Samedi 26 mars 2011 6 26 /03 /Mars /2011 21:12

Les courtisanes de l'époque d'Edo avaient une coutume d'un romantisme poignant: se couper le petit doigt et l'offir à leur amant, l'Unique, celui auquel elles voulaient être toute et qui saurait que malgré les activités de leur amante, son âme leur serait fidèle. (et moi d'une grande malhonnêteté intellectuelle si j'omettais de dire qu'elles se faisaient parfois aussi tatouer le nom de cet homme sur une partie discrète du corps comme le dessous du bras accompagné du kanji du mot "vie", le genre de truc hypra craignos, on est en plein dans le "à Robert, pour la vie", urgl, enfin c'est tout de même une histoire de périprostipute et de mac hein...)

Et je pense à toutes les personnes des deux sexes qui s'engagent trop vite, qui souffrent d'une relation où l'autre est moins impliqué qu'elles, qui finissent par se faire tromper ou jeter. A moins que ça ne soit un choix délibéré que d'enchaîner les aventures, ou de pratiquer la polygamie/polyandrie informelle (mais dans ce cas là on n'en souffre pas si?) je n'aurais qu'un conseil: ne permettre à personne d'avoir accès à vôtre coeur et à vôtre corps s'il/elle n'est pas prêt(e) à faire le sacrifice de son petit doigt! (enfin d'un de ses, on espère qu'il/elle en a deux)

La belle affaire d'entendre les discours classiques que l'on lit dans les romans balsaco-zolesques pour être la proie des intrigantes et autres opportunistes: si vous êtes l'homme/la femme de sa vie, qu'il/elle donnerait tout pour vous, qu'il/elle commence par vous faire don de son petit doigt! qu'il/elle se le coupe sous vos yeux! prévoyez un beau flacon rempli de formol pour conserver cet unique présent. Dans le cas d'une relation SM, la réciproque n'est pas obligatoire, mais pour ma part, je la trouve, nécessaire pour un couple "normal" où les deux amants sont sur un pied d'égalité. Si vôtre amant(e) n'est même pas capable de ce menu sacrifice pour vous, c'est que vous n'êtes pas la chose la plus importante à ses yeux, il faudra vous attendre à une déception/trahison!
De plus, comme la chair est faible malgré la meilleur volonté du monde, cette mutilation, constemment sous les yeux, lui rappellera son voeux d'être vôtre jusqu'à la mort, en cas de doute.

Evidemment, je m'adresse là aux romantiques à tout crin, je pense qu'ils sont relativement peu nombreux, mais pour ma part, que personne ne vienne me compter fleurette sans son couteau, sa planche à découper et son flacon de formol: pas de yubitsume, pas de chocolat!

                                   230px-KitagawaUtamaro_FlowersOfEdo.jpg  

Par Dagorwen - Publié dans : délirs sur la cité des hommes
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Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /Juin /2010 19:36

 

Pour une fois ce blog va à peu près remplir sa mission première, à savoir informer et critiquer! C'est d'une expo que nous parlerons aujourd'hui (moi, elle, lui et Sadako, ce qui fait un ensemble sexuellement neutre), non, pas celle du Cabinet des Curieux, que je ne suis pas encore allée voir because of agapophobie au dernier degré, absolument irrépressible (voir l'article idoine)! D'ailleurs je n'avais même pas parlé de l'ancienne pour les mêmes raisons... mais c'est le Cabinet, alors ça sera FORCEMENT bien, allez-y (rappel: le Cabinet des Curieux, 12 Passage Verdeau dans le 9eme arrondissement)!

 

Mais revenons à nos moutons (je voulais faire la promo d'une expo, je commence par une autre, que je n'ai mm pas vue, ça commence bien...): mercredi s'est ouvert une exposition consacrée, en gros (le titre ne dirait rien à personne, de tte façon « Barbier et les artistes du spectacle »... donne envie tiens! J'aurais appelé ça «dramatiques extravagances: l'illustration de l'entre deux guerres » (drame au sens d'action sur scène, pour les béotiens, on pourrait à la limite remplacer par « scéniques » postposé alors, mais ça claque moins...) pfff, aucun sens de la com' le mec qui a rédigé ça, ENGAGEZ MOI A SA PLACE! Je cherche du boulot! (et comme on ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher, contactez moi par commentaires uniquement, ils ne s'affichent pas automatiquement de tte façon, je modère, donc si c'est un message personnel avec des coordonnées et tout, je ne publie pas et le tour est joué NE PASSEZ PAS PAR L'OPTION CONTACT, surtout!)) consacrée donc, l'expo, bah je viens de le dire dans la godzi-parenthèse, à l'illustation de spectacle en gros dans l'entre deux guerres, oui, ça dépasse un peu (en amont surtout) mais osef parce que c'est vraiment le lieu pour parler d'entre deux... à propos de lieu, sortez vos agendas:

 

Libraire Chrétien, 178 rue du Faubourg Saint Honoré, Paris 8eme, ouvert du lundi au samedi 10h30-13h et 14h-19h, ça dure jusqu'au 10 juillet)

 

d'entre deux, donc, et NON il ne s'agira pas de fromage mais bien de garçonne, de ballets russes, de Lila Nacht die schwül ist, de Ninjiski, de Morny bref, OUI, il s'agira d'entre deux guerres, d'entre deux sexes surtout (ooooh, comme c'est étonnaaaaant! Vous vous y attendiez si peu...)!

 

Un article court pour une fois car il ne présente pas une théorie aboutie (wait, j'ai déjà présenté une théorie aboutie moi?) mais une, plusieurs peut être interrogation(s)...

 

c'est une image de cette exposition qui m'a frappée et m'a rappelée à mes interrogations à la «de quelle culture suis-je le produit? » (aka romantisme, post romantisme, symbolisme, glam, manga, pour vous la faire courte, pas comme avec ce pauvre mec (dans tous les sens du terme) que j'ai pompé une nuit entière avec mes interrogations à la con (avouez qu'avant « avec » vos pensées étaient parties vers de douteux horizons, BANDE DE PERVERS!)... cette image était l'illustration par Erte d'un spectacle allégorisant les Fleurs du Mal de nôtre vieux Charlot, et représentait plus particulièrement le costume de La Vampire (ben voyons...) mais les premières choses qui me vinrent à l'esprit furent Amano et le visual kei... et bien sûr, tout au tour, les illustrations allaient de drag queen en garçonne et d'amazone et éphèbe gracile... j'eus même le frisson de jouissance intellectuelle de l'archéologue trouvant la preuve matérielle de la rencontre de deux cultures: La femme au miroir, par Lepape, et poum, une japoniaiserie!

 

Dans ma tête, la ligne était toute tracée: japonisme au XIXeme, fascination pour les kimonos, le maquillage théâtral des acteurs de kabuki et celui des geishas, pour les formes courbes des estampes, pour l'esthétique du lisse, évoluant, comme un bon pokemon, d'abord en Art Nouveau puis, extrémisé par le trauma de la guerre et la conquête de l'indépendance par les femmes qui se masculinisent, en style des Années Folles, avec ces costumes inspirés des kimonos, ces maquillages extravagants, ce que rejaillit glorieusement avec le glam rock dans les années 1970 (oui parce qu'entre les ballets russes et l'esthétique du glam, à la Velvet Goldmine, le trait est vite fait!) et enfin POUM revient à sa source gorgé de tout ce qu'il a traversé entre temps avec le Visual Kei de groupes comme X Japan, notons aussi que les artistes comme Amano, dont l'influence sur le jeu vidéo est immense, se pique au symbolisme, à l'art nouveau et à l'illustration théâtrale des années 1920, et qu'un artiste moindre mais également influente comme Kaori Yuki (Angel Sanctuary) puise allègrement dans le symbolisme et le post romantisme (moins que Clamp, mais quand mm) et qu'elle a aussi dessiné des tenues de scènes pour X Japan (m'a-t-on dit), pif paf pouf, la boucle est bouclée....

 

Sauf que c'est un poil plus compliqué que ça, en fait.... déjà ça m'étonnerait qu'une telle révolution esthétique soit conduite uniquement par un enthousiasme nippophile, et encore plus que l'explosion de l'inter genre dans l'entre deux guerres ait grand chose à voir avec les onnagata du kabuki... alors pourquoi? Pourquoi tout d'un coup, poum! on n'aime plus le poil, bim! on se met à la gym, vlan! on suit la mode antique, d'Alcibiade à Bilitis et les filles se coupent les cheveux se bandent les seins, et les garçons s'épilent et se maquillent... marre du couvercle de morale protestante étriquée qui s'est imposée au XIXeme avec le modèle capitaliste? Du noir austère qui a remplacé le rose et le verts pastels du XVIIIeme comme l'argent à remplacé la noblesse? Mouais... enfin avant, on avait beau se poudrer le museau et porter des culottes de soie rose, à part quelques exceptions mieux acceptées que sous l'ignoble XIXeme, l'idéal physique des hommes était bien disctinct de celui des femmes, manchette ou pas... (exemple: les mignons d'Henri III ne portaient pas des corsages de femmes et surtout les femmes pas de culotte!) cet « entre deux » me semble donc qqc d'assez unique... mais basard, d'où cela vient-il? Et pourquoi cela se généralise-t-il aussi vite? Si quelqu'un a une idée, une théorie, quelque chose... (autre que l'abdication de la morale suite au trauma de la guerre et autres inepties dignes d'un vieux coincé à la Zweig... autre que « les femmes ont du travailler dans les usines »... parce que si les modes étaient dictées par les ouvrières des usines, ça se saurait...). Ce qui d'ailleurs rejoint mon éternelle question du comment de la mode et des courants artistiques...

 

Pour conclure, parce qu'il faut bien conclure (sur un malentendu, toussa...), je dirais, en une définition négative: la morale protestante étriquée (ou la morale catho qui veut concurrencer le protestantisme à grands coups de jansénisme), le gris, le capitalisme, la démocrassouille, la phallo-gérontocratie sont des maux qui vont de paire et vraiment BEURK BEURK BEURK que c'est vilain!!! 1789 est la plus grande faute de goût de l'histoire française! Mais comme c'est sur fond de laideur que la beauté fleurit le mieux...

 

Oh, et puis ma connection bug, et je n'ai rien d'autre à faire, donc j'ajouterais en guise de PS (avec FF dessus, merci :p ) qu'en suivant ma ligne magique du Japon au Japon en passant par le meilleur de la culture européenne des XIX et XX eme siècles (y compris la révision idéalisée des débauches du XVIIIeme), on revient en Europe, avec des générations (ceux qui sont nés à la fin des années 80 et après) gavées directement ou indirectement (oui parce que moi, je n'ai jamais vu de Sailor Moon qu'un album Panini, et de Lady Oscar que trois pages dans un vieux magasine qui trainait, et c'est bon, c'était foutu pour ma pomme...) de japoniaiseries qui leur ré-injectent leur propre culture en pré digéré et du coup, PIF POUF magique: des hordes d'éphèbes androgynes, ténébreux et MIRIFIQUEMENT IGNARES de tous les artistes immenses, de Barbey d'Aurévilly à Siouxsie dont ils sont les enfants... ai-je pour autant envie de leur arracher les tripes avec les dents, de leur enfoncer leur oripaux de gothloli et autre ouji-kei là où le soleil ne brille jamais, de me faire des colliers avec leurs yeux rendus vairons par maints artifices? Que nenni! Leur inculture abyssale fait leur charme: n'est-ce pas touchant de voir de sublimes imbéciles s'ébattre comme dans une piscine gonflable au dessus d'un gouffre aussi vaste que la fosse des Marianes?

Par Dagorwen - Publié dans : délirs sur la cité des hommes
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Mercredi 26 mai 2010 3 26 /05 /Mai /2010 11:35

 

La jeune dépouille de Kuroneko fut rendue à sa terre natale et ce fut l'occasion pour Crow (et presque autant pour son père) de rencontrer sa famille maternelle. Elle promit à Jorg de lui rapporter un sabre authentique ,et pré-Edo sinon c'est pas drôle, à Olaf de se renseigner sur quelque obscure sanctuaire caché dans les montagnes (tout en espérant qu'elle ne devrait pas se farcir une volée de 300 marches et y affronter une sorte de chanteur de visu caparaçonné de cuivre vaguement doré), à Sigrid des naginata, à Thurim un jeune champion de kendo si elle arrivait à le convaincre d'apporter son charmant petit cul à Berlin et à Uhwe les derniers jeux S.E. (et une console collector). Promesses qui restèrent en l'air, à ne pas devenir des souvenirs: la petite fille, qui en partit à 10 ans, ne revint à Berlin que bien des années plus tard, en fugitive. Sven confia sa fille à des grands parents qu'il connaissait à peine, se rasa le crâne en signe de deuil et courut s'enfermer dans un monastère, pleurer son amour perdu, s'infligeant maintes macérations pour expier sa vie de débauche.

 

La famille Yukimura avait toujours condamné les errances musicales et stylistiques de leur petite Kaede allant jusqu'à nier en bloc le personnage de Kuroneko et ses fréquentations hasardeuses, aussi ne pouvait elle voir que du meilleur oeil ce retour dans les rangs d'un ordre social qu'elle avait toujours défendu avec beaucoup de dignité. L'humilité presque aussi profonde que son désespoir dont faisait preuve Sven leur plut beaucoup mais l'apparence résolument démoniaque ainsi que le nom de la petite Crow lui valut plusieurs exorcismes plutôt musclés dans différents sanctuaires, une teinture noire, un carré sévère et des lèvres recouvertes quotidiennement du fond de teint le plus pâle possible. Ses grands parents l'inscrivirent dans une école pour jeunes filles, mais après une semaine où son étrangeté l'avait désignée comme bouc émissaire, quelques jambes brisées et le suicide de la « meneuse » de sa classe plus tard, ils songèrent qu'il était peut-être plus sage de la garder à la maison et lui faire classe eux même. Crow, rebaptisée Sachiko pour l'occasion, supporta sans peine le changement de régime alimentaire, d'habitudes, le respect inconditionnel qu'elle devait témoigner à ses grands parents qu'elle ne connaissait que depuis quelques semaines et à tout adulte en général, la solitude loin de tout ce qui lui était familier. Ses grands parents se réjouissaient d'avoir une nouvelle petite fille à qui porter toute l'affection qu'ils n'avaient su ou pu porter à sa mère, une petite fille si docile, appliquée, si mignonne une fois teinte et maquillée qu'ils la submergeaient de cadeaux que Crow détestait mais qu'elle acceptait avec reconnaissance: des petites robes à volant, plus d'accessoires atrocement mignons qu'une hime/gyaru pur sucre peut en voir sans vomir ses 3 milk-shakes à la fraise, des poupées par dizaines qui auraient suffit à faire renoncer l'oncle Jorg à dormir dans une pièces où on les aurait assemblées comme ses grands parents pensaient qu'il était réconfortant pour la petite fille de le faire dans sa chambre.

 

 

Tout aurait pu se passer pour le mieux en attendant que Sven recouvre ses esprits et se décide à faire autre chose de sa vie que méditer sur la réunion du Yin et du Yang si la famille Yukimura s'était réduite à deux adorables vieillards un tantinet vieux jeu. Hélas pour Sachiko, il fallait compter avec les frères de sa mère et leurs insupportables rejetons, frères persuadés de leur supériorité en tant que mâles aînés ayant socialement réussi (c'est à dire permettant à leurs femmes de compenser en sacs Vuitton le temps qu'ils préféraient passer avec des hôtesses de Ginza et à leurs enfants de tromper leur solitude dans leur salle d'arcades privée) sur leur petite soeur indigne et qui plus est de celle de toute leur progéniture fréquentant les meilleurs collèges et surtout irréprochablement japonais sur une métisse débarquée d'on ne sais où, arborant des particularités physionomiques fortement dérangeantes et monopolisant l'attention de leurs parents. Il était hors de question pour Sachiko de subir leurs sarcasmes incessants et surtout de devoir s'humilier face à ses cousins en employant un vocabulaire spécifique: au bout d'un mois de maîtrise de soi exemplaire, elle émascula Makoto, de quatre ans son aîné, qui pensait découvrir l'anatomie féminine à moindre frais ou se lassait de ses condisciples de l'illustre collège pour garçons où l'avaient placés ses parents, et , jurant comme un yakuza, obligea Noriko, qui refusait le lui parler à cause de son origine douteuse, à manger ce qu'elle venait d'arracher à son frère. C'est dans la seconde suivant ce haut fait qu'elle s'enfuit à toutes jambes pour rejoindre le monastère où son père s'abîmait dans l'esotérisme zen pour oublier son chagrin, comme d'autre s'abîment dans le nihonshû.

 

Le périple d'une petite fille de dix ans aux lèvres noires en stop à travers le Japon serait à narrer en détail si nous ne craignions de lasser nos courageux lecteurs qui subissent déjà un style des plus inégaux et une imagination des plus stéréotypées par une énième digression et surtout de devoir faire garder l'entrée de ce blog par le redoutable cerbère 18+. Quoi qu'il en soit, nous résumerons en disant qu'en moins de 24h heures et sans perdre la virginité d'aucun de ses orifices, notre héroïne, dans un état de crasse assez terrifiant, colla son petit poing dans la face contemplative de son père pour le faire revenir à lui. « Tu as raison, lui dit il, je commençais à en avoir plein le cul », assertion que nous ne développerons pas pour les raisons précédemment citées, nous contentant de signaler au lecteur vigilant que non, Kiyoaki que nous avions laissé à ses jeunes sous-metalleux peroxydés n'avait rien à faire là dedans et n'était même pas au courant de la présence de Sven, qui avait souhaité l'incognito le plus complet, au Japon.

 

C'est ainsi que Crowblack et son père quittèrent le Yamato, reprenant au passage l'épée laissée au poste douanier, non par interdit juridique mais par crainte d'une intervention musclée de la Police des Clichés, et dans l'avion qui les conduisait à Los Angeles, Sven eut tout le loisir de préparer sa fille à sa nouvelle vie. Ses méditations troublées par sa douleur l'avaient mené à la certitude inébranlable qu'il avait tué Kuroneko en l'arrachant à sa terre natale comme l'on coupe une branche de cerisier, en lui imposant une vie d'excès, trépidante, usante pour laquelle elle n'était pas faite, incapable de la protéger. Sa mort était presque une rédemption immérité: jamais sans ce drame il n'aurait quitté Nifflheim et son milieu délétère et se seraient tous deux abrutis de psychotropes jusqu'à ressembler aux épaves punko-gothesques dont ils moquaient le ridicule masque d'anticonformisme cachant une réelle incapacité à s'adapter et jouer avec les règles sociales, ils auraient sombré, se seraient dilués dans le gouffre multicolore et scintillant, dans l'abîme effervescent des paradis artificiels. Kuroneko avait échappé à cette déchéance, figée pour l'éternité dans la beauté de ses 28 ans, tout ce qui lui restait d'elle était sa fille, et il lui donnerai désormais tout ce dont sa famille maternelle aurait, avec raison, rêvé pour elle: une vie douce, paisible, une instruction irréprochable, une famille protectrice, renouant avec ses racines norvégiennes et japonaises. Il n'eut même pas le sentiment que tout cela ne lui offrait strictement rien de plus que Jorg, Olaf, Sigrid, Thurim et Uhwe sauf la normalisation, mais cette normalisation lui semblait désormais la seule force sécurisante qui chasserait loin de lui et de sa fille le fantôme hâve de la Kuroneko des dernier jours. Il s'était souvenu d'une proposition que lui avait fait un réalisateur suédois installé aux Etats Unis et y avait vu un signe: s'il décrochait le rôle, il resterait auprès de la communauté scandinave de Californie et y élèverait sa fille.

 

Le malheur voulut qu'il décroche le rôle... Tout s'enchaîna alors très vite pour notre petite Crow: Niffleheim vendu, pavillon de Beverly Hills acheté, actions placées, inscription au lycée nippo-américain de Little Tokyo. Elle n'eut cependant, après le mois passé au sein de sa famille maternelle, que peu de mal à s'adapter à son nouveau train de vie: comme chacun sait, quand débarque une gamine aussi pâle que belle, un poil mutique dans n'importe quel lycée ricain, TOUT LE MONDE s'empresse de vouloir devenir son ami, y compris les lycans et autre hémophages du coin (par chance, les vampires de LA sont un peu moins désespérément cons que certains autres et n'ambitionnent pas de passer leur éternité à suivre des cours...), comme chacun le sait également, n'importe quelle bibliothèque de lycée lambda aux Etats Unis, même et surtout les plus miteux et perdus bien profond dans les Anales du (disque?) Monde, comporte un rayon occultisme sévèrement fourni, avec en général un ou deux originaux médiévaux... (allez chercher ça à la BNF ou la BSG, je vous souhaite bien de la chance... connards de ricains!): Crow n'eut donc pas à chercher bien longtemps pour se faire sa place dans le plus sombre recoin de la bibliothèque, entourée d'une muraille de livres ésotériques. Elle ne sympathisa nullement avec les goths du collège comme on aurait pu s'y attendre: comment accorder une once de crédibilité à une sorte de conglomérat de Troubles du Comportement Alimentaire qui traînait ses dentelles en synthétiques sooo victorian et ses chaînes sooo déviantes dans tous les fast foods des environs? Mais passait son temps libre hors les murs du collège à s'entraîner au maniement de son épée, qu'elle avait nommée Muramasa, d'après le forgeron légendaire, oncle Jorg lui ayant garanti que pour trouver une lame aussi puissante et tranchante, elle aurait du remonter le temps et mettre Sengo au défi. Bien évidemment, manier une épée de presque deux mètres n'est pas chose aisée pour une fillette de onze ans, mais elle ne renonçait pas, brûlante de nekketsu, animée par le souvenir de sa mère, de Nifflheim (ndlr: oui, bon, alors je préviens tout de suite, c'était pas fait exprès comme rapprochement, je pensais seulement à la geste de Siegfried quand j'ai nommé le lieu... il se trouve que dans la phrase, là, ça rend pas trop mal, j'dôas dire... mais c'est un pur hasard) des valeurs qui avaient nourri son enfance...

 

Les mois passèrent, Sven avait eu le nez creux dans le choix de ses rôles et le placement de ses actions: les 0 s'accumulaient à droite de son capital mais ne pouvaient lui arracher un sourire... Bientôt, las de s'épuiser à divers sports pour tromper sa solitude, il se résolut à quitter le deuil de Kuroneko et laisser libre cours à l'attirance qu'il éprouvait pour une de ses récentes partenaires de tournage, Lucy. Lucy était une jeune femme fascinante, une bimbo dont le QI dépassait le tour de poitrine et qui passait le plus clair de ses journées à faire la critique de Clausewitz en sirotant un mojito au bord de la piscine, en bikini rose. Le crin peroxydé, le derme bruni aux UV, la poitrine gonflée, elle soignait tout particulièrement ses faux ongles qui allongeaient ses adorables orteils de trois bons centimètres, ils symbolisaient son triomphe social: jamais son pied n'avait à subir la contrainte de chaussures fermées, à faire plus de trois pas sur l'asphalte des pécores, de même ses mains n'étaient que symbole griffu et rose à paillette: le pouvoir de l'argent, de la beauté et de son intelligence supérieure lui donnaient droit de vie et de mort (à savoir de licenciement) sur les subalternes qui peinaient à réaliser et souvent anticiper ses moindres lubies, si l'artisan s'était montré maladroit une griffure en plein visage venait lui rappeler sa position. Lucy herrschte. Sven avait été émerveillé par ses théories politico-stratégiques et plus encore par sa beauté de déesse antique, blonde et ensoleillée, langoureuse et musclée, comme une walkyrie sous le soleil de la Grèce archaïque, elle était la jeunesse de l'humanité. Une dominatrice souriante, l'étoile du matin. Lucy, elle, avait été attirée par le physique et la fortune de Sven, par la sincérité touchante de son amour et par sa plaisante infériorité intellectuelle: elle n'aurait jamais supporté la domination en ce domaine, mais était lasse de ses Apollons d'un soir qu'elle devait bâillonner pour que leur stupidité ne vienne pas entacher la perfection de leur beauté, Sven avait cette beauté et un niveau suffisant pour soutenir une conversation avec elle, il n'en fallait guère plus pour qu'elle accepte l'alliance (et le juteux contrat de mariage).

 

Crow avait été laissée en dehors de cela, si elle ne souffrait pas de sa nouvelle vie, elle en voulait toujours à son père d'avoir renié ses idéaux, quitté Berlin sans prévenir personne et de l'avoir soustrait à ceux qu'elle avait toujours considéré comme sa famille. Elle ne pouvait se décider si la situation présente était préférable à son mois japonais ou non: d'un côté, pour elle, le doute n'était pas permis, rien ne pouvait égaler la capacité de nuisance de ses cousins, d'un autre, les intentions de son père fou de chagrin lui semblaient plus pures qu'à présent... mais elle était consciente de ne pouvoir saisir tous les rouages de la psychè de son paternel et se remettait donc à l'étude avec docilité. Etudes assez inégales du reste: sa nullité en sport (surtout d'équipe), son mépris total et instinctif de l'histoire enseignée dans les manuels scolaires, sa haine envers les activités artistiques (et surtout la chorale), son ennui mortel devant les lois physiques n'ayant d'égales que son goût pour les équations, sa fascination pour la chimie et son don assez pour la littérature qui ne laissait d'impressionner ses professeurs: une jeune fille s'exprimant dans un anglais byronien et un allemand tenant à la fois du romantisme de Weimar et du pire des années 1930 étant chose peu courante dans un collège californien. Bref, diversement occupée, Crow ne vit rien venir et se retrouva à douze ans au mariage de son père sans vraiment comprendre ce qui se passait. Au premier regard, elle jura la mort de Lucy qu'elle haïssait déjà de toutes ses tripes: lorsqu'elle la vit entrer dans l'église, cette catin babylonienne osant porter du blanc, elle s'enfuit à toutes jambes, sauta dans le premier taxi pour rentrer chez elle et le repris, le temps d'un éclair de métal, Muramasa en main. Dans le crissement des pneus de la voiture qui dérapait dans le gravier, elle se rua sur Lucy et, bondissant, s'abattit sur elle lame au clair en hurlant le nom de sa mère... La scène était épique et terrifiante, le saut de Crowblack fondant sur la femme haïe, telle un aigle, ses cheveux rouges déployés comme des ailes sanglantes, pétrifia l'assemblée qui s'attendait à voir la lame traverser la mariée et répandre ses entrailles sur l'autel. Cependant, si le miracle du nekketsu avait permis à la fillette la prouesse de ce saut, contrer l'inertie d'une lame aussi imposante à laquelle elle avait donné toute son énergie était clairement hors de sa portée: Sven n'eut qu'à tirer brusquement Lucy à lui et la lame s'en fut se planter dans l'autel de pierre qu'elle fendit en deux (mais duquel ne jaillit pas une fontaine de sang, il n'y a qu'en Roumanie où le sang coule à gros bouillon de la pierre au moindre coup d'épée). Lucy s'évanouit rétrospectivement.

Par Dagorwen - Publié dans : Scories plumitives
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Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /Avr /2010 11:06

 

Entourée de la grande famille des amis de ses parents, Crowblack grandit en grâce morbide et en psychose. Quel enfant n'envierait pas ces premières années, entre oncle Olaf, le batteur borgne mystico-odiniste qui la tint sur les fonds, euh... pas vraiment baptismaux, savant mélange de sang de jeune loup pusso (et peut être frustrer, nous ne fûmes pas sur son skyblog), de bière et d'hydromel avant de lui scarifier quelques runes sur le dos. Oui, on sait vivre dans un groupe de black! Olaf était le membre le plus religieux de la famille, à savoir qu'il partait régulièrement courir nu dans les forêts Norvégiennes armé de sa seule hache de pierre et revenait quelques mois plus tard couturé de cicatrices, les bras chargés de cadeaux pour tout le monde: pelisses, bijoux, statuettes et divers objets rituels à base d'os, de dents et de bois... L'histoire ne nous dit pas si ces cicatrices étaient dues aux violentes interventions de la Police des Clichés, qui comme on sait n'est pas des plus tendres, ni si son oeil crevé était du à un réel accident ou à quelque auto-mutilation odiniste (les blackeux sont capables de tout).

 

Oncle Jorg, le bassiste, quant à lui, avait inventé un jeu dont Crow ne se lassait jamais: il s'agissait, dans le jardin, d'assembler une piste de feuilles mortes ou d'herbe fraîchement coupée, recouverte par les pelisses d'Olaf et, en se reculant de plusieurs dizaines de mètres, de jeter la petite fille le plus loin possible. De l'aveu de Jorg, le jeu n'avait commencé à prendre un quelconque intérêt qu'à partir des 7 ans de Crow, mais cet intérêt fut de courte durée: Kuroneko l'interdit après le regrettable incident qui brisa sa vasque en marbre préféré (Crow, elle, protégée par un casque à corne dégagé des reconstitutions vikings pour non historicité, avait seulement saigné, assez abondamment pour que les photos prises ai clair de lune consolassent sa mère de la perte de sa précieuse vasque).

 

Oncle Thurim, le claviériste, fascinait la petite fille: il ne venait jamais autrement qu'en costume trois pièces, avait bien tenté d'imposer ses fantaisies vestimentaires sur scène, mais cela lui avait été refusé tout net par les quatre autres qui avaient déjà eu besoin de quelques litres d'aquavit pour avaler sa nouvelle coupe à la Helmut Berger dans Salon Kitty (dans Les Damnés aussi, mais la référence était moins appréciée en société). Il sirotait un Jägermeister élégamment appuyé sur une console 1930 du fumoir en apprenant à sa mère quelques rudiments d'allemand grâce aux livres dont il sera question plus tard et Kuroneko disait souvent qu'il lui faisait penser à son ancien manager. Crow se demandait si cet ami de sa maman aussi lui aurait apporté ces jolies robes anciennes très courtes, ces costumes de soubrette avec lesquelles Oncle Thurim aimait la photographier, mais en général, ses parents s'entendaient à ne pas la laisser trop jouer avec lui, évitant par dessus tout de les laisser seuls. La petite fille n'avait jamais compris pourquoi, lui qui était si gentil avec elle! Il venait parfois accompagné de ses amis d'un jeune groupe d'indus d'ex-RDA dont les spectacles pyrotechniques donnés dans le jardin pour s'entraîner faisaient pousser à Crow des cris de joie.

 

Tante Sigrid était une découverte assez récente, pas pour Crow, qui était trop jeune pour avoir connu Siegfried, le second guitariste des Bereskers, mais assurément pour tous les membres adultes de la famille qui étaient restés pétrifiés en surprenant le jeune homme échangeant un long baiser assez peu équivoque avec un de leur amis berlinois, et surtout pour Jorg qui avait eu besoin de quelques pintes pour se remettre de la terrible nouvelle: son “frère d'armes” avait toujours été une soeur... La chose n'avait pas été rendue publique, le groupe craignant la réaction des 5% de filles qui constituaient leur auditoire le plus discret mais aussi le plus fidèle dont les rangs s'étaient déjà réduits de moitiés à l'annonce du mariage de Sven. Mais il avait bien fallu, en privé, se faire aux talons hauts de Sigrid, aux jupes fendues de Sigrid, et surtout, pour Jorg, aux décolletés de Sigrid. L'amant berlinois de la jeune fille étant couturier aspirant au haut de gamme, on pouvait désormais voir cette sublime valkyrie sur deux sortes de scène: les podiums de Berlin Mitte et les scènes des festivals de metal. Par chance, les deux milieux se fréquentant assez peu, personne ne s'était trouvé faire le rapprochement. Bien avant de se rendre compte de ce double rôle, Crow avait considéré Sigrid comme son modèle féminin: elle aimait son odeur de laque, les couleurs douces de son visage, l'harmonie de ses gestes quand elle revenait des défilés autant que la puissance animale qui l'animait sur scène (oui, les Thorsen faisaient suivre une gamine de deux ans en concert de black... pas dans la fausse, faut pas dec', au bar!).

 

Tels furent les premiers venus entre les habitants plus ou moins réguliers de Nifflheim, car ainsi les Thorsen avaient ils nommé leur demeure, puis vinrent les amis de Kuroneko, au nombre de trois. Les amis-fortunés, fils de Berlin Mitte, cultivant quelques relations dans l'underground gentryfié qui pimentaient leurs carrières de modeux ou publicistes influents (et une jeune japonaise, fleur noire de déviance sur un rameau de beauté traditionnelle, ne pouvait qu'embellir leur carnet d'adresse), au rang de ces amis, le compagnon de Sigrid; les amis-ghettoisés, fils les plus extrêmes des caves et des squats, que Kuroneko fréquentait pour les mêmes raisons que ses amis-fortunés la fréquentaient elle, performeurs se suspendant à des crocs de bouchers par les anneaux ornant leur dos ou leur poitrine, dominatrices, photographes alternatifs pour lesquels elle posait volontiers, punks anar', chimistes gardiens des trésors de Morphée, cultistes divers qui se lançaient dans de longues discutions avec l'oncle Olaf; enfin, les amis-japonais, car toute resplendissante qu'elle est, aucun oeillet du Yamato ne survit longtemps sans un peu de terreau rapporté. Les jours où diplomates, hommes d'affaires expatriés et leurs épouses venaient lui rendre visite, le ménage devait être impeccable, les rangers rangées dans le vestibule avec la discipline que leur nature militaire aurait voulu qu'elles ne quittassent jamais, les petits gâteaux prêts, et de préférence pas ceux qui font rire, le thé irréprochable. Si quelque Berseker se trouvait errer dans les parages, il ne pouvait en général retenir un gloussement devant l'allure de Sven, les cheveux tirés en tresse, rigide dans son costume de créateur, avant de se faire intimer l'ordre d'un coup d'oeil sévère et implacable de revêtir illico celui qui l'attendait dans quelque penderie. Tels étaient, venus en ordres divers, les amis de Kuroneko, ils crurent et se multiplièrent et égayèrent Nifflheim de leurs pépiements mélodieux.

 

 

Lors de ses premiers mois de gestation, Kuroneko se sentit investie d'une mission culturello-organique (le corps jaune, tout ça, tout ça, soit dit sans aucune référence peu obligeante à l'origine ethnique de notre princesse): instaurer le règne quelque peu tyrannique de dame Hygiène pour que rien ne vienne troubler la saine croissance du petit être que sa matrice protégeait pour l'instant. L'on vit alors, surprenante métamorphose, la princesse empoigner balais et seau d'eau. Elle les empoigna, le temps qu'on aurait pris pour immortaliser la scène, qui hélas ne le fut point: Sven lui arracha ces outils des mains, qu'il embrassa fort galamment, avant de rageusement livrer bataille contre le moindre demi-bacille caché, dans les affres de la terreur et du génocide des siens, sous quelque malle du grenier: on oublie trop souvent qu'en plus des guerriers blonds, des églises en bois et des metalleux bruns, la Scandinavie a offert au monde un modèle de confort intérieur et de design familial (ainsi que de gouvernement socialiste, mais cela n'a que peu de rapport avec la présente historiette). Kuroneko regretta quelques minutes de n'avoir eu le temps de profiter des tablier, bonnet et gants que lui avait offert un de ses amis styliste et dont les roses brodées eussent été du meilleur effet sur son teint de lys, Sven n'y prêta guère attention, Sigrid, elle, si, son appareil photo aussi, et ce furent les premiers clichés que Kuroneko consigna, en gloussant sottement, dans un scrapbook. Le ménage de Sven, pour être efficace et complet, ne fut pas sans quelques incidents collatéraux: une armoire massive ornée de braves lansquenets atterrit fort malencontreusement sur la tête d'un plombier appelé par Kuroneko. Tous les rituels présidés par Olaf furent impuissant contre 175 kilos de chêne massif tombant de trois étages sur un occiput polonais et fort heureusement non déclaré: on l'enterra dans le jardin avec des libations de Zubrowka pour honorer ses mânes.

 

Quelques éclats de bois, de verre et même de marbre plus tard, on découvrit avec stupeur deux passages secrets: un cabinet condamné attenant à un bureau du second, et un réseau de caves attenantes à la reserve principale de boissons diverses mais fortement alcoolisées, formant une sorte d'abri anti aérien tirant sur le bunker. On y trouva toutes sortes de documents écrits en une police gothique qui plut beaucoup à Kuroneko, ainsi que les jolies svastikas qui lui rappelaient sa jeunesse. Sven dut insister pour que le tableau avec le monsieur à la moustache rigolote ne finisse pas dans le salon, et préféra confier tout cela à Thurim qui ne se tenait plus de joie, surtout quand on ouvrit la caisse contenant les Maschinengewehr 42, les Sturmgewehr 44 et une bonne vingtaine de masques à gaz. Kuroneko pensa que l'occasion était idéale pour apprendre l'allemand grâce aux livres trouvés, Thurim approuva, Sven et les autres grognèrent mais laissèrent faire à condition que l'on se débarasse des armes, des drapeaux, des toiles et de la plupart des livres (on peut être blackeux ET avoir le sens des convenances, oui, bon, c'est rare, certes...) qui furent, bien entendu, confiées à l'oncle Thurim. Ce dernier garda certains des articles les plus rares et se fit, pour le dire élégamment, des chrysorchides en revendant le reste sur certains marchés tchèques, slovaques et à son vieil ami Varg qui malheureusement était un tantinet à court d'argent et en vint aux extrémités que l'on sait pour payer le prix exorbitant qu'on lui réclamait pour ces incorrectes antiquités.

 

 

Ainsi notre petite Crow à la chevelure de feu bénéficia de la plus belle de toutes les salles de jeu: un souterrain entier de salles bétonnées, parfois carrelées, ornées de crochets de toutes sortes et dont les curieuses traces brunâtres, que la meilleure volonté de on père n'avait réussi à faire partir tant elles étaient profondément infiltrées dans les murs et leurs fissures, ne laissaient pas de provoquer l'imagination fertile: celle-ci ressemblait à une tête de mort, celle là à un tigre décapitant un éléphant, là, un amas grouillant de serpents, la tête de Méduse peut être? ici, un chien démoniaque la gueule écumante...

Comme on se l'imagine, la vie n'est pas facile tous les jours quand on a les cheveux non pas roux mais rouges comme un coucher de soleil sur le canevas ornant le salon de Frau Eschenberg, ancienne ouvrière dans la sidérurgie reconvertie en gardienne de l'immeuble où habitaient quelques camarades de classe, la peau blanche à faire craindre Nosferatu que son bronzage tirant sur le californien ne paraisse vulgaire, les lèvres plus noires que les sucs corrompus suintant du cadavre de la Reine de la Nuit, et que sa mère a l'idée géniale de vous faciliter la tâche en vous cousant de charmants petits uniformes brunâtres ornés d'un brassard Hello Kitty qui ne sont pas forcément du goût des mères ayant longtemps porté celui des Jeunes Pionniers. Heureusement, Crow exerçait une certaine fascination troublante sur ses petits camarades de jeu qui lui permettait de se venger à sa manière: prétextant une réconciliation autour du thé vert de sa maman, elle conduisait sa victime dans ses “salles de jeu” pour jouer au docteur. Une fois attaché à la paillasse par des lanières de cuir, cette dernière n'avait que le temps de voir la lumière s'éteindre et d'entendre la porte se fermer à clef avant d'avoir le loisir de méditer quelques minutes (une jeune patience se lasse vite, ce que la santé mentale d'une dizaine de jeunes berlinois peut bénir) sur la stupidité qu'il y a à se moquer du physique différent de ses petits camarades, sur l'accueil, la tolérance et l'amour universel dont doit faire preuve un jeune citoyen d'une nation moderne et éclairée (selon les propres mots de Crow). En général, tout cela se terminait par une réconciliation réelle, des courses dans le parc et de tendres embrassades filmées par oncle Thurim s'il se trouvait là.

Les enfants adoraient Nifflheim et la salle de jeux de Crow: ils revêtaient les petites tuniques vikings cousues par Kuroneko, ainsi que les braies et les chaussures qu'elle avait appris à réaliser grâce à ses amies médiévistes, les casques forgés par Jorg, et se lançaient à grands cris dans le parc pour chasser le plus grand nombre d'écureuils, de lapins et autres hérissons possible. Si par miracle ils parvenaient à en prendre un vivant, le jeu consistait, ayant troqué les tuniques pour des blouses toujours impeccablement blanches, à lui retirer le plus grand nombre d'organes tout en le maintenant en vie.

 

 

L'allemand un peu particulier de Kuroneko et les moeurs peu communes de sa fille avaient eu le mérite d'attirer à elle un bon nombre de sympathies aristocratiques quelque peu nostalgiques et résolument fin de race dont les perversions multiples n'étaient pas incompatibles avec le milieu anarcho-déviant qu'elle fréquentait par ailleurs pour un niveau de crispation politique obtuse à peu près égale. Les uns aimant se faire massacrer par des talons aiguilles, les autres jouissant d'humilier un esclave, quelque soit l'orientation culturello-extrémiste, tout ce beau linge en harnais, en latex ou en Hugo Boss célébrait la réunion allemande et le délicieux mélange de honte, repentance, regrets et nostalgie que mettait en musique ce groupe de plus en plus célèbre qui essayait ses muselières/lance-flammes dans les jardins de Nifflheim.

 

Bien entendu, Crow, dans son angélique candeur, ignorait tout cela et y mit involontairement fin dans un soubresaut oedipien en invitant tous ses amis et ceux de ses parents à un beau feu de joie composé des livres de sa mère et des uniformes qu'elle lui avait cousus, autour duquel elle dansait avec ses camarades en chantant l'Internationale. Thurim écrasa une larme, Sigrid, Jorg, Olaf et Sven pouffèrent comme un seul homme devant cette formidable ironie inconsciente (ou pas). Pour consoler son épouse, qui, en fait, commençait elle même à se lasser de jouer les Winifred Wagner, Sven lui construit un pavillon de thé dans le jardin et une salle japonaise au second, pour remplacer son fumoir 1930, qu'il orna d'un très antique miroir oval retrouvé lors de fouilles sous-marines acheté à un antiquaire d'Izu.

 

 

Dès que Crow eut 8 ans, oncle Jorg et tante Sigrid prirent à coeur sa formation martiale, l'entraînant sans relâche à l'escrime médiévale et à la lutte, boxe et tout ce qui peut se pratiquer nu dans la neige, ne lui laissant que le temps de leurs répétitions, concerts et tournées comme répis. Elle s'éloigna ainsi sensiblement de la garde de ses parents, son père étant désormais trop occupé à gérer les tournées du groupe qui connaissait un succès grandissant, sa mère à se prendre pour la Yoko Ono des caves über branchées (elle s'était soit-disant mise au buhto et fascinait un public qui ne demandait guère plus en terme d'exigeance artistique que de voir une beauté nipponne dénudée secouant son corps sublime sur des accords dissonants sous prétexte d'art conceptuel). Olaf lui fit apprendre l'Edda par coeur, en V.O. qui plus est, et lire trois fois tout le Rameau d'Or. Thurim lui enseigna l'histoire de l'art, Sven étant suffisamment présent pour vérifier qu'il ne glisse mot d'idéologie pour le moins douteuse que Crow était désormais en mesure de comprendre. La petite fille ne vit donc pas sa mère glisser insensiblement du canabis goûté en confiture (selon les conseils baudelairiens) à l'extasy, et ne sut jamais pourquoi sa mère fut du jour au lendemain pétrifiée, changée en ombre fantomatique hantant la salle japonaise. Une seconde fois, Sven avait oublié que la dose convenant à un guerrier viking au mieux de sa forme aurait raison d'une frêle sylphe japonaise.

 

L'hydromel avait donné a vie à sa fille, le datura donna la mort à sa femme qui ne revint jamais de son voyage (oui, parce qu'en fait, le datura, ça n'est pas du V juice, ça ne vous transforme pas en Grorageu invicible, l'écume aux lèvres tout ça, tout ça, c'est juste surpuissant hallucinatoirement parlant, ça ne fera pas plus de vous un guerrier d'élite que le vers kholoscatère). Elle ne mourut pas tout de suite mais son corps, déserté, refusa de s'alimenter, passant de longues heures à coiffer ses non moins longs cheveux devant le miroir oval de la salle japonaise. Elle ne quittait plus son kimono, comme redevenue enfin la magnifique poupée d'ombre qu'elle n'aurait jamais du cesser d'être. Une poupée au ressort brisé dont émanait toujours la douce chaleur maternelle que Crow ne pouvait se résoudre à voir s'étioler. Même si sa mère ne la percevait plus, Crow restait à ses côtés, toujours, se demandant de quel terrible sacrilège sa mère avait-elle été punie, quel secret défendu des dieux avait-elle essayé de voir. Vêtue d'une robe aussi blanche que son visage, sa toison de sang lâchée sur ses épaules, elle se cramponnait à sa mère comme à un radeau dérivant. Quand celle-ci ne fut plus assez forte pour se tenir debout, Crow développa, ou n'était-ce que rêves confus de la salle obscure, une curieuse sorte de télékinésie: elle faisait glisser le miroir le long du mur pour que sa mère puisse continuer de se voir, prisonnière, de l'autre côté. A ces moments, il lui semblait deviner la faible lueur d'un sourire dans les yeux de sa mère. Ce miroir qui lui rappelait obsessionnellement le vieux puits du jardin à la margelle ébréchée...

 

 

Quand on riveta le cercueil de sa mère, Crow fut possédée par une idée soudaine et fixe: pour la retrouver, elle ne pouvait que se jeter dans le puits sans fond qu'elle croyait voir dans le miroir d'Izu. Jorg la rattrapa de justesse par la ceinture de sa robe et lui administra deux puissants soufflets: il en avait eu sa dose de ce cercle vicieux de japoniaiseries! Pour rendre à sa petite nièce de plus saines occupations, il fondit tous les bijoux métalliques de Kuroneko en une gigantesque lame de katana qui, en comptant la garde dans laquelle il avait incrusté un maternel tibia et qui se devait de faire un raisonnable balancier, mesurait près de deux mètres: cela ferait un excellent défi pour la petite fille de dix ans que de soulever puis s'exercer avec cette épée qui était désormais le seul objet la liant à sa défunte mère. Olaf trouva l'idée excellente et tout à fait épique, Uhwe, qui tâtait de la PS, leur fit remarquer qu'ils étaient loin d'en finir avec les japoniaiseries. Comme d'habitude, personne ne comprit ce qu'elle insinuait par là.

Par Dagorwen - Publié dans : Scories plumitives
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Mardi 30 mars 2010 2 30 /03 /Mars /2010 14:43

Il était une fois, dans un pavillon d'or, un belle princesse... il était une fois Kuroneko, ELGL de son état, ou ténébreuse « hime » régnant sur la scène underground tokyoïte du haut de ses dix-sept ans. Charmante poupée à la voix de rayon de lune négligeant pris au piège des perles de rosées dont industrieuse l'araignée orne sa toile entre les branches d'un cerisier par une nuit de printemps, Kuroneko, beauté désirable entre toute, si fragile, si pâle, l'idole de cristal que la lumière crue du soleil ferait voler en éclats, héritière des dames de Heian, ces spectres sublimes hantant de leurs masques blancs l'ombre des palais, masques couvrant une autre ombre: celle bien plus dense de leur totale vanité futile, de leur fascinante vacuité, de leur si précieuse inutilité, Kuroneko, fleurissant au crépuscule sans autre but que tendre le miroir de sa tragique putrescibilité à la beauté même. Divine petite idiote insouciante promenant une mélancolie, qui n'était pour personne autant un mystère que pour elle même, dans l'écrin du Kinkaku-ji.

 

La visite est programmée par le manager de son groupe, les Roses Cruel (en français supposé dans le texte), en tournée à Kyôto. Cet après midi de printemps s'est présenté à Kiyoaki comme le kairos parfait pour que sous les cerisiers en fleur il offre à celui qu'il admire plus que tout son oeuvre dont il est le plus fier: Kuroneko. Sven Thorsen et ses Bersekers ne devraient plus tarder maintenant. C'est sur son invitation que le groupe avant gardiste se produit au Japon et la première fois qu'il lui est donné d'approcher le légendaire guitariste: jamais il n'a osé rêver une musique aussi violente, aussi folle, aussi désespérément virtuose. Le son des Bersekers est l'image du chaos primordial, dissonant, agressif, comme une horde barbare sans chef, sans autre but que le carnage effréné, sans pitié, et au milieu de ce magma perce la guitare de Sven, comme une lame puissante et effilée, comme un hymne dionysiaque à l'ivresse du combat. Une technique prodigieuse dans l'anarchie la plus inextricable des accords, et, enfin, une voix, insupportable de rage, saturée de souffrance, hurlements du supplicié dans l'orgasme sadique du bourreau, la bouche de Sven est la porte de l'Enfer, sa poitrine le berceau du tonnerre, un ouragan cosmique submerge les neurones du public en transe devant cette incarnation scandinave de Susano-o.

 

Alors que Kiyoaki sombre dans les souvenirs du concert dans des caves d'Oslo, une présence le fait revenir à lui: des jardins s'avancent les cinq membres des Bersekers, vision impressionnante s'il en est dans le classicisme nippon le plus achevé que représente ce Pavillon d'Or, leurs cheveux teints flottent derrière eux, leurs épaisses bottes militaires martèlent le sol d'un pas conquérant que les épais bracelets ornés de clous de tapissier qui enserrent leurs avant bras ne contribuent guère à adoucir. Seul Sven a revêtu un yukata anthracite, et ce jeune Baldr, fleuron de la virilité scandinave, dont la teinture noire des cheveux ne fait qu'illuminer le teint parfaitement pâle, rend au vêtement traditionnel une aura martiale perdue.

 

Kiyoaki, en déglutissant avec quelque peine que nous comprendrons sans aucune, de notre côté, vu le choix de son pseudo, du lieu de rencontre et les gants blancs qu'il porte en toute circonstance, contemple tour à tour son oeuvre et son idole. Du haut de ses trente ans, il a introduit le metal et le glam rock dans l'Archipel et peut se réjouir du début de carrière de ces jeunes gens aux crinières multicolores et soigneusement lissées qu'il a inspiré et conseillé. Il sait hélas, qu'aucun d'entre eux n'a le génie ni la force de ces Norvégiens qui viennent d'inaugurer, à grands renforts de bière et de hurlements la branche la plus extrême du genre qu'il tente de promouvoir. Mais si la musique s'est adoucie sous l'ombre du ginkgo, l'esthétique y a beaucoup gagné et l'inspiration s'y est raffinée, donnant naissance à un style unique dont il a toute raison d'être fier. Le style des Roses Cruel est sa dernière création, mariage de la tradition nippone dans la voix de Kuroneko, dans sa sublime fragilité et du romantisme sombre européen dans les costumes qu'il imagine et les textes qu'il écrit pour eux, mais à bientôt dix-huit ans, la jeune fille va perdre la pureté de son timbre et l'innocence de ses grands yeux vides. Il a songé à trancher cette rose d'un coup de sabre, mais l'esthétique (et les ventes) y gagnerait ce que sa carrière y perdrait, et il aime trop ces jeunes chanteurs androgynes et déséquilibrés et peut être plus encore les lycéens vénaux pour renoncer à sa vie présente pour un sublime coup de sabre dans le col immaculé de Kuroneko, il va donc l'accoupler au loup du nord, espérant secrètement, en plus d'être son émissaire là où il ne peut aller, qu'elle mette au monde un fils qui serait, à coup sûr, la Beauté incarnée... Cette pensée l'emplit de terreur religieuse, comment une telle Apparition ne provoquerait-elle pas à coup sûr la fin du monde? Mais aussi du désir impérieux de posséder ce feu divin ayant pris forme d'un jeune homme... après tout, il n'aurait que quarante-cinq ans ans dans quinze ans, et sait, images à l'appui, que quarante-cinq ans est un age idéal pour rayonner de beauté une dernière fois puis mourir (il sait déjà comment, pensez-vous!). C'est donc ici qu'il dit adieu à sa protégée, et à dans quinze ans, sous une autre forme (pensant un peu trop fort, que s'il pouvait revoir Sven en son fils sous une chute d'eau, ça serait vraiment top, mais il ne faut pas dec' avec le destin non plus...).

 

Et c'est ainsi, selon le désir inavoué de Kiyoaki, que tout se passa, et que je passerai sur les pesantes descriptions de leur amour et de leurs premiers mois de vie commune... Kuroneko enregistra quelques morceaux avec les Bersekers, mais heureusement Kiyo n'est plus avec nous pour nous pondre un laïus amphigourique à propos de la voix de Kuroneko telle une aurore boréale au dessus du champ de carnage, du chant cristalin de l'épée vorpale s'abreuvant de sang blablabla... les délires « d'androgyne homosexuel chinois » comme dirait l'autre, ça va deux paragraphes. Sven, quant à lui, râla sur quelques pistes des Roses Cruel, et ouf, on échappe à la séduction du démon, à la beauté du diable et autres fantasmes de notre bon vieux Kiyo... bref, l'un dans l'autre (ce qui est le cas de le dire) les ventes s'envolèrent et de petits groupes underground, voilà nos jeunes gens projetés étoiles du matin du monde gotho-metalleux. Sur ce, voilà-t-y pas que boum, le mur de Berlin tombe, et que découvrent, émerveillés, Sven et Kuroneko? Un magnifique manoir suffisamment désaffecté pour être gothiquement exploitable, mais pas trop tout de même, au milieu d'une friche de ce qui dut être jadis un merveilleux jardin parsemé de diverses pièces d'eau toutes plus baroques les unes que les autres, idéalement squattable en ex-depuis-trois-jours Berlin Est! Voilà une aire rêvée pour nos deux aiglons!

 

Pour célébrer le solstice d'Hiver, Sven avait prévu de (sur)prendre sa princesse: il était allé chasser la loup en Hongrie et en avait capturé 6. Après avoir décrassé méticuleusement un des bassins du jardin (on peut être black métalleux ET pointilleux en matière d'hygiène, surtout lorsqu'on est marié à une Japonaise) s'ouvrant idéalement derrière une grotte artificielle et protégé par une triple rangée de sapin (on peut être déviant ET apprécier une certaine intimité) il les égorgea et emplit le bassin de leur sang, invitant sa chère compagne à l'y rejoindre autour d'une corne d'hydromel. « Yaranaika? » demanda la jeune fille, ses épais cheveux noirs faisant un manteau de ténèbres à la perfection de son corps d'ivoire, son mari s'exécuta et tandis que les « iku ikuuu, yamenaide !!!», éclats lunaires du cristal brisé de sa voix se perdaient dans les échos de la grotte, la neige commença à tomber doucement. « Kiyo aurait a-do-ré » songea Kuroneko-à-la-voix-de-glace, blanche entre la blancheur qui venait consteller la nuit de ses cheveux et celle qui venait de jaillir en elle. En traçant de maladroits kanji de sang sur la peau de son amant, « je voudrais que me naisse une fille » dit elle (ça, Kiyo aurait moins aimé, mais elle ne le savait pas...) « une fille à l'image de cette nuit, aux lèvres noires comme les ailes d'un corbeau, à la peau blanche comme la neige, aux cheveux rouges comme le sang des loups. » Sven se dit qu'il n'aurait jamais du faire boire une corne entière d'hydromel à une Japonaise mais qu'au moins elle n'avait pas pris d'autre métaphore pour le blanc... De peur qu'elle ne se mette à débiter d'autres sornettes, il entreprit de continuer son oeuvre par de nouveaux chemins.

 

Dès qu'elle se sut enceinte, Kuroneko mit un terme à sa carrière musicale pour se concentrer sur tâche peu aisée de « compagne du guitariste et meneur des Berskers » ce qui consistait essentiellement en gestion des stocks de bière, de cocaïne et d'héroïne, ainsi que de l'agenda assez chargé des soirées gotho/punk/fetish/SM comme la capitale mondiale de l'underground en comptait par dizaines chaque soirs en cette époque bénie et, de temps en temps, quelques répétitions et concerts, pour remplir la cave de futs et autres substances. En bonne mère nipponne, soucieuse de la santé de son enfant, elle ne touchait à aucune de ces substances psychotropes à part peut être via les différents fluides corporels de Sven... C'est ainsi que la plus mignonne des petites crevettes pu naître, oui, parce que même la plus belle fille du monde ressemble d'abord à une crevette géante, c'est un fait. La couleur de ses lèvres manqua de lui être fatale: Uhwe, la meilleure amie de Kuroneko, crut qu'elle était déjà morte et se proposa de la rôtir à la broche pour un obscure rituel wiccan. Le poing de Sven, reçu en pleine face et agrémenté de quelques bagues armures, la stoppa net. « Touche pas à ma fille, salope ! » hurla-t-il. La question du nom fut longtemps débattue: ferait on référence à ses lèvres? À ses cheveux? On proposa « roter Schnee », mais Olaf, le batteur borgne des Bersekers qui avait quelque don de prescience, dit que cela serait pris par une talentueuse blogeuse qui était née quelques mois au paravant. « Akayuki » proposa Kuroneko « trop kikoolol, répondit Olaf, on va la prendre pour une Kevina » et personne ne comprit jamais le sens obscur de cet oracle. «Raven? » suggéra Sven « pffff, dans le genre petite princesse goth kitsch, se vengea Uhwe, autant l'appeler tout de suite Mary-Sue, ça va finir en fanfic' ça! » « boooon, alooooors.... » « KRO » beugla Jorg, le bassiste « Kuro? » s'enquérit la mère « Crow! » conclut Sven, « Crowblack! » Uhwe agonisait de rire mais personne ne semblait y prêter attention.

Par Dagorwen - Publié dans : Scories plumitives
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Mardi 30 mars 2010 2 30 /03 /Mars /2010 14:29
Alors que j'ai encore des réponses en retard (ça craaaaint >_<)  me voici à publier un nouvel article et inaugurer un nouvel intercalaire "scories plumitives" regroupant de la prose, de la fiction de la fantaisie , bref, de multiples élucubrations chaotiques sans rapport avec rien...

Voici donc un conte célèbre assaisonée à la sauce Dagorwen, à grands renforts de références obsessionnelles et d'esthétique tricolore( noir/blanc/rouge... et encore, là, ça va, si vous saviez comme ça godwinne dans le chapitre 2)

Je dédie cette modeste fiction écrite dans le seul but de divertir et passer du bon temps (et de semer les refs comme à Pâques l'on sème les eux: partez donc à la chasse!) d'abord à Isabelle, la première à qui elle fut adressée, sous une autre forme et avec d'autres refs, Isa-la-disparue, puis et surtout à Julie aka Blacky-Mage, si ça peut t'inspirer de beaux clichés (sans se faire appréhender par la redoutable Police des Clichés, CR Carmilla von Karstein)!

Pour l'instant il n'y a pas de clefs personnelles, ni dans le second chapitre (ne vous cherchez pas derrière les personnages... enfin, façon de parler, vous avez le droit de leur faire toutes les misères possibles par derrière, bien sûr), mais pour la suite, qui sait....
Par Dagorwen - Publié dans : Scories plumitives
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Vendredi 26 mars 2010 5 26 /03 /Mars /2010 15:05

Si je pouvais pointer du doigt le mal qui me ronge depuis des années, lui projeter le faisceau concentré de mon entendement en pleine face (en brisant une cravache sur ma cuisse pour l'intimider, ce sont des choses qui se font), le réduire, le concentrer, le cerner en un nom, vous pensez bien que je caracolerai fièrement toute à quelque noble quête au lieu d'épancher mes lamentables hypothèses pseudo psychanalytiques en ce lieu, vous infligeant un énième article en mode « racontage de vie »... Cependant, je crois avoir identifié au moins l'une des têtes de l'hydre qui vomit sa bile noire dans mes entrailles, et oui, je vais vous soumettre une vivisection amateur de ladite bébête pour deux raisons:

 

_premièrement parce que j'ai le fol espoir que certaines personnes que j'estime, qui ont donné l'impression de me considérer un peu mieux que la larve qu'ils ignorent que je suis, qui m'ont donc proposé des choses dépassant mes plus folles espérances et auxquelles je n'ai jamais répondu, lisent ce blog et que cet article les concerne directement et leur donnerait la raison de mon comportement qui a sans doute semblé à plus d'un un mélange de négligence, de peu d'intérêt, d'ingratitude et de goujaterie assez extrême,

 

_secondement parce que parlant aux quelques amis auxquels j'ose encore adresser la parole, mon sentiment a souvent eu un certain écho chez eux et que je puis prétendre intéresser plus que moi, je, « elle » « Sadako » et les autres qui se partagent ma conscience, si cela touche ne serait-ce qu'une personne, je serais comblée!

 

 

La bête que nous allons éventrer, vider, fouailler sera nommée « agapophobie » j'ai hésité avec « kairophobie » mais pense qu'il s'agit plus d'une peur panique de la bonté pure à mon égard que du bonheur: je n'ai jamais eu aucun problème à accueillir le bonheur à bras ouverts, surtout s'il vient me trouver dans un moment de solitude (et en Allemagne, j'avoue, ça aide, voir les articles à ce sujet; au Japon aussi, c'est assez puissant dois-je dire... pour cela, il faut lire mon autre blog, mais passons) mais je puis également de bon coeur me laisser posséder par lui au sein d'une foule: dans un pogo, avec des amis partagent un enthousiasme vif etc... le bonheur ne m'est insupportable que lorsqu'il m'est « infligé » par une personne faisant preuve d'un sentiment pur à mon égard. Je veux dire par là que si l'on se montre aimable avec moi en attendant de même ou quelque service en retour, j'accepterai sans aucun problème cette démonstration de bienveillance.

 

 

J'ai d'abord cru que cette peur panique était due à un problème relationnel éprouvé depuis la plus petite enfance, une incapacité à s'intégrer dans un groupe et donc une « bande d'amis » réduite à une horde épique de héros légendaires et un ou deux camarades IRL, que cette solitude et cette habitude prise d'être rejetée pour mes bizarreries de comportement avait provoqué en moi une terreur de toute approche bienveillante. Mais si j'analyse de plus près mon comportement d'enfant, je m'aperçois que c'est précisément le contraire, j'ai souvenir de deux anniversaires, l'un sans doute vers mes 3 ou 4 ans: alors que j'entrai dans le salon, la nappe d'un turquoise noble et profond, des-esseintiens dirais-je aujourd'hui, les assiettes à dessert de porcelaine ornée, mes préférées entre toutes, les roses, le gâteau promettant les délices sombres et puissants du chocolat amer, mon père dans son uniforme d'officier et surtout la musique folklorique qui faisait tout mon bonheur depuis des années m'avaient causé une joie si intense que je n'avais pas pu lui faire face et m'étais réfugiée sous la nappe pour que les ténèbres atténuent l'éblouissement du plaisir. L'autre, pour mes 8 ans, au restaurant de l'hôtel rose du parc Eurodisney, où je trônais en robe rose à smocks de chez Bonpoint au milieu de ma famille. Au loin, un gâteau arrive, escorté par une demi douzaine de garçons et serveuses entonnant un « happy birthday to you » version gospel... ça n'a pas manqué, vlan, sous la table (en grand jupon rose, vous imaginez bien), impossible de m'en faire sortir tant que les jeunes serveurs étaient présents... Cela ressemblerait presque à de la « kairophobie » si je n'avais pas juste avant accepté avec joie les différents plaisirs proposés à une enfant de 8 ans passant un week end à Eurodisney: c'était bien l'amour de ma famille qui m'effrayait à travers sa manifestation matérielle. Je ne pourrais m'avancer à dire que je fuyais l'amitié des jeunes gens de mon âge pour les mêmes raisons, je crois bien plutôt que c'étaient eux qui rejetaient la mienne, ou plutôt moi qui leur en demandait plus qu'il ne pouvaient offrir, ayant une vision « héroïque » de l'amitié des champs de bataille (fortement homoérotique, ce qu'une fillette d'une dizaine d'année ne comprend pas forcément en lisant l'Iliade, mais bon...).

 

Mais passons aux exemples qui se sont présentés à moi, et que j'ai fui, dès que j'ai été en mesure de fournir un travail intéressant d'autres personnes que mon cercle familial le plus étroit. L'un des premiers projets menés couronné de succès qui attira l'attention sur ma petite personne fut un voyage d'étude en août 2005, j'avais alors 16 ans et partais sac au dos pour un mois et demi en Allemagne pour y faire de la reconstitution médiévale, j'ai écrit un mini-mémoire mis en ligne sur un blog... et fus, une fois rentrée en France, dans l'incapacité totale de répondre à mes amis allemands qui m'envoyaient force tutoriels pour m'accompagner dans ma confection de vêtements et armes, qui m'avaient accueilli chez eux et dans leurs troupes de façon totalement désintéressée. Après avoir tout posté sur ce blog, mis en contact un musée berlinois et le magazine Histoire et Images Médiévale ainsi que fourni un travail de traduction franco-allemand, j'oubliai toutes les coordonnées de ce blog, mot de passe et adresse, tout, alors que les messages de sympathie et les offres de collaboration s'accumulaient dans les commentaires... je ne me suis depuis plus jamais investie sur la scène médiéviste...

Depuis, dans d'autres domaines, j'ai travaillé à me faire des contacts importants, exprimé mon admiration à certaines personnes, ce fut à chaque fois le même manège: dès que ces personnes s'intéressent à moi, me témoignent de la sympathie, je perds systématiquement tous mes moyens et me replie dans le silence et la fuite. La chose allant en s'aggravant, je suis désormais paralysée par ne serait-ce qu'un message de sympathie sur un forum alors que la polémique ne me pose aucun problème: il faut me faire violence pour y répondre (la chose étant plus aisée sur un blog où j'ignore souvent tout de ceux qui me laissent d'aimables commentaires). Pire, plus la faveur que l'on me fait est importante, plus la distance hiérarchique qui me sépare de la personne que j'admire, avec laquelle je me suis pourtant efforcée par tous les moyens d'entrer en contact, est grande, moins je puis répondre à son invitation ou lui témoigner ma reconnaissance. Cette phobie s'exerce sur tous les domaines: rencontres fortuites, personnes célèbres que j'ai réussi à approcher, organisateurs d'événements, autorités politiques etc. et me pousse à m'enfermer de plus en plus, terrée dans l'obscurité de ma chambre où sympathie, considération, estime ne peuvent m'atteindre.

 

 

Si j'en suis réduite à ne pouvoir ouvrir les mails que m'envoient des amis japonais, terrifiée par avance par la sympathie qu'ils vont contenir et l'honneur qu'ils me font de me la témoigner; si je contemple avec horreur « 7 nouveaux messages » contenant ceux de personnes dont j'admire l'oeuvre et qui me proposent une collaboration, qui stagnent depuis des mois, accumulant remords, honte et conscience de ma goujaterie qui ne font qu'en interdire encore plus la lecture; si j'ai du disparaître brutalement de trois milieux différents où je commençait à susciter quelque intérêt, la chose est pire encore dans le domaine des sentiments. Certaines personnes me font la faveur immense, du haut de leur expérience, de me témoigner une amitié des plus précieuses, pure, forte et que je chéris plus que tout au monde, et plus mon amitié et mon respect pour elles est grand, moins je peux répondre à leurs messages et sollicitations, plus j'ignore leurs appels, plus je me sens indigne, misérable, honteuse, et moins j'ai le courage de décrocher le téléphone quand s'affiche leur nom, de ne serait-ce que lire le SMS qu'elles m'ont envoyé, et ce cercle infernal me réduit à une terreur pure et simple du téléphone: et si jamais on me voulait du bien! Aaaaaargh, c'est trop épouvantable!

 

Bien sûr, les sentiments que je voudrais leur témoigner bouillonnent sous le couvercle inébranlable de honte, de mépris de soi et viennent paralyser chacun de mes mouvements. Veux-je mettre de l'ordre dans mes affaires « X, Y et Z se font du souci pour toi, ils se demandent sans doute ce que tu as contre eux, pourquoi tu méprises leurs appels, toi qui n'est qu'un chiot face à eux », veux-je faire ma toilette « A, B et C t'ont proposé tel et tel projet, si tu avais répondu, depuis 5 ans, imagine quelles expériences formidables tu aurait vécu, tout t'es offert sur un plateau, et tu ne saisis rien », veux-je me nourrir « souviens toi de Yusuke, petite idiote qui a fuit alors que la situation était plus idéale que dans 15 séries de shojo manga réunies, souviens toi que tu as négligé le garçon dont tu avais toujours rêvé, il y a 3 ans ».

 

J'ignore quelle est la mère de ce monstre, est-ce l'orgueil de ne pouvoir accepter aucune faveur de personne? Est-ce la défiance, faisant paraître douteux tout don gratuit? Est-ce un profond mépris de soi qui me persuade de mon indignité de toute considération et toute affection? N'est-ce pas tout simplement un dramatique manque de courage qui me fait me réfugier dans les ténèbres de la solitude quand je suis éblouie par trop de bienveillance, à la Sunako Nakahara?

Vous qui souffrez de la même « agapophobie », si je trouve quelque épée magique pour décapiter sa trogner immonde, et si personne entre temps n'a trop ouvertement témoigné du plaisir qu'il avait à lire ce blog ou proposé quelque collaboration, m'obligeant ainsi à le fermer volontairement, ou à oublier toutes ses référence dans un gigantesque acte manqué, je vous promet s que je partagerai la chose avec vous! (si vous l'avez déjà trouvée, faites en donc de même par commentaire, ça sera bien bath!)

 

PS: à propos de commentaires, je réponds bientôt...

Par Dagorwen
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Jeudi 25 mars 2010 4 25 /03 /Mars /2010 22:04

Si à nouveau je laisse courir mes doigts crochus et osseux sur le clavier de ma petite bestiole, ça n'est pas, miracle, que votre serviteur en a fini avec sa dépression chronique et progressive et, en un claquement de doigt, s'est transformé en oeillet du Yamato, non, loin de là. C'est que, me repliant depuis de mois, des années, de plus en plus profondément dans les ténèbres fangeuses de ma bile noire, j'ai fini par toucher le fond et entreprendre vaillamment, avec un nekketsu digne de Seiya face à son 82ème escalier de quelques 200 marches de marbre, de creuser ma tombe. Le moment d'y sauter arrivant, je me suis dit que je ne pouvais décemment pas tirer ma révérence sans aller voir l'adaptation burtonienne des aventures de notre loli préférée d'Alice, je me suis donc précipitée non pas au royaume d'Hadès (qui pourtant est plutôt beau gosse, mais il ne perd rien pour attendre) mais dans le terrier du lapin blanc.

 

Mes attentes n'étaient pas bien hautes, certes, c'est Burton, oui, avec LE sujet onirico-obsessivo-symbolico-perv par excellence, mais c'était surtout produit par Disney... Je m'attendais donc surtout à quelque chose de beau, de léché, d'esthétique. Je n'ai pas été déçue, mais alors pas du tout. Ce film est une splendeur! J'espère ne pas me tromper en affirmant avoir reconnu, lors de la scène mondaine, un manoir du Kent où vécut Jane Austen et que j'avais eu le bonheur de visiter il y a bien longtemps, peut être est-ce parce que le parcourant, je me plaisais à imaginer toutes sortes et créatures et précisément le lapin blanc carollien dans les différents jardins ou je crois que le début et la fin du film ont été tournés. L'IRL est beau, mais que dire de Wonderland! Dès que l'on pénètre dans la forêt, bing, les arbres, signés Burton, petit sourire intérieur, aaah cette végétation qui a elle seule recrée tout l'univers onirique et obsessif propre à l'oeuvre originale! Bon, soyons clairs, la 3D n'apporte pas grand chose, on peut s'en passer. Point de vue architectural, les deux châteaux sont beaucoup trop disneyformes, c'est vraiment dommage, mais le génie de Burton parvient à grands renforts d'éclairages à rendre celui de la Reine Rouge semblable à Minas Morgul, et ça claque! D'ailleurs, son espèce de gros zoziau d'attaque m'a fait illico songer aux montures des Nazguls (le cri surtout), et tant que nous sommes dans les oiseaux, le dodo a vraiment une tronche de chocobo! Esthétiquement parlant, j'ai l'impression que le Seigneur des Anneaux est une source d'inspiration assez constante: outre les deux exemples précédents, la scène où la Reine Rouge prend le pouvoir et chasse la Reine Blanche ressemble assez au sac de la Comtée, surtout à cause de l'atmosphère de fête y régnant auparavant, la Reine Blanche fait assez galadriellienne (en plus tarte), mais bon, une dame blanche, aussi, c'était courru d'avance... mais le top du top est la bataille finale! Le duel Alice vs le Jabberwocky (qui en tient une sacré couche dans le genre nazgulien), la ruine sur laquelle ils montent est mont ventesque en diable, et surtout, une guerrière blonde en armure qui zigouille un gros bestiau noir ailé, ça ne vous dit rien, à vous? Mais QUI irait se plaindre de ces références? A noter que pour cette scène, nous (oui, j'ai des amis, je ne vais pas au cinoche toute seule, tout ça...) avons songé à Hilde de Soul Calibur (surtout qu'à un certain moment, le décor faisait VRAIMENT arène!) et saint Michel terrassant le dragon (le moment du coup fatal est très très très épique!!! superbes images!!!) également (pour ma part, j'aime bien voir des créatures à caractère angélique fondre de haut sur leur proie et les achever d'un gros coup d'épée, mais c'est une obsession personnelle...). Et voilà pour l'esthétique, je vous ai déjà spoilé la moitié du film, je vous laisse découvrir le reste.

 

Passons au jeu d'acteurs. Comme on pouvait s'y attendre, Johnny Depp et Helena Bonham Carter se distinguent clairement du reste. Bon, pour Depp, le rôle de fou pervers charismatique n'est pas vraiment une découverte, mais à chaque fois il invente une nouvelle façon de le jouer, donc chapeau bas, c'est le cas de le dire (par contre, la danse à la fin sent son disney à plein nez « tiens, on va mettre un truc super moderne et super anachronique sans rapport avec rien avec une choré inspirée par je ne sais quel danseur/euse de pop de merde qui va faire fureur sur les cours de récré » c'est assez difficilement supportable). Pour ce qui est de miss Bonham Carter, elle est monstrueusement attachante avec son jeu de regards en coulisse, donnant à son rôle toute l'ambiguïté que nous développerons après. Le reste est assez médiocre... Mentions spéciales au chat et à la souris: le Cheshire Cat est vraiment bien fait, adorable, drôle sans être grotesque, séducteur à sa féline manière et la petite souris de la théière qui est une guerrière redoutable est joue souvent le rôle clef dans les batailles est culte!!!

 

Mais le plus grand trait de génie de ce film ne se trouve pas, à mon sens, du côté de la trouvaille esthétique: tout cela est très beau mais très traditionnel, mais bien du côté de l'interprétation tout en subtilité de cette « guerre des deux roses » qu'est la lutte fratricide entre les Reines Blanche et Rouge. C'est là où Burton se montre génial: il n'assène aucune morale mais parsème son oeuvre d'indices parfois assez flagrants pour une conscience adulte mais que les enfants les plus jeunes pourront ignorer pour savourer un film innocent et agréable. Le premier sentiment que j'ai eu fut de la sympathie pour la Reine Rouge, non, pas à cause de ma propention à prendre systématiquement le parti des méchants, mais bien parce que je pense que c'est ainsi qu'a voulu la représenter le réalisateur: vive, excentrique, amoureuse, colérique mais surtout profondément fragile et blessée, et tout cela prend sens dès que nous découvrons la Reine Blanche, magnifique (les goths ne vont plus se tenir, attention magasins des Halles: white is the new black!), séductrice, entourée de fidèles sincères et surtout insupportablement creuse, superficielle, morte! Enfin, cet antagonisme cristalisé lors de la bataille finale m'a arraché un cri: Marie Stuart (aucun rapport avec la guerre des deux roses, n'allez pas tout confondre hein, on dirait encore que c'est de ma faute!) avec Marie Stuart en reine blanche et Elizabeth en reine rouge. Mais développons cet antagonisme et l'étrange choix que fait Alice plus en avant, dans l'ordre où j'en ai pris conscience.

 

La vie et la mort, tout d'abord. C'est d'abord la vie débordante, bouillonnante, de la Reine Rouge qui nous frappe, symbolisée d'abord par sa couleur, mais aussi par son rôle de « dame de coeur »: j'avoue que je peux sembler un peu dingotte de psychoter là dessus en pleine séance de cinéma, mais elle m'a semblé symboliser l'eros, la pulsion de vie, voire même la volonté de puissance nietzschéenne, cette vie, cette passion qui ne va pas sans violence, sans folie (dionysiaque) sans grotesque. Ici, la vie est quelque chose de monstrueux, de séduisant, d'ardent, de fou, de tyrannique, de cruel, une énergie qui fait peur, qui envahit, qui livre bataille, et qu'Alice va fuir, se rangeant du côté de la Reine Blanche, alias Thanatos.

Cet aspect morbide de la Reine Blanche (ou plutôt Dame Blanche?) m'a frappé dès sa première apparition, et cette polarité est toujours plus accentuée alors que le film progresse: elle est la reine de ce qui ne bouge pas, de l'immuable, du sans vie, son palais ne s'appelle-t-il pas Marmoria? Les marbres du tombeau... Elle le dit elle même, en plongeant des doigts de cadavre dans sa potion de sorcière « j'ai laissé à ma soeur le règne sur les êtres vivants » (je ne sais plus si ce sont les mots exacts) on ne peut être plus clair: elle règne, elle, sur l'empire des choses mortes, de la beauté éternellement figée. Sa couleur est un indice: en Asie et dans les cours européennes, le blanc est la couleur du deuil, que ce soit le linceul ou le deuil des reines et princesses, son teint livide, ses lèvres noires en sont un autre, encore plus frappant. Enfin, qui donc est l'antagoniste de la Dame de Coeur si ce n'est la Dame de Pique? Sa gestuelle encore offre un indice: elle ne touche à rien, gardant le mains hautes, sans agir, séduisant pour qu'on agisse à sa place, elle n'a aucune vie.

Nous avons donc une reine de sang face à une reine de glace, la vie dans son tourbillon monstreux, l'eros comme un grand bébé capricieux face à la mort dans sa beauté figée, thanatos comme une idole fascinante. Et c'est là que Burton est à la fois subversif au sein d'un film Disney (faut le faire! Chapeau, bis!) et colle à ma, à notre génération (bon, ok, si je me mets à faire le portrait de « notre génération » comme ayant perdu son énergie vitale, refusant toute tension et n'aspirant qu'au calme dans le froid giron de notre mère la Mort, comme coupée de la racine bouillante et combative de la vie, alors que moi même m'abîme néo-romantiquement dans la contemplation de Thanatos avant de faire des pompes en fundoshi sur du Wagner, je vais me faire arrêter par la police nippone des gros clichés bien massifs avant même d'avoir eu le temps de me faire seppuku, ça serait con ça...(je rêve ou j'ai écrit « gros cliché bien massif » haha, t'as vu comme il est bien massif, mon gros cliché? Bon, j'arrête...)) car c'est bien la Dame Blanche qu'Alice décide de servir, plutôt qu'une Reine Rouge effrayante d'énergie. La beauté, la distinction, le doux apaisement dans les bras cadavériques de la Dame de Pique, tel est le choix d'Alice...

 

J'y ai ensuite vu un aspect historique, comme un jugement, plus moral cette fois, contre la diabolisation de l'ennemi et le manichéisme en général. En effet, si l'on juge leur situation d'un oeil extérieur, aucune des deux reines n'est préférable à l'autre: l'une a exclu l'autre de l'affection de ses parents, a séduit tous ses soutiens pour les attirer dans son camp, et entends bien priver sa soeur aînée, régnant donc de plein droit, de son pouvoir, l'autre s'accroche à sa couronne par la tyrannie la plus odieuse, fait régner la terreur pour se donner l'illusion d'une popularité. Lors de la scène finale, le désespoir de la Reine Rouge, sa souffrance est flagrante (elle est la seule des deux qui puisse souffrir et aimer, elle donne amour et terreur, la Dame Blanche elle, ne donne rien, elle prend, encore une pierre pour le dualisme eros/thanatos) alors qu'elle perd tout, face au tyran haï enfin terrassé, la Reine Blanche se donne le luxe de la magnanimité, pas d'exécution physique, mais la condamnation morale, la diabolisation. Cela m'a étonnamment rappelé le « vae victis » des Américains lors de la seconde guerre mondiale et des toutes celles qu'ils ont mené par la suite (guerre froide, Vietnam, Golfe, Afghanistan, Irak...): non, nous ne vous exterminerons pas, nous sommes tellement au dessus de ça, nous allons démocratiquement nous offrir le luxe d'à la place de D.ieu, que naturellement, nous représentons, vous condamner, démons, à l'enfer de l'infréquentabilité morale. C'est sans doute une interprétation très personnelle, mais il n'est pas entièrement absurde que Burton ait voulu donner une pichenette au manichéisme américain, le faire, si telle est réellement son intention, dans un film Disney, c'est du génie pur!

 

Je ne me relis parce que j'ai l'impression qu'avec mes élucubrations, je pourrais concurrencer sévèrement le Chapelier Fou ^^ on garde toutes les phôtes d'aurtohgrafe, ça fait plus authentique... A je ne sais pas trop quand mes petites chauves-souris, si je suis encore de ce monde!

 

PS: ayant posté cet article sur FesseBouc, une amie m'a répondu grâce à un élément de critique particulièrement pertinant, non pas historiquement mais politiquement, à propos du machiavélisme politique de la Reine Blanche et de la possible analyse dictature vs démocratie... il faudra que je lui demande la permission avant de reproduire ici ses propos, et en attendant, bien que cela soit peu compréhensible en l'absence de son analyse, voici ma réponse:

 

 "j'aime beaucoup l'idée de complémentarité entre les comportements d'Alice avec les deux reines, le trop plein et le trop vide! Si on va dans le machiavélisme, ne pourrait-on pas dire qu'Alice n'est pas plus libre chez la Reine Blanche? Cette dernière fait mine de la laisser seule maîtresse de ses actes (avec une voix qui pue l'hypocrisie) tandis que la pression non dite ne lui laisse qu'un choix: zigouiller cette putain de bestiole, elle ne pouvait rien faire d'autre sous peine de se prendre la sanction morale de tout le monde en pleine poire. C'est pour ça que j'aime bcp ton analyse démocratie/dictature que je n'avais pas poussé à ce point (j'étais restée coincée dans la vision historique): la dictature t'impose ta passivité par la violence, la "démocratie" t'impose ton action par le "politiquement correct" qui est cette pression muette liée à la "sanction morale"... c'est assez désespérant, en effet..."

 

Par Dagorwen - Publié dans : sur l'écran blanc de mes jours noirs
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Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 02:48
comme promis, je détaille un peu plus les Rencontre d'Aubrac! (soit dit en passant, je mets un peu à jour les réponses aux commentaires...)

"Cette année, la Saison culturelle de la Turquie en France et la commémoration du cinquantenaire de la mort de Boris Vian seront au coeur de notre manifestation."
ne vous inquiétez pas pour la Turquie, ça n'est pas si vrai, bon, bien évidemment je conchie cette Saison,  qu'ils rendent Constantinople aux Grecs et on en reparlera, non mais! pour Boris Vian, par contre, ça promet d'être fendard!!!

Le colloque va s'ouvrir sur une anthologie absurde de brèves de tribunaux et autres joyeusetés (oui, j'avais oublié de le signaler, le thème du colloque, cette année, est l'absurde!!! comme ça l'est déjà très souvent, cela promet d'être le chaos le plus fou, tel que les Banshees warhammeriennes vont avoir l'air de carmélites!!!)
Francis Cransac (ZE boss, le créateur des Rencontres, il roxxx, mais je vous l'avais déjà dit il y a deux ans!) tiendra un dicours inaugural "éloge de rien dédié à personne" c'est ne rien taire.. j'adhère!
Puis Claude Gaignebet entrera en scène, Gaignebet... l'icône des Rencontres à mon humble avis!!! ses conférences sont des fractales de détails liés les uns aux autres par des cheveux de fées, c'est très très intéressant mais surtout complètement fou... je n'ose imaginer Gaignebet déchaîné sur l'absurde... si ça se trouve il va nous faire qqc d'académique en 27 points par pure provoc'!!! L'avantage non négligeable de Gaignebet est la "belle dame" qui l'accompagne, icône n2 des Rencontres, si vous la voyez, vous saurez ce qu'est la Beauté, éblouissante de ténèbres, la Morticia Adams d'Aubrac!
Cette année, j'ai un frère orthodoxe dans la place,  yeeeehah!!! Matei Visniec nous parlera de la "Resistance en Absurdie" et Dieu sait si les Roumains en ont développé, de l'humour absurde, pour supporter le "génie des Carpates"... en espérant qu'il y aura de la tsuika... ^^
La classe ultime: Ronald Perlwitz pour une conf sur Hoffmann, alors là, là, je suis au Paradis de la Salamandre, perdue dans l'exaltation fascinée des yeux émraudes vipérins, Hoffmann!!! après Novalis, l'auteur qui fait le plus vibre mon âme!!!
Bizarre, Dido Lykoudis, merveilleuse comédienne GRECQUE va nous lire des contes TURCS, wtf???
Oh, et puis zut, je n'en puis plus, si je vous dit tout, je vais mourir d'exaltation (comme une Claymore) avant la fin, donc allez voir vous même, mais il va y avoir du médiéval, du Lewis Caroll, du Huysmans (OMG!!!!), du Vian, du Rabelais (comme d'hab  ^ ^) du Borges, du nippon... aaargh!!!
si vous êtes libres, vous n'avez PAS LE DROIT de ne pas venir!!! (et en plus j'y serai, comme dirait George, what else? ^^)
Par Dagorwen
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Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /Juil /2009 02:18
Oh, tiens, une revenante direz-vous!!!! Eh oui, je vous ai lamentablement délaissé durant de looooongs mois où je n'ai... RIEN fait sinon gagner BEAUCOUP d'XP IRL... bon côté de la chose, j'ai enfin une idée un peu moins étriquée de la profondeur et de la diversité des émotions humaines (je ne sais pas si c'est vraiment un bon côté, mon armure de glace était encore moins lourde à porter, mais il me semble que toute expérience est bonne et enrichissante, et de toute façon, ça se vérifie: plus on a d XP plus on level...)

Breeeef, assez parlé de ma vie, je vous écrit pour deux choses:
_ si le Japon vous intéresse, cela fait trois semaines que j'y suis et y ai consacré un blog: www.shuradoo.over-blog.com je reviens vers le 11 août
_mais surtout, l'évènement majeur de l'été, ZE intellectual place to be là où tout se passe, où l'on entend lesconférences les plus déjantées et les plus intéressantes, où l'on rencontre des érudits qui n'ont d'autre désir que de partager leur passion, où l'on converse avec de nobles défenseurs de causes perdues, où l'on se baigne en culotte dans les lacs avant de tomber (de Charybde en Scilla) sur un groupe de Saoudiens ou sur un universitaire japonais (là, on a eu le temps de remettre sa robe à fleurs, mouillée, donc transparente, top kawai et surtout mega etchi)... bref, comme chaque année, mes petits loups, se tiennent les...
                                          RENCONTRES D AUBRAC!!!!! (c'est pour cela que j'ai choisi ce titre, hommage à Xavier Laurent Salvador, le geek qui nous fait toujours des confs PASSIONANTES mais surtout pretextes à parler de bon gros films de SF)
du 20 au 23 Août inclus, je ne saurais assez vous les recommander: d'une, le lieu, bien que paumé (mais c'est justement ce qui le préserve et fait sa fière et farouche pureté) est d'une rare beauté: de sombres forêts, des paysages de steppe, la Petite Mongolie de France si l'on veut (il y a même des ger d'ailleurs ^^ merci Mme Painvin (attendez, ça n'est pas n'importe qui: Madame Tartine et Chocolat s'est installée au Pays tout de même) ), une rudesse féerique qui regorge d'histoires de sorcières, de diables, d'anciens dieux des lacs oubliés... l'Aubrac!!!! (ceux qui voient dans cette envolée un patriotisme hautement subjectif ne sont que de petites gens mesquines, na!)
de deux, la qualité EXCEPTIONNELLE des intervenants: sans dec, ils viennent d'Hiroshima, d'Abu Dahbi, ce sont les plus grands spécialistes de la Sorbonne (Zink était présent l'année dernière je crois!!! c'est dire) bref, le niveau intellectuel troue la couche d'ozone!!!!

alors deux liens: la présentation générale
http://rencontresaubrac.free.fr/
et le programme
http://rencontresaubrac.free.fr/prog09.html

voilà,  je rentrerai dans les détails (les pauvres) dans un prochain article, mais là, j'ai beaucoup à faire!!! (suis au Japon, n'oublions pas)

PS: j'aime les stats (et Lestat aussi... au risque de faire gotho pouffe)
et je salue ceux qui sont tombés sur ces pages en goghoulant
"fesse moi avec une pelle" (le célèbre magazine ^^)
 "latex fessé" (ben voyons... penser au lait bleu après pour l'entretenir, en vente chez Démonia)
 "mode fille punk SM cuir" (je vois le genre...)
"elektrochoc soirée caves" (non, Elektrochoc, c'est le nom de ladite soirée, n'ayez pas peur... et oui, je devais écrire dessus, bon... passons)
"videos femme soumise piercings génitaux et mamaires" (là, ça commence à faire très "les deux minutes du peuple")
"photo filles enchaînées collier Moyen Age" (tsss, spèce de gothique anglais du XVIIIeme va!)
"pute torturée en talons aiguilles et menottée" (OMG....) et j'en passe et des pires

on a aussi les traditionnels trucs sur le suicide (toujours autant de succès mes vieux articles)
"la pendaison est elle douloureuse" OUI, et heureusement d'ailleurs! (j'ai testé pour vous, rha, que ne ferais-je pas ^^)
"réussir sa pendaison" (on éspère qu'il s'agissait de la crémaillère)

et du grnd comique
"piratesse poulailler" ?euh?
"danse des fesses noires"... dans les forêts du Soudan on entend...
"teutonne video" WTF?
"photos de vieux travestis dépravés" j'aime la formulation!!!!!
"images de cyber sorcières" certes, certes, racontez moi tout...

Par Dagorwen
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