte de faire partie d’une organisation aussi nazebroque !


De cette observation je tire quelques enseignements fort peu politiquement corrects que je me serais interdite de formuler si je n’avais pas expérimenté la chose :

_ rien ne justifie d’être désagréable, borné, discourtois, il n’y a pas de « oh mais le pauvre, ça ne doit pas être facile de faire ce boulot toute la journée ! » qui tienne, tout est facile si on le fait avec respect, courtoisie et bonne humeur (et franchement, 12h debout sur des talons aiguille à faire la circulation, ça aurait pu me porter à la morosité !), il n’y a absolument aucune excuse à la muflerie !

_ si un service de circulation privé (pas la police, on va encore me taxer d’anarchisme sauvage) vous fait signe de déguerpir, de ne pas vous arrêter, d’aller plus loin, c’est sympa de lui obéir si vous avez le temps, mais en fait on s’en fout ! De toute façon il ne peut rien faire, physiquement et juridiquement, alors ne vous inquiétez pas d’un petit bouseux qui s’excite tout seul.

_tout s’arrange quand on est courtois. Ne considérez pas l’autre selon sa prétendue classe mais comme un égal auquel vous devez le respect du à tout être humain, les classes n’existent que dans la tête des abrutis !

_les râleurs populos sont des abrutis pleins de ressentiment pour le voisin qui a un jouet plus gros que le leur, ça à 40 ans et un âge mental de 5 ans ! Donnez leur un milliard, ils seront les plus imbuvables, les plus arrogants, les plus immondes nouveaux riches.


Par Dagorwen
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Lundi 28 juillet 2008

Non, je ne suis pas morte ! Ca aurait fort bien pu arriver de deux façons distinctes, la première que j’ai évitée au cour du voyage qui devait me mener vers la seconde (dans une quête qui a lamentablement échoué, ce qui n’était d’ailleurs que la troisième quête perdue de l’année, espérons que cela va s’arrêter là, non, non, n’en jetez plus… enfin, fi de la pensée magique (que je développerai dans un prochain article), faisons en sorte que cela cesse). Pour ce qui est de la mort n°2 qui m’a (hélaaaas) épargnée, je vais (nyark nyark) vous faire saliver encore quelque temps (mais avec un peu de logique vous trouverez tout seuls à certains indices). Cessons net le racontage verbeux de ma pitoyable existence et passons au prèche… (si vous fuyez maintenant, je ne vous en voudrais pas). Attention, la prêtresse monte en chaire (oui, je défends mordicus le sacerdoce féminin !) : mes bien chers frères, mes bien chères sœurs (répétez après moi tous en chœur : pas de boogie boogie… euh, non, zut…) qu’est-ce que l’honneur ?

Quelque chose de franchement très très démodé puisqu’il implique la rectitude dans une « société du zapping » (Aaaargh, Gérard Guest, sors de ce corps !!!! d’un côté, j’avais annoncé que ça allait être du prêche), par rectitude je n’entends pas psychorigidité mais fidélité à soi même et aux valeurs que l’on a choisies. Cultiver et défendre son honneur implique une maîtrise de soi certaine, puisqu’il s’agit de s’imposer certaines règles, et toute règle devient un jour où l’autre difficile à respecter, c’est dans ces moments que l’honneur fait la différence entre l’homme et l’animal. (C’est affreux, je parle comme dans un film américain, comment sortir de ce mauvais pas ? aï aï aï !) L’honneur doit nous être plus cher que la vie (par « nous » j’entends « moi » en fait, je ne prétends pas vous entraîner dans mes dérives idéologiques, on verra plus tard, quand je monterai une secte, il s’agit plutôt d’un petit laïus d’encouragement à mes multiple zet diverses personnalités, dont, dans mon immense générosité, je vous fait part, des fois que quelqu’un d’autre sur la vaste toile pourrait s’y reconnaître) puisqu’il est ce qui nous fait humain, à ce propos je citerai les mots d’une amie à propos d’un cas d’anthropophagie dictée par la survie « vaut-il mieux vivre ou rester humain » ce qui m’avait à l’époque un tantinet escagassé, vu que je ne vois pas du tout ce qu’il y a d’inhumain à manger de la viande morte, étant donné que l’âme s’est échappée, c’est à peu  près la même chose que ce qui pend dans les chambres froides des bouchers, m’enfin, on peut appliquer cet adage à bien d’autres cas : veut-on, comme dirait Malaparte, sauver « la peau » ou rester intègre ? Par « la peau » j’entends certes la survie du corps dans les cas extrême, ceux dans lesquels il importe d’être ferme avec soi-même mais de ne surtout jamais condamner ceux qui ont succombé (par ce que se défaire de notre bonne vieille carcasse, ça n’est pas si facile que ça, je sais de quoi je parle) : la mort ou balancer ses complices, la mort ou accepter la souillure du viol, la mort ou abjurer sa foi, mais aussi dans des cas beaucoup plus triviaux, les instincts animaux, de l’accumulation, de la voracité, de la cupidité, concernant en général le pouvoir, l’argent, le sexe, l’honneur consiste alors à refuser un piston, un pot de vin, des avances d’un tiers lorsque l’on a juré fidélité, une entourloupe facile etc… En quelque sorte, l’honneur, c’est les refus du courbe, du biais, du compromis, de l’entorse, l’attitude du roseau qui se plie à tous les vents, c’est rester droit et ferme, constant tel le chêne, finalement abattu, mais avec quel sublime !

                                        

L’honneur du chevalier (occidental ou samouraï), c’est de ne jamais refuser le combat, de ne jamais tourner le dos à l’ennemi, rester fidèle à sa foi jurée, suivre son seigneur dans son sort (d’où le seppuku) , laver la honte dans le sang (c'est-à-dire dans un combat et non dans le suicide : Don Diègue ne se suicide pas que je sache !). L’honneur du mafieux ou du bandit devrait être de ne jamais répandre un sang innocent (devrait car on sait ce qu’il en est… à propos, allez donc voir Bons Baisers de Bruges, où l’on voit un mafioso très intègre, mais complètement barré et deux boulets de tueurs irlandais absolument hilarants, sans oublier une dealeuse belge et son skin de petit ami ainsi qu’un nain sans aucun complexe qui s’offre des putes minables ! A voir !). L’honneur d’un militant, d’un syndicaliste, de n’accepter aucune compromission ou subvention, l’honneur d’une prostitué peut être ses lèvres (sa bouche, il faut préciser, hum hum !) qu’elle réserve à l’amour véritable (encore faut-il qu’il existe, ce dont je doute très fort). A chacun de placer son honneur là où il veut, là où il peut. L’honneur pourrait-on conclure, est la responsabilité : responsabilité des ses actes que l’on doit pouvoir assumer, s’approprier à 100%, un honneur immaculé consiste à pouvoir signer la totalité de ses actes lorsque chacun correspond à l’expression de la personne entière. Il s’agit aussi de la responsabilité envers le « mineur » et c’est là que se situent les plus odieuses dérives, en effet, le statut de « mineur » est très délicat, seul celui de l’enfant ne fait aucun doute… et encore : peut-on dire que l’enfant appartient à ses parents ? Qu’il ne s’agit pas d’une personne libre ? Dans ce cas à partir de quel âge devient-on responsable ? Certainement pas à la majorité : il ne faut pas attendre 18 ans pour développer un sens de l’honneur, de la responsabilité. Je pense au cas de Mateo Falcone, qui tue son fils pour avoir vendu un fugitif à la police : la vie de cet enfant lui appartenait-elle ? En le tuant, il le considère à le foi comme responsable : c’est lui qui a trahi, c’est lui qui doit être puni, mais aussi comme mineur, sinon il l’aurait vraisemblablement provoqué en duel. S’il porte la responsabilité pour son fils, il aurait du se suicider et non punir son fils qu’il considère comme mineur… Je n’aborde même pas l’abomination des « crimes d’honneur » islamistes qui considèrent la femme comme une éternelle mineure et souhaite à tous ces porcs d’aller lécher les sabots de Lilith en enfer !

 

Mais, allez-vous me demander, que vient faire l’orgueil là-dedans ? J’y viens : insidieusement, cet autre sentiment s’insinue très souvent dans notre conception de l’honneur et nous conduit à confondre amour propre et estime de soi. L’estime de soi est le sentiment éprouvé par la considération d’un orgueil immaculé, le sentiment de sa dignité, c’est à la fois le fruit et le moteur de l’honneur : au nom de cette dignité humaine, on refuse la compromission, et cette intransigeance construit notre dignité. Cette dignité n’est pas une image fixe, elle se construit à chaque instant, elle n’est pas non plus liée à des qualités particulières, à un milieu social, à une race, elle est la dot de tout être humain, peut-être l’essence même de notre humanité. Je ne veux pas dire que tout être humain à conservé cette dignité, que tout être humain se bat pour son honneur (mais de toute façon, on prouve son propre honneur à traiter les pourritures avec courtoisie, le meilleur contre exemple nous est donné par l’infâme conduite du gouvernement américain envers Saddam Hussein) mais que la dignité et l’honneur sont indépendants de toute autre qualité propre à la personne : on peut être misérable et digne, bête et digne, moche et digne.

L’amour propre est l’adoration idolâtre d’une projection plus ou moins fictive de soi à laquelle on sacrifie tout, cette projection ignore nos défauts, gonfle nos qualités et se fige dans les glaces de l’inamovibilité : tel on se veut, tel on doit être, tel on se croit, pour toujours. Cette statue de glace se nourrit de fantasmes, d’indentifications irréelles et plus ou moins héroïques, elle vit dans un monde virtuel composé des éléments de la vie réelle triés soigneusement pour ne garder que les plus flatteurs et filtrés par le désir de soi, ou narcissisme. Bien sûr, au contact du monde réel, de ses tribulations, de ses échecs, elle se brise et fait place au miroir déformant de la haine de soi, son exact opposé et pourtant revers du  même sentiment : les personnes les plus fières sont aussi les plus dépressives, les plus tourmentées (ce qui a, je vous l’accorde, un certain charme romantique à l’image du maître de l’orgueil et de la haine (de soi et du reste), un certain Satan, vous connaissez ? (oui, je le rappelle, nous sommes ici dans un prêche, vous ne couperez pas à la morale judéo-chrétienne, désolée pour Varg et ses adeptes)).

L’échec est le meilleur moyen pour différencier ces deux sentiments trop proches : que fait un chevalier vaincu, ce qui arrive aux meilleurs, de Lancelot à François Ier ? Il reconnaît la valeur de son vainqueur, s’incline, et repart au combat (on remarque d’ailleurs dans les romans de chevalerie et chansons de geste qu’un combat, remporté par l’un, perdu par l’autre, est souvent le début d’une étroite et solide amitié). Que fait un orgueilleux vaincu (regardez certains méchants des contes) ? Il se précipite dans les ténèbres et/ou se suicide en hurlant sa haine de soi.

 

Frères et sœurs, soyez bénis et allez en paix !

Ce petit prêche m’a été inspiré par une discussion que j’ai eu avec mon oncle dans un monastère transylvain, le 14 juillet (aucun rapport avec ces guignols en bleu blanc rouge) après avoir eu la très mauvaise idée de faire un saut dans un café internet à Sibiu.

Pour ceux qui ne le savaient pas, je n’ai pas été admissible à l’oral de l’ENS, mais le pire reste de voir la liste de ceux qui sont admis, certain nom en particulier (et là il n’y aura que deux lecteurs qui sauront de quoi je parle, prière de ne PAS y faire allusion dans d’éventuels commentaires, merci, vous avez tous les deux mon courriel si vous voulez absolument l’évoquer… ou l’invoquer ^^) mais….

 

Be ready dudes, I’ M BACK IN THE FIGHT!!!

Décidemment, ça aura fait amerloque jusqu’au bout cet article!

 

Par Macht
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Mardi 6 mai 2008

Ca faisait longtemps que je voulais faire un article sur le mouvement pro-ana qui sévit sur internet, mais vu la dernière loi liberticide que notre cher gouvernement a pondu, il devient urgent de s’exprimer tant qu’on le peu encore, car si les lois françaises suivent cette pente, je redoute que d’ici quatre ans ce blog soit interdit pour déviances en tout genre. Je vais certes me fendre d’un mot sur le mouvement pro-ana mais pas que, c’est aussi le moment d’être un poil futile et de parler de corps, de mode, de beauté, de graisse, de muscles et d’os. Annonçons la couleur : je ne vais pas me faire des amis, mes vues sur la questions ne brillent pas par leur correction politique. A titre de précaution oratoire, connaissez-vous La Reine des Neiges ? Il s’agit d’un magnifique conte d’Andersen qui a bercé toute mon enfance (entre autres contes), si je m’en souviens bien (mais cela doit faire au moins douze ans que je ne l’ai plus lu ni entendu, donc mes souvenirs nécessiteraient un petit rafraîchissement, c’est le cas de le dire) ce sont de amis (ou cousins, je ne crois pas frère et sœur car il semble bien qu’ils soient amoureux, mais avec Andersen, on ne sait jamais…) Kai et Gerda (suis pas vraiment sûre du nom de la fille) qui vivent pauvrement mais heureusement avec une vieille femme, je crois me souvenir aussi d’un jardin avec des roses, mais tout cela est assez confus, bref, dans le ciel, des démons de l’air se sont disputés et ont brisé leur miroir (j’aime bien ce thème, il y a un côté Hoffmann), un éclat en est tombé dans le cœur de Kai, qui devient dur et cruel, un autre dans un de ses yeux, qui fait qu’il ne voit plus que les aspects négatifs de toutes choses et se met à détester Gerda, la vieille et le jardin de roses (Adam, Eve, le jardin d’Eden… blabla, ouais, c’est pas d’une finesse de dentelle brugeoise les contes hein, enfin, c’est peut être la Genèse qui exprime un schéma universel, mais ne dévions pas) et rencontre la Reine des Neiges, femme fatale et sublime, toute de blanc vêtue dans son fantastique traîneau  qui l’attire auprès d’elle et le retient prisonnier dans son château de glaces, lui gelant toujours plus le cœur, Gerda va se mettre a se recherche (et le sauve à la fin, après diverses péripéties). Donc je suis un peu à l’image de Kai : un éclat du miroir démoniaque m’est tombé dans l’œil et je ne vois que très rarement la beauté en ce monde (pour le cœur, je ne sais pas à ceux qui me connaissent d’en juger).

 

Alors allons-y, parlons tout d’abord du Beau (à défaut du Vrai, qui nous échappe toujours plus ou moins, et du Bon, qui est tout ce qu’il y a de plus incertain). J’ai toujours eu une grande méfiance pour les personnes voyant la beauté partout, et surtout qui en font des tonnes, du genre « oh comme tu es belle ma chérie, tu es ma-gni-fique » quand on a la face grêlée de boutons, elles me font le même effet que celles qui mettent la main sur le cœur pour dire merci : signe extérieur d’hypocrisie, en général, plus on en ajoute, plus on fait d’effets de manche, moins il y a de fond (je ne parle ici que pour les Européens de l’Ouest, on ne va pas taxer un Japonais d’hypocrisie quand il fait des courbettes, ni appliquer ces considérations à un Russe dont le caractère passionné pourrait injustement sembler surjoué). Mais si, il y a des gens qui serviront du « magnifique » à une grasse donzelle à l’amas de chair surabondant aussi bien qu’à une gamine affublée des lunettes de Brejnev, du dentier d’un Tupolev, qui n’a même pas le bon goût d’être picarde et fait preuve d’une niaiserie qui ferait honte à une héroïne de Shôjo, à un thon de la glorieuse famille de cageots présentant tous les signes d’une débilité légère et d’un état physique post-Auschwitz, comme à une authentique beauté certes dépourvue de confiance en elle mais dont le charme est déjà envoûtant (il ne s’agit pas de cas réels bien sûr, j’invente complètement). Si cette hypocrisie est presque méchante pour les trois premières auxquelles elle fait l’injure de la pitié, presque de la moquerie, elle est tout à fait insultante pour la quatrième.

Et ces personnes iront même se justifier par une pseudo philosophie égalitariste « mais si, la bonté du cœur rejaillit sur le physique, l’Homme est beau etc… » sortez les violons les gars « tout le monde il est bôôooooo ». Ne venez pas me dire que dans la plupart des films comme des livres, les beaux gosses, ce ne sont pas les méchants ! Je citerais à ce propos la loi imparable formulée par le frère de Camille (que je ne nommerai pas, ne sachant s’il serait d’accord, mais de l’ire duquel je me préserve en respectant la propriété intellectuelle) « Soit t’es gentil, soit t’as la classe », imparable ! Regardez dans Star Wars : Anakin ne devient canon que lorsqu’il passe du côté obscur, bon, Matrix constitue une exception, d’accord, mais les visages respectifs de Neo et Trinity ne rayonnent pas vraiment de bonté si ? Dans Orange Mécanique, ben voilà quoi, McDowell… Dans Gothic, Byron est ultra sayks, et beau, et stylé, et n’incarne pas l’amour du prochain et la moralité protestante et puis entre Dracula et Van Helsing, Catwoman et Batgirl, La méchante reine gouine et Barbarella, Bellatrix et Mme Weasley, Shagrath et Mika la beauté n’est pas toujours du côté de la bonté. Oui, on peut être gentil et moche (la preuve, l’Abbé Pierre, Mère Térésa, Coluche), oui, on peut être intelligent et moche (Socrate, Descartes, Sartre). La beauté n’est pas du tout une affaire de contenu, elle est purement plastique. Le charme peut être une question de contenu, d’intelligence, d’aisance, de bonté, pas la beauté, il faut être précis, quoi, zut ! On peut être moche et charmant, et on n’a pas besoin d’un physique parfait pour être mignon ou joli. Mais un gros ne peut pas être beau, non ! Je connais une grosse charmante et charmeuse, une (légèrement) ronde très jolie. Mais la beauté, c’est autre chose.

 

Pour mettre le choses au point, je peux compter sur les doigts d’une main les personnes vraiment belles que j’ai vu dans ma vie. Par beau, je n’entends pas désirable. Je ne me cantonne pas non plus au « plastiquement irréprochable », une Kate Moss, une Linda Evangelista, une Adriana Karembeu son parfaitement calibrées, ça n’en fait pas de belles femmes. Il y a quelque chose d’idéal dans la beauté (humaine, je ne parle ni de la nature ni des œuvres d’art, pour les théories esthétiques globales, tapez 3615Hegel, ou www.kant.de) qui la fait différer selon l’époque et les valeurs prônées, mais seulement de très légers critères. A mon humble avis, il y a dans la beauté humaine la partie universelle (je dirais environ 70%) et la partie personnelle. Je ne crois pas que l’idéal esthétique ait beaucoup évolué, il me semble qu’il ait toujours été pour les femmes comme pour les hommes, la grandeur, la sveltesse, la fermeté des membres, le muscle pour les hommes, la poitrine pour la femme. Les déesses obèses de la fertilité ne correspondent pas à un idéal physique mais à une allégorie de la fertilité, il me semble un peu hasardeux d’y voir un modèle pour toute femme aux yeux des sociétés primitives, de même que les hommes n’étaient pas tenus d’avoir un sexe long comme leurs jambes ! Certes, dans certains coins du monde, on gave les filles pour en faire des sortes de larves humaine, je ne sais trop que penser sur ces pratiques répugnantes mais qui restent assez singulières et isolées. Il ne me semble pas qu’il y ait diversité mais bien unité dans l’idéal de beauté humaine, de l’antiquité égyptienne à la grecque, de l’art gothique à la Venus de Cranach, ou celle d’Urbino, du classicisme européen aux beautés japonaises ou massais et du romantisme à nos jours. Et juger le goût du XVIIeme par Rubens reviendrait à juger celui du XXeme par Botero, et je ne pense pas qu’on ai, à une quelconque époque préféré les rondes.

Ce qui est vrai, en revanche, c’est que de nos jours, l’idéal universel de la femme svelte, au corps ferme, élancée est descendu au rang de norme, presque de devoir. Alors qu’au XIXeme par exemple on savait apprécier le charme d’une femme bien en chair (voir Le Lys dans le Vallée) et la diversité naturelle des formes, des gabarits, des physionomies, l’œil de la seconde moitié du XXeme siècle puis du XXeme siècle ne considère que l’idéal comme digne d’être son objet. Même si je tends, personnellement, à cet idéal, je trouve cette uniformisation déplorable : la joliesse dans sa diversité est aussi estimable et digne d’intérêt que la beauté dans son unité. Peut être faut-il en chercher la raison dans la prise de pouvoir de l’avoir sur l’être, de la chose sur le personne : dans les défilés, puis dans la rue, ça n’est plus l’habit qui doit mettre le charme en valeur mais la perfection des formes qui doit servir de cintre à l’habit.

Il n’en reste pas moins vrai qu’on a le droit (si ce n’est le devoir) de poursuivre un idéal, où le physique devient le reflet de vertus morale. Pour ma part, avouons ce manque d’originalité, je ne suis pas allée chercher bien loin et me rattache à l’Idéal que j’ai qualifié d’ « universel », qui est un idéal de vigueur, de fermeté, de maîtrise de son corps, de mépris pour certains vices (la gourmandise), mais sans pour autant renoncer à la part corporelle (I’m a muscle faaaaan comme dirait l’autre, m’enfin faut pas exagérer non plus, mort au culturisme !). Comme c’est un idéal, c’est assez loin, of course, ceux qui me connaissent pourront le constater, héhé… Donc non, je le répète, foin du politiquement correct, on n’est pas beau « tel qu’on est », encore moins « tel qu’on naît » mais en pliant soumettant son corps à son esprit vers un idéal élevé : le gras est signe de mollesse, les rides de décrépitude, la maigreur excessive de débilité. Et en parlant de politiquement correct, qu’est ce que c’est que cette nouvelle susceptibilité des gros à ménager, non mais oh ! Depuis quand un obèse est il « rond », non, il est gros, voilà tout ! Il y a un site de grosses nommé « rondes et vivantes » certes, qu’elles vivent, mais quand on pèse 80 kg pour 1m60, on n’est pas ronde, on est grosse ! dans ce cas là, comment appelle-t-on les vraies rondes, celles qui n’ont que quelques kilos en trop qui leurs donnent des courbes harmonieuses mais non informes et larvesques, si les grosses sont déjà des rondes, doit on dire à ces femmes qu’elle sont « onctueuses » ou je ne sais quelle autre niaiserie ? Que je sache, quand une fille est trop maigre, on ne prend pas des pincettes pour le lui dire, ni quand elle est plate, ni quand elle est boutonneuse (comment ça, ça sent le vécu ? Non mais oh, mufles !)

 

Si mon idéal de beauté pourrait correspondre à une vision « guerrière » ou du moins sportive du corps, je n’en respecte pas moins les autres idéaux, même s’ils ne me conviennent pas, même si je les trouves franchement laids, ils tout autant que le mien droit de s’exprimer sur l’agora ! Je peux dénier à une grosse l’appellation de belle, je ne désire pas que l’on empêche certaines personnes de fantasmer sur leurs formes opulentes ni de louer un idéal de « déesse mère ». C’est pourquoi la loi qui a été récemment adoptée au mépris de toute liberté d’expression, je dirais même de liberté d’idéal, presque de liberté religieuse, du moins spirituelle, car tout se tient, m’indigne particulièrement : elle condamne toute incitation à la minceur excessive, à la maigreur, à l’anorexie, censurant les mannequins jugés « trop maigres », la mode était déjà le royaume de la normalisation et de l’uniformisation grégaire, si l’Etat y ajoute ses calibres politiquement corrects, on va bientôt voir défiler des clones en uniforme militaire ! Ta-ta-tam ta-tatam ta-tatam… oui, il y a un côté Star Wars là-dedans, et on a pu rêver créatures plus attrayantes que les carapaces blanches de l’armée impériale ! Mais attention, non seulement le réel tombe sous la loi, mais aussi le virtuel, et en particulier les sites pro-ana. Alors là, je crie au grand n’importe quoi !

 

Pour ceux qui l’ignorent, il existe sur le net un courant esthétique en faveur de la maigreur, formé pour le gros (si je puis dire) d’anorexiques qui revendiquent ce que la société stigmatise comme une maladie, elles ont personnalisé l’anorexie sous le nom d’Ana et la boulimie sous celui de Mia, écrivant des manifestes particulièrement glauques comme la « lettre d’Ana » (et celle de Mia, of course, les deux étant liées, symétriques et hantent de concert l’esprit de leur victime/alliée). Il s’agit souvent de jeunes filles, qui ont à la fois conscience d’être « malades », parfois veulent s’en sortir, et sont aussi fascinées par ces deux idoles qu’elles ont fabriqué, elles s’en savent esclaves et se complaisent dans cet esclavage, dans un mélange de répulsion et d’attraction très ambigu, trouble et assez intéressant. (Je ne mets pas de lien, on me reproche assez souvent le contenu soit disant « mortifère » de ce blog, je ne voudrait pas prêter le dos au fouet, préférant de loin le côté manche ^^, mais si vous tapez « Ana et Mia » ou les deux séparément, ou « pro-ana » sur goghoule, vous serrez assez bien servis). Il existe également des associations bien pensantes « anti-pro-ana » qui luttent contre les signes extérieurs d’anorexie dans un esprit assez proche de celui de notre nouvelle loi. Pourquoi ne pas permettre à ces jeunes (et moins jeunes) de vivre leur idéal ? Il n’est pas moins noble que d’autres. Certains mettent en avant le désir de se conformer aux canons de la mode, de « plaire au garçons » mais il est bien connu que si quelque chose attire physiquement les garçons, ce sont plutôt les rondeurs qui leur rappellent leur Môman et leur permettent de mettre les mains un peu partout comme sur un gros coussin, il n’y a que certains déviants (genre moi, qui suis une fille, mais il y a bien des gars maigres aussi) qui ont envie de caresser un squelette histoire d’avoir l’impression qu’ils flirtent avec la Mort. En fait, ces jeunes filles, à mon avis, se foutent bien du regard de l’autre, des garçons mais aussi des adultes qui leur reprochent toujours leur maigreur « excessive » se référant à une norme qu’elles refusent, elles veulent se plairent à elles, dans leur monde, dans leur système de valeur, un monde narcissique, de pure réflexivité, proche de celui de l’Hérodiade de Mallarmé, minérale, diaphane, qui se contemple dans les eaux glacées de miroirs ornés de gemmes scintillantes.

Il s’agit aussi d’un refus du corps, de la matière qui emprisonne l’esprit (et il est fort vrai que l’on est bien plus lucide, sensible le ventre vide), un idéal aérien, désincarné, un idéal de pureté loin des souillures de la chair, un idéal de neige et de glaces, et l’on retrouve notre Reine des Neiges initiale (‘tain, suis balèze moi, parfois), tant il est vrai que ces jeunes filles sont sous son charme. Comme Kai, elles chérissent un idéal incorporel qui peut être la Mort cachée sous de blanches et douces parures, comme lui, elles ne voient que la laideur de leur corps et de celui des autres : toujours trop de gras, trop de laisser aller, trop de paresse, comme lui, leur cœur peu à peu se gèle et se durcit, elles deviennent irritables, méchantes, envers tout ce qui n’appartient pas à leur monde fantomatique. Je ne comprends pas de quel droit on devrait les empêcher de vivre leur rêve, de construire leur monde par des réseaux virtuels, elles qui ont réussi à maîtriser leur corps, à museler leur nature, elles ont bien le droit à l’expression.

Pourquoi les « soigner », le non respect des normes est il devenu une maladie ? Vivre son idéal un crime ? En des siècles plus spirituels que le nôtre, on les aurai vénéré comme des saintes, du moins admiré pour leur détachement du corporel, de nos jours, de grands mystiques qui par des privations tentèrent d’élever leurs perceptions, leurs âmes vers le divin seraient taxés d’anorexie et envoyés en HP. Tout cela est ridicule et marque d’une société pour laquelle seule le corps, le matériel, le visible compte, que l’on atteigne un idéal, peu lui chaut, que l’on élève son esprit par la faim, elle n’en a cure, l’aspect doit être normalisé. Les anorexiques mettent leur vies en danger dira-t-on. Certes, nuisent ils aux autres ? font ils du tort à la société ? s’il s’agit d’un lent suicide, au nom de quelle loi une société déicide interdira-t-elle le suicide ? n’est elle plus si farouchement laïciste au moment ou l’homme doit se rendre maître de sa vie ? Mais non, les parents, toujours ceux là, ils veulent conserver leurs petites choses, leurs enfants sont A EUX, ce sont les leurs, les uniques, les précccccccieux, c’est oublier que l’Anneau, euh, non, l’enfant à sa volonté propre, que même à 16 ans, il n’appartient qu’à lui-même. Et après tout, se mettent ils plus en danger que les obèses ? Les deux encourent de gros risques cardiaux, les deux ont des capacités physiques réduites, les uns par le manque, les autres par l’excès. Or on ne va pas interdire les statuettes préhistoriques dans les musées, les Rubens et les Botero que je sache ! Si des forums comme celui de « rondes et vivantes » est autorisé, je ne vois pas au nom de quoi on interdirait les sites pro-ana, deux poids, deux mesures, c’est le cas de le dire !

 

En écrivant ceci, je ne fais pas l’apologie de l’anorexie (si vous voulez savoir, je me situe dans le juste milieu des IMC), je défends seulement le droit à l’A-normalité esthétique. Mais attentions, amis déviants, le gouvernement semble avoir infligé à la Liberté un régime draconien, peut être veut il en faire l’ilote de l’anorexie, mais vos rangs, eux, vont s’en trouver considérablement grossis : attention les gros, ce sera bientôt votre tour, gothiques, rangez vos noirs atours, on pourrait vous condamner pour appel au suicide, morbidité, atteinte à la bonne humeur publique, punks, disparaissez, bandes d’anarchistes, amateurs de survêts, gare au carsher, skinheads, vous serez condamnez au même titre que Mein Kampf pour port ostentatoire de croix celtique, emos, fuyez derrières les gothiques, jeunes épileptiques à l’aquiline enseigne, craignez les ambulances de Sainte Anne. En menaçant la liberté d’expression, c’est le droit à l’individualité que l’on condamne, alors pour une fois (ça ne risque pas d’arriver souvent sur ce blog) GOD BLESS AMERICA !

 

 

Par Macht
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Samedi 12 avril 2008

Jetons un coup d’œil (mais sectionnons nous le nerf optique d’abord, sinon ça fait jokari) sévère (l’œil, parce que pour ce qui est de la sévérité du coup, autant tuer un âne à coups de figues molles) sur les rues parisiennes au début de la semaine qui parvient aujourd’hui à sa fin. L’évidence frappe : elles sont fort occupées, fort bruyantes, fort agités ces rues et toujours soit disant « pour la bonne cause »…

 

Dimanche : cortège pré-funéraire qui se voulait cérémonieux en soutient à notre Ingrid nationale. Alors que le régime adopte maints aspects négatifs de la monarchie en négligeant les bons, Nicolas Ier se trouve sans doute en manque de rites sacrés, et encore plus sûrement de respectabilité, heureusement, Ingrid est là, noble cause toute trouvée et surtout toute symbolique. En effet, l’inutilité et l’inefficacité crasses des démarches entreprises est flagrante : qu’est-ce que les FARC ont à foutre d’une marche à Paris, de la photo de la star sur le parvis de l’Hotel (je devrais presque écrire l’Autel) de Ville, d’une mission humanitaire ? Que Nicolas Ier de France remballe le clinquant attirail de sa fierté : que d’énergie déployée pour trois malheureux otages dont la libération fut entièrement soumise à la stratégie et aux manœuvres des FARC ! Quant à la mère Betancourt, mieux vaut oublier. Selon la morale même, mieux vaut oublier.

Elle ne vous court pas sur le bambou, à vous, la Jane colombienne ? Oh oui, que son sort est triste, la pauvre, c’est vraiment affreux (sans ironie là) de passer toutes ces années dans cette jungle humide et grouillante, livrée sans dérivatif à ses plus sombres pensées, isolée, humiliée, c’est sûr, c’est pas joli du tout. Mais on a trop tendance à oublier que c’est également le sort de ses centaines de compagnons de détresse. Ouh là, qu’ai-je dis ! pardonnez cette offense au bon goût, ce crime de lèse Rollex, yacht, diams et autres bling bling. J’allais oser rappeler ces pèquenots colombiens à vos bons, pieux et bien pensants souvenirs (c’est un vous général d’une pauvre blogueuse persuadée de s’adresser en direct à l’opinion publique, aux médias, aux apparatchiks de tout poils, ne le prenez pas pour vous en particulier, ô lecteur éclairé qui, j’en suis convaincue, partage ma juste indignation), ces misérables culs-terreux qui ne s’accordent guère au chic de l’intelligentsia boboïsante qui prend l’avion comme moi le bus (les ours polaires vous disent merci !). Allons donc, quand on n’a pas le bon goût d’être riche, de bonne famille et brillant politicien, quand on n’a pas été fouiller la merde en se prenant pour le messie de la Colombie, quand on n’a rien demandé à personne, qu’on s’est contenté de labourer son champ et d’être sur la mauvaise route au mauvais moment, on n’a qu’un droit : celui de fermer sa gueule, de mourir de faim et de mauvais traitements, de s’abrutir de psychotropes si on trouve les plantes appropriés et de prier la Vierge, pas pour soi, pffffff, bande d’otages égoïstes, pour la seule vraie otage, l’unique, la valeureuse, la courageuse Ingrid Betancourt. Sur ce vive la démocratie, c’est une chose admirable, et vive l’égalité, quel mot glorieux !

 

Lundi : la flamme de Pekin… allez essayer de mobiliser de jeunes étudiants gauchisants et intellectuellement supérieurs pour défendre la liberté de culte, d’expression, de culture (j’invente mais ça n’est pas une si mauvaise idée après tout), je vous souhaite bien du courage ! Et dire que la plupart ont lu les prétendues « lumières » du XVIIIe (qui décidemment n’a donné de bonnes choses qu’en Allemagne et en Angleterre) et sont même tombés d’accord avec ces beaux esprits emperruqués… Bref manifestation réussie en général, beaucoup de drapeaux tibétains, ou celui de RSF, engueulades avec les pro-Chinois (que des Chinois, alors que les anti-JO étaient Tibétains, Français, Anglais, Chinois (d’autres régions que le Tibet), Vietnamiens etc…) blocages de la flamme, bastons avec les CRSS. Les Tibétains m’ont particulièrement touchée : la joie de se sentir soutenus (une femme toute contente a pris mon t-shirt « Tibet Libre » entièrement manufacturé par ma blanche mimine en photo), la douleur, la passion au sens tragique : une femme s’est approchée du camion-tribune et a hurlé « Assassins, Assassins, vous torturez, vous êtes ignobles etc…. » avec une rage incroyable, c’était vraiment très impressionnant. Je n’imaginais une telle souffrance, une telle résolution que dans les jacqueries et les pièces de Brecht. Ces visions ont suscité chez les Européens une véritable empathie, nous étions un front, soudé contre la mascarade de ces jeux du cirque au sens antique du terme. Bien sûr, quelques bémols : une inculture assez crasse de certains manifestants visiblement manipulés (mais au moins ça fait des voix et des corps de plus) dont les réactions décontenancées et interdites à mon cri de « Libérez Lhassa » m’ont laissé suspecter leur ignorance de la capitale culturelle et cultuelle du Tibet. Bien pire, un groupe de quatre ou cinq jeunes filles surexcitées s’en sont pris aux supporters Chinois qui ne demandaient rien à personne avec des propos injurieux et humiliants sur le compte de leur pays, elles leur ont arraché leur drapeau, l’ont piétiné (en fait, une seule, mais les autres n’ont rien fait pour l’empêcher) dans la boue, ces petites idiotes piétinaient la cause qu’elles défendaient par leur attitude offensante, ça n’était plus le défense d’une culture, c’était la haine prenant possession de la foule. C’est alors que l’on comprend la Terreur, les Pogroms, la Saint Barthélemy…

            Le soir même, les apparatchiks du CIO nous ont balancés les arguments les plus fallacieux qu’ils ont pu trouver, des arguments tellement ridicules qu’ils sont une injure :

_les JO n’ont rien à voir avec la politique, et de se référer avec auto satisfaction à la tradition antique de la trêve entre cités comme si les manifestants étaient des ignares pour lesquels l’esprit olympique commençait avec Pierre de Coubertin. Si les JO n’ont rien de politique et doivent symboliser la paix, c’est dans un lieu fixe qu’il faut les organiser : à Olympie par exemple. Ce qui politise les JO est le choix d’un pays. Quand le pays choisi souffre d’un gouvernement à l’esprit radicalement opposé aux valeurs olympiques, c’est protéger les JO que de s’y opposer.

_les manifestants sont manipulés, un tel engagement soudain ne peut être le fait que du bourrage de crâne médiatique, et hop, un petit coup de condescendance envers la masse, enfant dangereux. Cela fait au moins quatre ans que je lis des textes évoquant la terre des stades de Pékin qui avait rougi du sang de condamnés politiques avant d’être foulée par les athlètes, et autres manifestations journalistiques de désapprobation. Le mouvement actuel en est une suite logique dont l’ampleur a été provoquée par la Chine elle-même, ses répressions massives au Tibet juste au moment du départ de la flamme, sa condamnation de ses citoyens qui ont osé élever la voix pour désapprouver le gouvernement.

_c’est du racisme anti-Chinois ; parce que c’est vrai, à l’époque de la Halde, on ne peut plus critiquer un étranger sous peine de racisme, il y a même du racisme anti-Ch’tis, voyez-vous cela ! Hé, Yusuke, tu t’habilles comme un sac ! racisme anti-Japonais, Mouloud, gros tas de saindoux racisme anti-Arabe. J’attends le jour où ne pas insulter un étranger sera considéré comme raciste sous prétexte qu’on ne lui réserve pas le même traitement qu’à ses autres camarades. Bref, revenons à nos Chinois… On peut critiquer un gouvernement et apprécier la culture du pays que diable ! Et s’il faut attendre d’être soi-même irréprochable pour critiquer l’autre, plus personne ne dira rien, ce qui ne fait pas avancer les choses. En outre, le maoïsme et tout ce qui en dérive (dont le régime actuel) sont l’opposé des valeurs du confucianisme et du taoïsme, bref, les vrais sinophiles sont ceux qui s’opposent à la Chine actuelle (allez-y, traitez moi de Jésuite, je m’en fous ^ ^ ). Et j’ai manifesté avec à mon poignet un bracelet à grelot frappé du dragon et du phénix, venu tout droit de Chine, donc ne me faites pas la blague de la sinophobie ! J’en profite pour faire une dédicace aux Chinois qui lisent ce blog (il y en a au moins un, mais non le moindre) vive la culture chinoise, vive Wudang (parce que Shaolin, c’est surfait) vive Zhang Ziyi, vive Tigre et Dragon, Hero, vive la cuisine chinoise, c’est trop top, vivent les sabres, vivent les dragons ! (et courage pour la médecine, douloureux processus… SUCE ! avale et passe à ta voisine ! hihihi)

_ c’est de l’histoire ancienne tout ça, ce serait comme revendiquer l’indépendance de la Bretagne, la Chine a annexé le Tibet depuis plusieurs siècles, clamaient certains Chinois, du genre « vous ne connaissez même pas votre propre histoire, eh, bande de nuls ». Je leur répliquerais « vous ne connaissez même pas les revendications tibétaines, eh, bande de nazes ». Même si l’on crie « Tibet libre » il ne s’agit pas d’indépendance (oui, le slogan est abusif, mais c’est le propre d’un slogan, vous en connaissez beaucoup, vous, de slogans subtils et  diplomates ?) mais bien de la reconnaissance d’une culture qui n’est pas la culture uniforme que veut répandre le régime centralisé de Pékin, la reconnaissance d’un langue, de traditions, d’un culte qui sont niés et abattus par le gouvernement communiste. En France, si l’on tient absolument à comparer deux situations qui n’ont guère de rapport, les langues et coutumes régionales ont (ou devraient avoir) une part importante sur le plan local, c’est la même chose que l’on veut pour le Tibet. Et pour la liberté d’un peuple (car je ne pense pas que le Tibet par rapport à la Chine soit comparable à la Bretagne par rapport à la France) il n’y a pas de « prescription », le meilleur exemple : l’Irlande, qui est injustement occupée par l’Angleterre depuis le XIIeme siècle, ça n’est pas une raison pour abandonner l’Ulster à un « état de fait » le combat continue à travers les siècles ! Free Ireland !!! All Hail to Michael Collins (and free Tibet to, ne les oublions pas…)

_la société tibétaine est une horrible théocratie, oh le vilain Dalaï Lama ! Fi, les affreux moines qui paissent sur le dos des serfs, heureusement que les Chinois ont mis fin à cet odieux régimes et éteint cette hideuse culture… disent ceux qui sont toujours persuadés que l’Histoire commence en 1789 et que la Terreur, c’est la voie de la liberté. Et en effet, la situation est tout à fait comparable à celle de la Vendée, la volonté d’étendre la chouannerie sà toute la France exceptée : les Tibétains veulent prier comme ils l’entendent, obéir à qui ils entendent, si cela heurte les convictions des communistes et des occidentaux, tant pis, au nom de la liberté, laissez-les s vivre selon leurs coutumes, même si elles ne correspondent pas à vos idéaux (et que je sache, cela n’incluse ni mutilations ni sacrifices humains, si vous voulez vous insurger contre des coutumes barbares, occupez-vous de l’excision !). Le fait d’être une théocratie ne justifie en rien l’extinction volontaire d’une civilisation ! c’est raisonner comme un Cortes que de croire cela !

 

Mardi : et c’est reparti pour de la mobilisation, lycéenne cette fois, c’est dingue comme ces petites bêtes sont organisées pour foutre le bordel. Je ne dirai rien des suppressions de post envisagées, mais cela me semble un tantinet moins important que l’oppression au Tibet. Si tous les lycéens qui ont fait grève, blocages, manifestations s’étaient mobilisés pour le Tibet, c’eut été un véritable raz de marée !!! Cela prouve deux choses : les lycéens sont bien pensants et altruistes, mais surtout quand ça les concernes, leur engagement étant inversement proportionnel à la distance qui les sépare de la cause, et nombreux sont ceux qui voulaient juste roupiller et reculer le bac blanc !

Par Macht
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Dimanche 10 février 2008

L’image d’Epinal, un poil patriarcale, un chouïa rousseauiste, fait du noble vieillard à barbe blanche le détenteur de toute sagesse. A mon humble avis, la barbe est pour beaucoup dans l’histoire : ajouter une barbe à un insipide quidam c’est lui ajouter le mythe, la dimension archétypale. Mais je crains de m’égarer en parlant barbe, ce sera pour une autre fois, parlons vieux. Enlevez la barbe du sage, vous avez un vieux fou bon pour l’hospice. La vieille, quant à elle, est détentrice des plus anciens secrets chtoniens, en contact avec les forces primitives, c’est assez simple, dès que vous voyez une vieille quelque part, il y a du chtonien dans l’air, si je peux me permettre cet oxymore. : la nourrice, force utérine et ombilicale, veut empêcher la séparation et l’émancipation, toujours du côté de l’instinct, de la pulsion, la sorcière, l’entremetteuse, la grand-mère, du chtonien, toujours du chtonien. Le vieux, avec sa barbe nuageuse, serait censé représenter l’ouranien (exemple : Sarastro). C’est bien joli tout ça, mais c’est le mythe : la sagesse ne se gagne pas avec l’âge si j’en crois les bribes de conversion volées à des vieilles dans le bus, l’expérience n’y change rien, si je me fie aux conversation de vestiaire d’un club de gymnastique (je n’ai rien contre les vieux qui entretiennent leur corps, au contraire, mais s’ils pouvaient éviter de se prendre pour des midinettes ce serait autant de respectabilité de gagnée) : quand on est con, on est con. Et si un jeune con, c’est sympathique, c’est frais, c’est insouciant, c’est beau, un vieux con, ça n’est que con (sad but true comme dirait Metallica). Le vieux, loin de moi l’idée d’une quelconque misogynie mais je me fonde sur l’expérience des bus et des connaissances, est moins insupportablement con que la vieille : pas de jacassage puéril, de médisance gratuite, de coquetterie ridicule, ce qu’il compense par un comportement d’ours mal léché misanthrope, mais c’est là une certaine sagesse qui sied à l’âge, qui frise parfois la connerie par son exagération, mais qui m’est, de façon totalement subjective, infiniment plus supportable.

 

L’usage voudrait nous imposer le respect envers les vieux. Mais de quel droit ? De quel avantage peuvent-ils se prévaloir ? Un vieux a très peu pour lui : sans force, sans beauté, sans fraîcheur, on ne peut rien lui passer des travers de la jeunesse, un vieux au Rocky, ce serait malsain, un vieux gourmand, c’est sénile, un vieil obsédé, c’est vicieux, un vieux paresseux, c’est la déchéance, un vieil envieux est un nuisible majeur au venin dangereux (en revanche, certains défauts sont sympathique chez un vieux, la radinerie, ridicule chez un jeune, se porte bien avec les cheveux blanc, un vieil orgueilleux a de la noblesse, un vieux colérique a un certain charme d’ours). Devant tant de flétrissures, le vieux, à défaut d’une gloire physique qui s’impose à tous, doit gagner le respect par sa noblesse, sa dignité, sa retenue, son élégance : le vieux doit être irréprochable. Cela existe, on en voit parfois, des vieillards dignes, des femmes âgée que l’élégance de leur mise et la noblesse de leur regard rend belles (souvent dans la grande noblesse ou la grande simplicité des pays qui ne sont pas soumis au culte de la consommation), mais c’est rare.

 

Le vieux est bien plus souvent égoïste, malpropre, débile (au sens premier), fermé à la nouveauté, bavard, baveux, étroit d’esprit, inconsciemment matérialiste, adepte de la stupidité cachée sous le nom de « sagesse des nations ». Seule l’intelligence et la finesse peuvent supplanter les perfections physiques de la beauté et de la vigueur, or celles-ci ne sont pas l’apanage de la vieillesse, j’entends bien qu’un vieux puisse en faire preuve, au même titre qu’un jeune, mais la vieillesse n’en a pas la possession exclusive, le vieux, en soi, n’a droit qu’au mépris attachés à sa faiblesse jusqu’à ce qu’il impose le respect par d’autres qualités. Le jeune n’a rien à prouver, sa force s’impose à tous sans besoin de l’affirmer, il porte sur lui la beauté et la jeunesse.

 

Le vieux ne peut se prévaloir des années d’existence qu’il a subit, du poids de ses souffrances : rien ne l’oblige à vivre si vieux, s’il persiste et s’accroche à la vie comme un parasite il doit en subir les conséquences, physiques notamment, et s’en pleindre serait une inconséquence puisque la vie est son choix. Libre à chacun de quitter la vie (en se suicidant ou en multipliant les prises de risques) au moment ou il le souhaite (à ce propos, je rappelle que ceci est un essai, une projection purement intellectuelle et esthétique, en dehors de mes convictions de Chrétienne quand à la vie et la mort, ont peu condamner cette « schizophrénie » de la pensée, soit.), à l’apogée de sa force, physique ou intellectuelle, de sa gloire, que sais-je encore ? Au premier signe de décrépitude, si l’on ne fige pas sa jeunesse dans la mort, il faut accepter tous les maux de la vieillesse, par idéalisme ou concupiscence, faiblesse confortable dans l’attachement à « la peau » comme dirait Malaparte. Ce qui nous ramène à notre division des vieux en deux groupes : les idéalistes (qui souvent portent sur leurs traits la noblesse de leur cause) et les jouisseurs, qui ne méritent que le mépris du aux sangsues. A quelque vieux débris demandant avec arrogance (l’arrogance des vieux est une chose incroyable !) votre place assise, on serait en droit de répondre « si vous ne vouliez pas vieillir, il fallait mourir avant, maintenant assumez ».

 

Il est encore plus ridicule de voir des vieux atteints de maniaquerie et soucieux de leur santé : quelle vanité que de vouloir à tout pris prolonger une existence débile et souvent végétative, si la mort ne vient pas cet hiver, ce sera pour l’autre, ou dans cinq ans : ne faut il pas préférer la dignité et la respectabilité à quelques années grappillées ?

Il y a trois vertus : l’intelligence, la force et la beauté, les vieux, privés des deux dernières, n’ont droit à l’égalité avec les jeunes qu’à condition de faire preuve de la première (et la plus vénérable) : le respect n’est pas un droit acquis et consubstantiel à la personne : il se gagne !

Par Macht
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Mardi 1 janvier 2008

A l’heure où je poste cet article, des milliards d’abrutis alcoolisés vont s’embrasser, envoyer des serpentins, se coiffer de ridicules cônes de carton coloré. Comme chaque année, viande saoule sur les routes, tragédie pour les hérissons. On va sortir les cailloux ou la verroterie, se ravaler la façade, prendre des douches d’eau de toilette, se gominer la tignasse, bref, une déferlante de mauvais goût s’abat sur le monde. Je ne calcule même pas le bilan carbone, nucléaire etc… On prépare ça depuis plus d’un mois dans les magazines : comment perdre du poids pour entrer dans sa robe de pouffiasse, comment tirer la pouffiasse, que cuisiner pour faire éclater toutes les robes de pouffiasses et les ceintures croco, que boire pour se torcher avec classe, qu’offrir à nos indifférents collègues/parents/relations, comment refourguer la came qui va nous échoir. C'est-à-dire : comment s’empiffrer au réveillon, comment baiser au réveillon, comment être radin pour le réveillon, comment glander entre oisifs pour oublier un ennui existentiel, comment être peut-être le plus beau, sûrement le plus vaniteux au réveillon etc… je me réserve la colère contre cet abrutissement généralisé et l’orgueil de ne point y participer. Devant ce nuage clinquant de poudre aux yeux, paradis artificiel d’une nuit, ce gaspillage planétaire, on vient à comprendre les fanatiques barbus (pourquoi les fanatiques sont ils presque TOUJOURS barbus ? les romantiques, les anar’, les mormons, les hassidim, les musulmans, les hippies, les métaleux : tous des barbus (du moins dans l’imaginaire collectif) ! Ce serait un excellent sujet de thèse : la barbe, signe extérieur de fanatisme.) qui veulent faire exploser la Grande Babylone, la Prostitué Capitaliste vautrée dans la luxure, la gloutonnerie, le culte de l’argent et de l’apparence etc…

 

Le pire dans cette célébration est, outre un culte consumériste effréné, quasi orgiaque, la totale inanité de la date. Que se passe-t-il dans la nuit du 31 décembre au 1erjanvier ? L’anniversaire de l’invasion de la Gaule par les Germains en traversant le Rhin gelé le 31 décembre 406 ! C’est important, mais je ne vois pas en quoi cela concerne les Japonais, les Mexicains ou les Soudanais ! Sinon, je ne voudrais pas médire, et dans sa grande clémence béatifique, il me le pardonnera, mais on a vu plus exaltant et édifiant comme saint que Sylvestre. Le 1er Janvier est quant à lui une des nombreuses fêtes de la Vierge, mais la grande majorité des baptisé ne vénère plus leur mère céleste qu’en maudissant une douloureuse gueule de bois. Donc quoi ? Ne me dites pas que les beaufs de la terre entière se pomponnent pour un changement de calendrier ! que tous ces frais célèbrent le passage purement administratif d’une année à l’autre ! Je refuse à croire les masses unies dans l’adoration de la normalisation, de la paperasserie vide de sens, du pragmatisme global. Et pourtant…

Mais pourquoi diable fait on commencer l’année onze jour après son début naturel : le solstice ? Serait-il compliqué de statuer un changement universel du calendrier, de décaler un grand coup et faire coïncider l’année administrative et l’année solaire ? Quitte à faire du nordo-centrisme, autant que cela corresponde à quelque chose. Certains pourront voir une certaine esthétique baroque dans ce décalage, c’est vrai, le droit, le symétrique, c’est petit bourgeois, mais je doute que ceux qui célèbrent en bons citoyens la naissance de l’année « civile » goûtent la gratuité, la fantaisie de ce décalage.

Enfin, quoi qu’il en soit, je comprends fort bien que la mondialisation nous impose une certaine concordance administrative, mais de là à suivre le mouvement en bêlant et célébrer la vacuité, il y a beaucoup. Ce phénomène marque à merveille l’instinct grégaire de l’espèce humaine qui, par paresse, préfère s’aligner sur « la norme » plutôt que revendiquer, soutenir ses particularités culturelles. La normalisation du monde, l’union globale dans l’administratif triomphant, une date bien républicaine, bien neutre, peuvent correspondre aux idéaux de certains,  ceux-là ont tout lieu de se réjouir. Quid des autres, qui, comble de l’ineptie, fêtent souvent deux naissances d’année, celle qui correspond à leur culture traditionnelle, l’autre pour faire comme tout le monde ?

 

Voici un petit éventail non exhaustif des fêtes du nouvel an qui ont raison d’être, celles qui sont fondées sur autre chose que l’arbitraire administratif :

_ le nouvel an solaire : le plus ancien en date, changeant selon l’hémisphère. Si l’on suit les Celtes et autres barbares occidentaux, on célèbre le 21 Décembre à grands renforts de gui (seule coutume sensée du nouvel an) _ on peut, par exemple, se déguiser en barbare d’heroic fantasy style Xena, et boire de la bière dans une corne avec des amis après une séance de Rocky néo païen, testé et approuvé, le tout étant de descendre la rue St Jacques et la rue Dante à moitié à poil_ le mieux est d’aller à Brocéliande, Stonehenge et autres sites propres aux libations néo druidiques. Mais on est pas du tout obligé de faire débuter l’année par l’hiver, l’équinoxe de printemps se justifie tout autant, quitte à le célébrer en retard pour la Walpurgis Nacht. Et puis soyons originaux, pourquoi ne pas commencer  l’année à la Saint Jean ou pour l’équinoxe d’automne ?

 

_ le nouvel an religieux cette catégorie pourrait recouper les célébrations précédemment citées, il s’agit simplement d’un culte solaire. Tout célébration de la nouvelle année est en quelque sorte religieuse, même si nos simagrées modernes n’en ont gardé que la superstition : on fait des vœux, on se « purifie » (rôle symbolico mystique du régime ?), on prend de bonnes résolutions etc… Donc, petit tour d’horizon des cycles annuels les plus fondés, les plus traditionnels :

·        Rosh Hashanah pour les Juifs, qui ont aussi un nouvel an des arbres, belle idée !, dont la date change tout le temps because calendrier lunaire

·        Noël pour les Chrétiens (ou le premier septembre pour l’année liturgique) dont le calendrier est lunaire itou normalement, mais s’est solarisé pour s’acclimater à l’Occident barbare (ou plutôt pour acclimater les barbares). Et à ce propos je me permettrai de râler encore un coup contre les abrutis qui ne se disent anti-chrétiens ou laïcs et fêtent Noël, belle contradiction (ce qui prouve bien la domination de la culture chrétienne, même chez les bouffeurs de curés, nyark !), et contre les chrétiens qui parlent à leurs enfants du « père Noël », monstrueuse corruption du vénérable Saint Nicolas crée par Coca Cola à des fins publicitaires, avatar de l’inculture capitaliste, de la sous culture de globalisation. On devrait bannir l’alliance rouge et blanc des fêtes de Noël pour un peu qu’on ait le sens du sacré, de la tradition, de la culture, ou du communisme. Mort au père Noël suppôt du Grand Satan Américain !!!

·        Le nouvel an de l’hégire pour les mahométans, encore du lunaire pour les adorateurs du croissant (qui est en fait une paire de cornes, tirez en les conclusions que vous voulez)

·        Le nouvel an chinois avec ses dragons, ses pétards, ses défilés (mais je ne sais pas si c’est religieux ou simplement coutumier)

·        Je ne sais pas ce que font les Indiens, Camille, toute info sera la bienvenue

·        Samain, Beltaine, la Walpurgis Nacht pour les néo païens, celtisants ou germanisants

 

_ le nouvel an laborieux parce que rien ne vous empêche de choisir l’année scolaire comme référence, de prendre vos bonnes résolutions début septembre et de faire des fêtes de rentrée. Si vous êtes gauchisant, pourquoi ne pas adopter le premier mai, qui aura en plus la double légitimation de la fête du printemps (un grand ménage dans votre maison et dans votre vie) et de la Walpurgis Nacht ?

 

_le nouvel an personnel signalons au passage que le seul véritables « nouvel an » est celui pris le jour de son anniversaire. Comme on n’a pas (sauf les Juifs) d’anniversaire de la création, autant compter avec celui de sa création, c’est plus sûr et moins moutonnier. On peut aussi choisir le jour de la fête de notre saint patron pour les chrétiens. Où encore faire débuter l’année à une date marquante pour nous, quitte à rester dans la subjectivité totale et narcissique qui risque de se transformer en autisme, car rappelons le, le but est également de faire la fête entre amis (m’enfin si vous êtes mutli schizophrène, ça peut faire pas mal de monde).

 

Et soyons créatifs, c’est en créant qu’on EST, qu’on sort du troupeau bêlant le soir du 31 décembre, alors si rien ne vous tente dans ma liste, proposez de nouvelles célébrations autour desquelles on puisse se réunir pour fêter la nouvelle année !

J’ouvre mon carnet et prends note.

 

PS : j’en vois déjà qui se demandent : « mais si elle méprise tant le réveillon du 31 décembre, pourquoi diable poste-t-elle justement le 31 à minuit ? Pourquoi ne pas avoir écrit tout ça le 21 décembre par exemple ? » la réponse est simple : parce que depuis le 20 je parasite les connexions internet des autres, because j’ai mangé mes 25 heures de forfait par mois, et que les 25 nouvelles commencent right now.

 

PPS: en fait j'ai regardé The green mile à la place, donc j'ai 12h de retard...

Par Macht
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Mardi 4 septembre 2007

Dimanche dernier je suis entrée dans une église catholique de Paris, vous voulez des noms ? Eh bien NON, voilà, vous l'avez eu. Cet évènement ne s’était pas produit depuis un certain temps et un temps certain. Pourquoi ? Bon, quelques lignes de 3615meinesLeben (vous pouvez sauter le paragraphe suivant qui explique pourquoi il faut relativiser ce que je vais écrire).

 

Je suis orthodoxe, ai passé huit ans de mon enfance au collège Stanislas, établissement privé ultra rigoureux, et avant c’était à l’école Sainte Marie de Sion, mes expériences de la liturgie latine sont cantonnées aux messes de province avec leurs babouchkas qui chevrotent à pleins poumons et à pleine foi « Seigneur prends pitié », leur curé du terroir mal dégrossi, sincère et bonhomme (« Tenez, Madame Vidal qui s’occupe si bien de la paroisse, qui fait des bouquets magnifiques, qui enseigne les petiots, qui organise les fêtes, qui est charitable, dévouée, eh ben, à côté de la Vierge Marie, c’est une vraie salope ») et aux offices de LLG ou on ne nous prend pas pour le premier cheptel venu.

 

Voila, c’est fini, vous pouvez reprendre. Donc, messe de 11h, commençons par les fidèles : le meilleur cru du parfait petit staneux ! Pour nos chères têtes blondes, adoptez la ligne Cyrillus : culotte courte, mocassins, chemise à carreaux, raie sur le côté (certains anticléricaux invertébrés savent pourquoi, mais chut !), pour vous messieurs, ce sera la même chose, en remplaçant les culottes par un pantalon, vous pouvez aussi porter des bateaux si vous tenez à afficher votre passion pour la voile, la youle est tolérée (bien dégagé derrière les oreilles, un peu plus long ( 3 cm, faut pas délirer) sur le dessus), le pull se porte sur les épaules, mesdames, vous tiendrez vos enfants et vos époux à quatre épingles (je n’ose écrire « tirer »), vêtues quand à vous d’une jupe ou d’un pantalon de coton blanc ou beige, les perles aux oreilles sont admises ainsi qu’un discret maquillage, pour les cheveux : queue de cheval basse, tresse ou serre-tête. Perdue au milieu, une dizaine de ressortissants d’une société plus populaire se noie dans les vagues de cirage bon teint.

 

Puis le prêtre s’avance et commence à chanter d’une voix de miel post vatican2 (sisi, il y a des voix post vatican2) si on ne s’est pas enfui devant ce loukoumesque (calissonesque voulais-je dire, huhuhu) dégoulinement, on a la joie infinie d’entendre les paroles ou Notre Père se fait presque traiter de bon papa Noël, qui danse et fait chanter les pioupious, ça tombe parfois carrément dans l’hérésie, on en aurait brûlé pour moins que ça. Et là, heureux les aveugles, car les autres sont gratifié de la chorégraphie complète, avec ondulations des manches (dessinées par Castelbajac, attention), mouvements soyeux des mains comme s’il pétrissait la pâte (ou autr… non, esprit tordu sort de ce corps).

 

Quand il a enfin fini de bêler sur des mélodies niaises dignes d’un générique de Club Dorothée, voici voilou les enfants de chœur qui déboulent avec leurs mines de fils à Maman persuadés de la supériorité de leur classe et de leur sexe, le genre de gamins insupportables et arrogants que je me suis farcie (façon de parler humhum) pendant huit ans de Stan. Envie soudaine de sang sur les murs… les murs, ah oui, j’allais oublier : maintenant ce qui est in c’est la déco minimaliste et symbolique, parce qu’un mur droit, non, c’est trop vu, ça ne figure pas  assez les eaux sur lesquelles planaient le Souffle de l’Esprit, du coup on ondule, et puis on fait de mélanges acier / bois / pierre avec des tas de symboliques ultra profonde qui sont « accessibles à la nature même de l’Homme » c'est-à-dire qu’on a pas besoin de connaître l’histoire biblique ou la tradition, on pige, c’est vrai, les tableaux et sculptures figuratives, c’est pour les érudits, l’abstrait ça parle à l’âme… du coup on se retrouve dans une abbaye bretonne du XVIe avec des croix non pas cruciformes (ben tient, c’est trop ringard) mais en forme évasée dont les ressemblances avec un string vu de dos sont plus évidentes qu’avec une croix. Mais revenons à nos moutons, dans cette église qui ressemble à un hall d’hôpital new age.

 

J’ai parlé du costume, de l’architecture, des chants… mais c’est un office sacré avant tout. Vous ne trouvez pas qu’il manque quelque chose ? Eh bien oui il manque, je dirais même plus, Il manque : il y a tout là dedans sauf le sacré, la vrai foi, la foi ardente, le cri vers Dieu, le chant de l’âme (ouh la, je m’emballe, calm down girl), il y a un résidu tiédasse (et la tiédeur en religion est un crime _ je sens que je vais me faire des amis moi…) qui se condense en un petit mot dur et mesquin : sociabilité, on peut même ajouter celui de représentation. Il y a des gestes, des paroles, des chansons, pas de vie. D’accord, c’est super baroque mais ça n’est pas vraiment ce qu’on cherche dans une église, à moins que leur but à tous n’ait été que de jouer les mystères sacrés de la vanité et de la vacuité de la société pour moi, dans ce cas merci bien, une centaine de comédiens pour une spectatrice, la classe !

Tout d’un coup, j’ai compris la terreur, les bouffeurs de curé, la jeunesse séminariste de Staline : je n’avais qu’une envie, foutre une bombe là dedans. Les révolutions, les guerres civiles, les raz de marée, ça commence peut-être par un mec qui ramène son djembé mais aussi par une messe catho chez les bourges, et quand je parle de révolutions, de catastrophes mondiales, je ne plaisante qu’à moitié : Lénine fut pion à Stan, dit-on, je ne suis pas allée vérifier dans sa biographie officielle, mais ceci explique peut être cela…

 

A ce stade, le lecteur catholique et bourgeois aura maudit trois fois mon nom et ma postérité (j’en entends qui se marrent là…), les intellos de gauches auront pensé «si même elle dit ça, c’est vraiment foutu ». Ménonménonménon (comme dirait Socrate) déjà il s’agit d’un milieu particulier, allez rue du Bac et vous sentirez la foi ardente et populaire, celle qui déplace les montagnes, et quitte à vous étonner, allez, pour faire une étude de socio ou réviser votre Latin, à Saint Nicolas du Chardonnet : j’y suis allée deux fois, 1 les chants sont magnifiques, 2 les fidèles sont sympathiques et accueillants, 3 leur foi est vivace et brûlante, 4 il y a une mixité sociale extraordinaire : des familles tradis, des grandes dames emmantillées, des cloches, des petits bourgeois, beaucoup d’Antillais sur leur 31, des bourgeoises pouffiasses à talons hauts, chevelure luxuriante et platine ondulant (il ondule beaucoup cet article) jusqu’aux hanches, jupe courte et décolleté profond, 5 les prêches, c’est le top du délire anti-révolutionnaire à contre-temps, ça vaut toutes les chroniques de Desproges pour se bidonner (intérieurement, un peu de respect merde !). Et puis il y a des tas d’autres paroissent qui échappent à ce que je viens de critiquer.

 

Et pour les agnostiques dégoûtés du catholicisme, de l’hypocrisie, de la représentation sociale, venez donc un jour à une liturgie orthodoxe, roumaine de préférence (je récuse toute accusation de prosélytisme éhonté). Vous verrez le Peuple, dans toute la noblesse anti-populacière de ce mot magnifique, prier son Dieu, vous sentirez avec votre cœur et votre âme, si chers à l’Eglise d’Orient lorsque l’Occident préfère la ratio, vous rencontrerez les survivances de la vraie mystique.


Par Maat
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Mardi 14 août 2007

Une grande question que personne ne se pose : QUI vit à Christiania ? La meilleure façon n’y répondre n’est pas de se promener dans les rues, car sinon vous allez trouver quelque part sur la toile « la Christianite aime à se promener en docMartens et short, elle porte usuellement un énorme sac à dos et flâne comme si elle n’avait rien d’autre à faire », ou « les Christianites se promènent par groupe de 20, ils ont les yeux bridés et prennent tout le temps des photos de leurs maisons tellement ils les aiment ». La meilleure façon est encore d’observer les maison et de regarder (discrètement s’il vous plaît, on est pas au zoo non plus) derrière les fenêtres : dis-moi où tu vis, je te dirais qui tu es (ou qui tuer).

 

En exergue, les mots d’un Christianite m’expliquant que les arc en ciel un peu partout ne désignent pas l’orientation sexuelle des habitants (sinon le nombre élevé d’enfants serait peu explicable si ce n’est par une adoption massive) mais sont l’un des symboles de Christiania : on peut trouver toutes sortes de personnes à Christiania, il est impossible de généraliser en un courant de pensée, une idéologie, il y a autant de systèmes, autant de morales que d’habitant et on essaie de faire que toutes ces couleurs se mêlent harmonieusement tout en conservant leur propre teinte, à Christiania, on peut trouver du plus vicieux des crapauds pervers polymorphes, à la plus pure, serviable et dévouée des blanches colombes, en passant par tous genres de zèbres, koalas, grenouilles, mulots, renards et même tanuki ( !)… (je fleuris un chouïa la citation et vous épargne les « fucking » « bloody » et autres « shits » que je laisse se lost in translation).

Je n’ai hélas pas pris en photo les demeures les plus significatives parce que j’attendais toujours qu’il n’y ait personne pour en prendre une (se promener appareil photo autour du coup n’est pas la meilleure façon de s’intégrer dans une atmosphère, de se faire adopter), mais vous avez déjà vu cette drôle de bicoque en forme de soucoupe volante (j’adore ce mot, imaginez un service à thé volant, avec tasses, théière, ce serait un croiseur interstellaire, pot à lait… enfin, revenons à nos bergeries). Certaines maisons sont des anciens bâtiments militaires réinventés, d’autres sont sorties du sol comme des champis (hallucinogènes, bien sûr). Un des moments important, en fait LE moment important de l’intégration (Intégrasssssssssssion !) du nouveau Christianite, est la construction de sa maison, après en avoir discuté au conseil de quartier : il peut se faire aider (d’ailleurs on s’y met souvent à plusieurs, ça soude le voisinage) mais il doit bâtir sa maison de ses mains. C’est paraît-il, une excellente thérapie pour se réancrer à la réalité, se réinsérer, larguer certaines dépendances en travaillant pour son propre compte, je suis tout à fait portée à la croire : il n’y a rien de plus sain que fonder une maison, symboliquement, psychiquement ça doit être très fort et faire beaucoup de bien. Il y a des petites cases qui font très trappeur et sentent leur célibataire endurci, d’autres cradotes et joyeusement colorées qui affichent la fidélité au Summer of Love de 67 (oui, je regarde les soirées thema sur Arte tous le mardis soirs, si vous ne le faites pas, c’est dommage, c’est très instructif), des cabanes dans les arbres, des trouvailles architecturales, des maisons d’artistes prolixes dont les œuvres débordent dans le jardin (jardins qui sont parfois sauvages, parfois terrain vaguesques, parfois nets et soignés, parfois conçus pour les enfants avec toutes les touvailles dont les scandinaves sont capables en cette matière), des maisons proprettes très petit bourge de province, avec géraniums (sorry pour tous ceux qui ont des géraniums) petites statues de chien-lion devant la porte, roquets qui crient derrière la grille à chaque fois que l’on passe, des maisons très Ikea, impeccables, dizaïnées, toute l’atmosphère nordique « cosy » avec des tas de trucs pour que les enfants s’amusent, la palme pour un véritable petit château, pas très grand mais avec plein de coins et recoins, tourelles, le tout en colombages avec toits rouges et bulbes scintillants : il y avait un côté Rothenburg-ob-den-Tauber en plus fantaisiste et inventif, le jardin est magnifique, éclatant de couleurs et très bien tenu.

 

Pour ce qui est de la faune, outre tout ce que vous pouvez associer aux maisons précédemment décrites, imaginez se côtoyer des punks à chiens (et des punks anar’), une importante communauté inuit (ancienne colonie) plus ou moins loqueteuse (humainement plus que vestimentairement), des rastafumeurs, des hippies en veux-tu en voilà et la grande majorité qui n’affiche rien par son allure extérieure.

 

En conclusion : Christiania, comme l’anarchie, est assez peu résumable, à part pour dire que, comme à la Samar’, on y trouve de tout. Le seul point global peut-être est que beaucoup de personnes y sont accueillantes, sans préjugés, que le temps y passe plus lentement qu’ailleurs, qu’en demandant un renseignement à des jeunes (un peu plus vieux que moi) qui jouent à la balle, on a de grandes chances de n’avoir aucune réponse à part la balle dans les mains, et qu’on est parti pour une heures, qu 'en félicitant quelqu’un pour ses goûts musicaux affichés sur un t-shirt, on s’entend dire « well, just come and seat, have a joint » (aaaa, hum, I have to meet friends right now in the town, sorry, see you !). 
P1012775.JPG En fait Christiania ressemble à la première impression que j'ai eu de LLG (qui s'est confirmé par le suite): le premier élève que j'ai vu était un punk, et pour on y accepte la différence, même si elle choque nos propres idéaux.

Par Maat
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Dimanche 12 août 2007

Si vous avez bien suivi, vous savez que Christiania n’a que quatre lois (d’aucuns critiquerons le manque évident d’esthétique et de sublime de ce nombre petit-bourgeois, mais passons outre). Le type d’organisation qui suit n’est donc en aucun cas obligatoire, on peut vivre comme on veut à Christiania, mais avant d’évoquer les multiples possibilités, voyons comment la majorité (qui n’a en aucun cas un pouvoir de coercition sur les autres) se gouverne :

 

L’économie tout d’abord (comme ça on en sera débarrassé) : les Christianites ont une monnaie propre (du moins un peu plus que dans les Grandes Babylonnes capitalistes), la plupart des échanges se font avec, mais ils acceptent aussi très bien les couronnes, et puis le troc peut sûrement marcher aussi dans les petites structures, je n’ai pas essayé mais s’il y a un endroit où l’on peut s’arranger d’x, y et même z manières, c’est bien Christiania. Donc, a priori mauvais point (d’après moi) parce que l’argent circule, et l’argent c’est le Mal (en plus c’est vrai : la seule fois où le nombre 666 apparaît dans la Bible à part l’apocalypse, c’est pour désigner les revenus annuels de Salomon (encore lui) après que sa Sagesse lui ait été révélée par la reine de Saba (encore elle) et donc qu’il l’ait perdue pour s’occuper des bien du monde : le fric et les gonzesses, qu’il soit donc devenu le Prince de ce Monde, qu’il ait placé son royaume ici bas sans tendre au sublime, et donc anté-christique… bon, ceci n’engage que moi, petite élucubration ésotérico-biblique en passant, mais promis, je ne recommencerait pas, enfin, moralité, l’Argent = Satan, compris ? ) mais en fait, comme on fait comme on veut, ça s’annule plus où moins.

Reste que s’il y a pas mal de commerces à Christiania, beaucoup bossent en ville, normalement (ce qui a aussi le bon côté d’empêcher d’être complètement marginal, de faire de la pub à l’extérieur, de garder contact avec le monde tel qu’il (hélas ou pas) est.

 A Christiania, comme ailleurs, il y a des riches et des pauvres, des petites et des grandes maisons, des propres et des sales, mais chacun a ce dont il a besoin, ceux qui ont des petites maisons n’envient pas ce qui en ont de grandes parce qu’ils ont choisi les petites en fonction de leurs besoins, et puis à Christiania plus qu’ailleurs, « pauvre » et « riche » n’ont pas beaucoup de sens dans l’absolu puisque le référentiel n’est pas l’argent et la position sociale, mais diffère pour chacun, en fait, il n’y a pas de référent du tout : peut-on dire qu’un hippie est « pauvre » il est sûrement spirituellement bien plus riche que maint bourgeois, peut-on dire qu’un vagabond est « pauvre » quand il a choisi ce mode de vie ? pauvre de quoi d’abord, si ses valeurs ne sont pas le vôtres ?

 On pourrait croire ainsi que Christiania est le règne du relativisme et de l’individualisme, mais non puisque l’on s’y respecte, s’y aide, s’y fréquente et côtoie quels que soient les valeurs de chacun, (si on veut !) en fait c’est plutôt le règne de la morale, au sens kantien du terme.

Il y a un petit impôt tout de même qui revient à la collectivité pour entretenir les biens communs : personnes chargées des RP, centre de soins, établissement de bains douches etc…

(je ne me suis pas renseignée si on était vraiment obligé de le payer)

 

La politique : l’organisation m’a semblée assez rousseauiste d’inspiration, un peu à la « Montagnons » d’abord, comme je l’ai décrit dans des termes fort élégants précédemment : on est maître absolu chez soi, puis toute la vie politique se joue au niveau du quartier, comme Christiania, en tant que base militaire, était fortifiée à la Vauban, il est assez évidant de considérer chaque branche d’étoile comme un quartier : ils sont répartis de part et d’autre d’un lac et ont souvent été nommés par les premiers occupants « le caramel bleu » « le Cairn » « le pissenlit » « la Voie Lactée » (les maisons s’y nomment « Le bateau des étoiles » « L’étoile du Nord » « Le chariot » etc.). Tout passe par des assemblées générales où l’on cherche un consensus, on discute beaucoup et ON ARRIVE A UN RESULTAT ! ainsi s’organise une mini-démocratie directe de proximité, qui fixe ses intérêts à défendre au grand conseil global mais décide de tout de façon autonome sur son territoire.

 Puis viennent les grandes assemblées, où tout Christriania est réunit (900 personnes environ, mais bien sûr, comme au niveau du quartier, vient qui veut) pas très souvent, un truc comme deux fois l’an, parce que là c’est le chaos total, vu que tout le monde à droit à la parole, questions, réponses, débats, du marmot au croulant, du nouveau venu au vétéran, et puis imaginez l’horreur pour arriver à quelque chose que l’on puisse prendre à 100m pour un consensus, il faut vraiment avoir le bien commun ancré aux tripes ! On parle pendant des heures et on obtient pas grand-chose. J’imagine que cela doit ressembler à l’assemblée de l’ecclésia athénienne : on part, on revient (ou pas).

Enfin, je répète ce qu’une personne (sur 900, c’est assez peu) m’a dit en y ajoutant un peu de mon cru, et puis zut, de toute façon il n’y a pas de version officielle, alors la mienne en vaut bien une autre ! J’ai beaucoup parlé avec deux personnes en particulier, toutes deux engagées dans la vie publique te associative de Christiania et cependant on peut tout aussi bien trouver des personnes qui n’en ont rien à battre, qui mènent leur barque en solitaire en se préoccupant de la chose publique et de la communauté neuf fois moins que de la recette des sangliers à la crème (on fait comme pour les fraises à la crème sauf qu’à la place des fraises on prend un sanglier).

 

Les relations avec l’Etat et la ville de Copenhague : il y a un côté sympathiquement puéril dans les relations entre Christiania et les autorités officielles, elles sont fondées sur des compromis que les Christianites mettent un point d’honneur à ne jamais respecter au final, du moins à contourner, la manière de narguer l’Etat, de le ridiculiser souvent, alors que celui-ci impose toujours plus sa volonté est assez gavrochienne, mais au final, même si l’ « enfant » espiègle, impertinent, provocateur attire la sympathie et si ses farces laissent augurer de sa bonne santé, c’est bien la volonté du « père » qui gagne toujours plus de terrain : on pose une contrainte scellée par un compromis, celui-ci n’est pas tenu mais on en pose une plus grande qui fait passer la première et ainsi de suite. C’est pourquoi même si tout semble aller pour le mieux dans la communauté, on commence à s’habituer à la présence permanente de « politi » (ou « idioti » comment affichent les Christianites sur leurs t-shirts pour se moquer des poulets) ce qui, il y a quelques années, eut été impensable. Un Christianite me disait « ils ne peuvent pas détruire ou fermer Christiania ou ce serait la révolution dans tout le pays, et le drapeau danois serait brûlé dans tous les coins du monde où il y a des hommes libres », eh bien je ne pense pas que les officiels soient assez stupides pour risquer un coup de force car la normalisation par l’usure et par l’habitude du contrôle permanent est beaucoup plus efficace. De plus, je pense, malgré ceux qui disent que l’Etat nie le fait que de nombruex visiteurs étrangers ne viennent que pour Christiania, qu’au contraire il s’en rend pleinement compte et qu’une Christiania réduite à l’état d’attraction touristique du style « réserve de marginaux » ou « seventies revival », économiquement soumise et politiquement normalisée serait tout ce qu’il y a de plus bénéfique pour récolter des gros sous.

 

Moralité : keep fighting !

                         et

                 still not loving the police ! P1012778.JPG

Par Maat
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