roter Schnee
Si la maternité physique est quelque chose qui me dégoûte profondément, la filiation intellectuelle,
culturelle, spirituelle est à mes yeux une des choses les plus sacrées et les plus importantes de la Cité des Hommes (et de celle de D.ieu sans doute aussi, vu que nous en sommes supposément tous
fils). J’étais donc en train de fulminer contre le grave manquement au devoir filial de la Communauté Européenne envers notre mère la Grèce via statut Fesse Bouc quand je me suis dit que cette
question méritait amplement un article en ce cyber-lieu.
Les réseaux sociaux ont vrombi jusqu’à l’assourdissement pendant des mois à propos de la campagne
présidentielle, jusqu’à atteindre une lamentable hystérie évoquant irrésistiblement la guerre de tous contre tous (non pas que Nico Ier ou François II aient l’un ou l’autre une carrure de
Leviathan, à la différence de ma mère, mais là n’est pas la question…) à grands coups de « tous ceux qui sont indifférents à la montée du FB retirez vous de mes contacts , je suis
tolérant môa » et de « bêlez bande de centristes, nous on s’entraîne au combat de rue pour l’heure de l’Invasion »… du très très haut niveau, donc. Et puis soudain, le
silence, plus une vague, rien… à croire que chacun avait épuisé sa jauge d’ « éloquence républicaine ». Et pendant ce temps, quelques chèvres éparses sur du marbre… un parti avec
un nom tellement WTF qu’on se demande s’il invoquent les Grands Anciens, avec leurs bras tendus… des agences de notation qui se permettent de juger, de condamner un pays, et quel pays… et tous
les autres membres qui lui tombent à bras raccourcis sur le coin de la figure, tels un chapiteau ionien sur le jeune archéologue en bois brut. Et l’on entend (dans les champs, lalala les
éléphants et l’on entend, dans les près, lalala les chimpanzés … ah, non, c’est un autre air, zut) les média évoquer une sortie de la zone euro… et l’on se dit que l’on rêve, que l’on
cauchemarde, qu’on va nous réveiller à coups de Bailly et reprendre une activité normale… mais non, c’est bien vrai : l’Europe accuse la Grèce, l’Europe veut ostraciser (lol) la Grèce,
l’Europe humilie la Grèce !... et tout le monde s’en balance joyeusement, hahaha…
Pendant ce temps les étudiants studieux repassent leurs thèmes et versions pour l’agreg de lettres
classiques… tout va très bien, Madame la marquise… pendant ce temps l’Etat français fait des recettes grâce au musée du Louvre, l’Etat allemand voit les touristes remplir les caisses des Insel
Museen (dont le Pergamon), on cause par ici et par là de « démocratie » et surtout d’ « économie »… et personne ne semble trouver ça un peu bizarre… Un peu bizarre que
l’Allemagne, pays à la culture philhellène des plus remarquables, à travers ses archéologues, ses philosophes, ses poètes romantiques, soit la première à crier haro sur la mule, un peu bizarre
que pas un directeur de musée ne songe à donner (non, pas prêter, DONNER) tous ses bénéfices pendant au moins un an à la principale pourvoyeuse d’antiquités joyeusement pillées (mais qui, disons
ce qui est, se trouvent bien mieux administrées sous une direction française ou germanique que grecque), un peu bizarre que des « économistes européens » jugent la Grèce comme un pays
mineur… Wait wait wait, les cocos, « économie » « economy » « Ökonomie » (ok, je triche, parce qu’on emploie Wirtschaft en fait…) vous savez ce que ça veut
dire ? d’où ça vient ? et puis « démocratie » aussi, tiens… et « écologie » dont on parle aussi beaucoup, même si pas assez… Et surtout « Europe »…
coucou les béotiens, vous envisagez vraiment une « Europe » une « zone euro » sans la Grèce ? mais changez ne nom alors, bande de truffes ! ça ne me dérange pas du
tout que cette alliance jadis nommée « Europe » devienne le « Septentrioccident », le « Saint Empire Romain Celto Germanique » ou même « l’Union
Occidentale » (parce que « Empire d’Occident », ok ça fera plaisir aux mânes de Charlemagne, mais ça risque de mal passer… ), mais du haut de mon mètre 73, de mes 23 ans et de mon
insignifiance quasi-totale, j’aimerais bien, si ça n’est pas trop demander, qu’on évite d’utiliser des mythes grecs si on doit en exclure la Grèce… c’est un peu moche…
Alors oui, oui on peut le dire, même si ce sont eux qui ont inventé le concept, (comme 70% des concepts,
des mythes, de ce qui fait notre identité occidentale (spéciale dédicace aux fils de Tzeentch des agences de notations ricaines qui je suis SURE sont passés par les fraternités et sororités du
« système grec » : c’est bien beau de se murger la gueule entre « kappa sigma » et « delta gamma » mais encore faudrait il ne pas oublier ça quand on condamne
le pays dont on s’est inspiré pour faire la fête pendant des années !) ) les Grecs sont de grosses buses en économie ! En finances, je ne dis pas, tant que l’Etat ne s’en mêle pas trop
(voir : commerçants grecs, armateurs grecs, magouilleurs grecs pètés de thunes) mais en économie nationale, zéro pointé depuis toujours, sur toute la ligne… Oui, Achille, Ulysse, Médée,
Bilitis et Zorba ce ne sont pas vraiment des profs d’éco, mais l’Europe est-elle une alliance uniquement économique ? dans ce cas hop, remplaçons les Grecs par des Chinois, les Italiens par
des Japonais et les Espagnols par des Etats-Uniens, c’est la fête, on va dominer le monde LIKE A BOSS ! Vivons nous, non, je reformule, voulons nous vivre dans un monde dont la seule valeur
est financière ? Je ne développerai pas, je vous laisse réfléchir à la question, à votre vision de l’Europe…
Sur FB, comme j’ai des camarades qui sont moins des buses que les Grecs et moi en économie, on m’a fait
remarquer que la Grèce ne s’en sortirait jamais si elle reste dans la zone euro… peut être, peut être aussi est-ce le rôle de ses fils et de ses filles, de toutes ces nations dont les rois jadis
ont essayé de se prévaloir d’une ascendance grecque, dont les musées s’enorgueillissent d’antiquités grecques, dont la langue et les structures mentales sont pour une grande partie issues de la
Grèce du Veme siècle (avant) de venir en aide à notre vieille mère qui déraille un peu : elle nous a élevés, à nous de la secourir dans ses vieux jours non ? par des dons, pas par des
prêts, encore une fois, et si ça nous semble un trop grand sacrifice, essayons pour une seule journée de ne pas prononcer un seul mot d’origine grecque, de ne pas porter les yeux sur une seule
œuvre d’art inspirée de l’art grec, de ne pas penser à l’aide d’un seul concept hérité de la philosophie grecque… Je n’ai pas de solution économique, je ne suis pas une économiste, je suis juste
une lettreuse un peu esthète qui tolère très mal que la Grèce soit regardée de haut, soit méprisée par ses enfants qui ont oublié qu’ils l’étaient.
Pour finir, je déplore que les réseaux philhellène fonctionnent si mal, à l’heure de Fesse Bouc, de twitter : les mouvements de soutien, les manifestations, les hommages devraient se répandre de la khâgne lyonnaise du Lycée du Parc à l’athénien symbole, à la Sorbonne, de Louis le Grand à Normale, du CNRS aux divers musées… je ne suis rien, je n’ai aucune influence mais j’ai connu dans ma scolarité de grands professeurs, si l’un d’entre eux pouvait lancer un mouvement, même symbolique, même sentimental, pour faire savoir aux Grecs et à la Grèce que nous l’aimons, que nous ne l’oublions pas, que malgré ce que nos gouvernements lui font subir, nous serons toujours ses filles et ses fils.
Dans un précedent article j'évoquais ma librairie parisienne préférée, il est largement temps de vous présenter ce havre
d'étrange et de fantastique aussi bien que de chaleur et de vitalité.
Imaginez une librairie ésotérique mais pas salle, vieille, douteuse avec des tenanciers aussi déssechés que leurs bouquins et
aimables comme des Cerbères, persuadés qu'ils sont de garder les portes des Enfers (non, je ne vise pas du tout celles du quartier latin en général et de la rue saint Jacques en particulier,
c'est une illusion!); une librairie fantastique/fantasy qui n'est pas un repère de geeks honteux sans vie sociale mais au contraire court, bondit, danse d'évènement en évènement, invitant sans
relâche des auteurs, organisant mois après mois des expositions; une librairie érotique ouverte, saine, propre dans laquelle n'errent pas de vieux libidineux en impers miteux; une librairie; une
librairie qui propose autant des ouvrages savants et pointus que des artbooks, des goodies, des bijoux... une librairie qui rassemble ce que la "folle du logis" à produit de mieux, de l'horreur
au steampunk, de la fantasy à la SF, du vampirisme à l'érostisme, de l'esotérisme au symbolisme; une librairie, enfin, animée par la libraire la plus passionnée, la plus efficace, la plus
chaleureuse, la plus entreprenante de tous les libraires: Taly.
Taly fait vivre sa librairie comme on développe, comme on entretient un rêve: à généreuses doses de bonne humeur, de conseils
avisés, d'art de l'accueil, d'humour et d'auto-dérision, de critiques franches et d'avis personnels sur chaque livre qu'elle vent, de connaissance érudite des sujets qu'elle présente. Elle est
impliquée dans, et fait vivre, toutes les communautés de fans qui peuvent se reconnaître dans ses livres: rôlistes, geeks, passionnés de vampire, steampunks, wiccans et autres néo-paiens,
gothiques, amateurs de grande littérature comme de "bit lit'" et c'est ainsi que nous nous retrouvons si souvent autour d'un goûter, d'un thé dans son antre, si bien nommée l'"Antre Monde", ce
rêve devenu réalité il y a un peu plus d'un an.
Le lieu même est idéal: métro Père Lachaise, à côté du célèbre cimetière pour lequel Taly organise de temps en temps des
visites guidées sur des thèmes comme l'ésotérisme ou le romantisme sombre, au 142 rue du Chemin Vert. Et les lieux virtuels sont parmi les mieux tenus qui soient en termes de clarté, de mise à
jour quotidienne, de rapidité des réponses:
la page FB http://www.facebook.com/pages/Librairie-L-Antre-Monde/176436635710636
le site http://www.antremonde.com/
Alors oui, il y a sans doute une Fnac, un Virgin, un Gibert plus près de chez vous, oui ça sera sans doute 1 euro ou 2 plus
cher que sur Amazon, mais c'est tellement dérisoire par rapport au bonheur de soutenir la librairie indépendante, de faire partie du cercle des clients qui sont comme une grande famille, d'y
prendre ses habitudes, de se laisser conseiller par une libraire qui cernera très vite vos goûts, d'autant plus vite qu'elle les partage la plupart du temps!
Vous recherchez un livre qu'elle n'a pas? en VO? un livre rare? elle vous le commande sur le champ et vous avertit par mail de la réception, comme dans les grandes surfaces citées plus haut, sauf
qu'il y a plus de chances qu'elle l'ait en stock que les grosses librairies mainstream, et que vous aurez la joie de goûter à sa conversation, non l'ennui de faire face à un employé epuisé par
une direction tyranique (lisez les témoignages à propos de la Fnac!).
Oui, certaines oeuvres présentées vous feront sourire, voir glousser (surtout si comme moi vous ne supportez par Victoria
Frances et ses vampires chlorotiques ou les sempiternels goodies de Mr Jack) mais pour pouvoir organiser tous ces beaux évènements, pour pouvoir promouvoir de jeunes écrivains et artistes, des
éditeurs indépendants et quasi inconnus, figurez vous qu'à un moment, il faut gagner de l'argent et que cela passe par ce qui, hélas, se vend, à savoir Toilettes, Frances, Mr Jack et quelques
andouilleries-ésotérico-new age... MAIS contrairement aux usines de la consomation "culturelle", ces choses ne sont pas placées en tête de gondole pour attirer le médiocre, non, elles sont là si
on les demandes (ce qui est, malheureusement pour le goût de nos contemporains, heureusement pour l'Antre Monde, le cas) mais c'est tout, et la libraire est la première à en rire ou à considérer
d'un oeil indulgeant et plein d'espoir leurs acheteurs (qui sait, peut être leur curiosité sera-t-elle éveillée par les autres oeuvres présentes...).
N'hésitez donc pas, amis parisiens, à pousser la porte de l'Antre Monde, que vous soyez venus pour acheter, pour découvrir, cherchant un livre ou simplement un peu de bonne humeur et de joie de vivre !
C'est pour ça que, hop, j'ai peur de rien, je viens de me lancer l'idée folle de tenir un blog BD (parce qu'entre les
costumes fantaisistes, la reconstitution med, la lecture, les figurines, le dessin, l'écriture, ce blog ci, les photos... j'avais tout à fait la place de me caser un nouveau projet, mais oui,
mais bien sûr, tout à fait, on y croit!).
Le truc hypra conceptuel, d'ailleurs, c'est que je veux faire un blog BD... sans savoir dessiner, haha, la bonne blague! Non, pas comme la "bande pas dessinée" (hey, y'a déjà du boulot de
graphisme, c'est pas rien!) ni l'"actu en patates" ni aucun des styles cartoon ou SD que des gens qui maîtrisent hyper super bien le dessin classique adoptent génialement en deux coups de crayon
instinctifs, non, juste le truc maladroit de la fille qui essaie de s'appliquer et qui réussit à foirer du style crobard >_<"...
Enfin bon, j'ose espérer que les idées viendront au secour du crayon défaillant.
Mais assez de blabla, c'est ici que ça se passe: lafetedufundoshi.canalblog.com
Un autre titre aurait pu être « Comment une vampire lesbienne à la tête d’une armée de vierges cultistes poutre des nazis phallocrates de l’enfer pour sauver le Corps de la Femme et réveiller Kali la sanguinaire », mais vous me connaissez, je ne donne pas dans le racolage facile (huhuhu) (et là je n’ose même plus imaginer les expressions que je vais trouver dans mes prochaines statistiques de « shit people wrote on goghoule to find your blog »). Mais j’ai pris la résolution de faire dans le court et efficace (haha, t'as qu'à croire...), donc on y va pour les infos : il s’agit du roman d’Ursula Del Aguila (comme je venais de faire des recherches sur l’héraldique espagnole, j’ai d’abord pensé à une alliance de l’ourse madrilène et de l’aigle royal mais j’ai l’impression qu’il faut plutôt chercher du côté andalou, et d’ailleurs ça m’a fait penser que l’aigle est un symbole héraldique FEMININ, c’est UNE aigle, et que l’un dans l’autre (façon de parler) c’était rudement chouette (peut être héraclitéenne, vous verrez plus tard) d’être la petite ourse de l’aigle royale) Drucila, Solitude d’une Prédatrice, aux éditions des Vierges Ténébreuses.
J’avais vaguement survolé un article dans La Dixième Muse il y a des mois de cela et après avoir tilté au nom de la maison d’édition (si vous suivez un peu, ici, vous savez que c’est à peu près tout ce que j’aime, les vierges ténébreuses (et guerrières (et sanguinaires) ) ) j’étais passée à autre chose; ah oui, c’était quand je lisais Gigola de Laure Charpentier, c’est pour ça (et je devais aussi vous en parler, et je ne l’ai pas fait… je crains…).
Donc me voici chez Les Mots A La Bouche, la librairie LGBT du Marais. Ils l’auront forcément, me dis-je (me dis-je après avoir regardé sur le site de ma librairie fantastico-ésotérico-érotique préférée, dont je vous parlerai une prochaine fois si un vol de mouche ne vient pas me distraire entre temps, et vu qu’il n’y était pas (et je n’avais pas le temps de le commander) )… que nenni ! le vendeur ne connaissait même pas… c’est bien de voir que la communauté gay se tient à l’affut de l’actualité (enfin ça fait bientôt un ans, quand même, les poulets…) lesbienne, je dis ça, je dis rien… (et ça n’est pas la faute du vendeur, qui a fait de son mieux et semblait réellement désolé de ne jamais en avoir eu trace sur son ordi). Du coup « voile sur les filles » comme dirait notre baigneur électrique national, je vais chez Violette and co, où j'étais sûre de le trouver, mais bon, la rue de Charonne, même ensoleillée, c’est moins bien que le Marais… Et bingo, il y était !
J’avais peur, je dois l’avouer, d’une énième histoire de vampire qui se prend au sérieux avec ses affres romantiques et ses
violons et ses feuilles d’automne à la ( 7 fois maudite) Victoria Frances (un jour j’écrirai pourquoi je hais Frances, si un vol de pétaures ne vient pas me distraire), la couverture m’a
rassurée : références à la Hammer et aux séries B dans l’image et la police, tout va bien, on va s’amuser…
Et en effet, on s’est amusée ! Imaginez un livre écrit comme un film de Tarantino, pas le style (parce que tonton
Quentin n’est pas du genre à mettre du subjonctif imparfait dans ses scénars) mais le fond : un hommage constant aux films de série B, au « genre » (ici le vampirique, le
fantastique gothique, l’horreur), des références à tous les topoi, tout le temps, et le tout avec un humour pas trop marqué mais pourtant sensible, une prise de recul par rapport à ce genre, une
ironie jankelevienne donc (je suis une grosse snob, mais en fait pas tant que ça parce que c’est un peu le propos, la philo, en fait). Et outre ces références constantes aux œuvres
fantastico-gothico-vampirique, un sous texte tissé des références philosophiques et psychanalytiques, et un style à la fois soutenu et léger, comme une conversation badine qui effleure le sublime
des grands archétypes sans trop s’y appesantir parce que nous sommes entre gens bien, que diable, pas chez les étudiantes wagnéro nietzschéennes exaltées qui tonitruent sur des blogs à la con. Et
une pincée de feuilleton lesbien à la The L word, avec crises et larmes… Vous mélangez le tout avec la joie et l’amusement que l’on sent que l’auteur à éprouvées en écrivant, et ça donne, tenez
vous bien :
_ une vampiresse très gentleman victorien, qui règne en suzeraine sur des terres peuplées exclusivement de femmes, en
Valachie évidemment, avec un couple de domestiques adorables (dont un homme, si si, y’en a un qui a survécu (en fait y’en a trois en tout) ) qui fait de la polenta et de la tsuika maison (oui,
c’est rigolo, du coup quand on lit ça en connaissant un peu la Roumanie, on a des images relativement vivaces en tête), dans le château réglementaire, avec les richesses réglementaires et le bon
goût réglementaire, avec la crypte-à-touzes réglementaire, le labo d’alchimiste avec la verrerie démente qui va bien et le souterrain réglementaire qui conduit au village de femmes. Flottant
entre désir charnel et mélancolie, comme il est réglementaire pour tout vampire qui se respecte, et qui en plus pense en termes heideggeriens d’ « être-vampire » (au monde, on
suppose) et d’ « être-fantôme » (das Vampyrsein ! yay ! meilleur concept de l’année, je le dis haut et fort !).
_ un village de femmes avec plein de vierges cultistes liées au sang à Drucila (oui alors j’ai cherché partout l’étymologie
de ce prénom, je suis sûre qu’il a une signification particulière, mais je n’ai rien trouvé et reste frustrée), qui organisent des cérémonies/touzes dans une salle souterraine (forcément) pourvue
d’une salle d’eau qu’on imagine un tantinet hammamesque (forcément bis)
_une femme fantôme, image de la féminité conquérante, qui est liée à Kali (le démon ou la déesse), qui est aussi un peu la
fille de notre Vlad national (enfin disons que son daron lui ressemble pas mal (à Vlad), et que c’est un chevalier nécromant (ou mage noir, vrajitor quoi)) avec aussi du sang andalou par sa mère,
histoire de… et qui est surtout l’allégorie de la Feminité, du Corps de la Femme, nié et opprimé à travers les siècles par le patriarcat jusqu’à en faire un spectre, femme humiliée mais aussi
complice (on ne peut que penser aux femmes qui partout dans le monde véhiculent des schémas phallocrates, dans l’éducation de leurs enfants, dans leur politique entrepreneuriale, en pratiquant
l’excision ou d’autres choses aussi atroces). En outre elle a un petit côté Claudia dans Requiem et Camilla dans Rapaces, avec une mentalité très XVIIeme, baroque (enfin je me l’imagine ainsi, vêtue de carmin, comme la mère de Drago et Camilla dans le tome 1 de
Rapaces)
_ l’odieux complot phallocrate (bouuuuuh !) incarné par des mânes (cf vos cours de latin en 5eme, hey, n00bs !)
nazis (enfin pas au sens propre, mais avec des longs manteaux noirs en cuir et qui gueulent et qui font des camps militaires et de concentration et y’en a même un qui s’appelle Klaus, dis
donc !) qui en fait sont des allégories putrides et moisies (au sens propre) de la haine de l’Autre, soit de la femme dans un contexte patriarcal où le genre féminin est
« l’Autre » mais aussi de tout étrangeté, raciale, religieuse, comportementale, d’où l’apparence de gros nazis, en bref
_ une sorte d’initiation sexuelle par une dryade (enfin c’est ultra rapide mais c’est ce que j’ai compris)
_une louve garou qui roussit quand elle meurt et blanchit quand elle va mieux (ou alors avant c’était une renarde garou qui
devient louve, je sais pas trop, je sens qu’il y a une référence là-dessous mais je ne l’ai pas trouvée)
_ une vieille magicienne tzigane qui fait des elixirs de féminité de façon très hoffmannienne (les Elixirs du Diable, tout ça…), quelque part entre Süskind (extraire une essence de féminité) et des pouvoirs de magical girls (« par le pouvoir des
phéromones féminins, viles mânes phallocrates, je vais vous puniiiiir ! ») et qui tue des mandragores mais alors sans AUCUN scrupule ! (je m’indigne, soit dit en passant, du sort
réservé à ces pauvres créatures végétales ! mince ! c’est un génocide des plus honteux et personne ne dit rien !) et en plus leur cri n’est même pas mortel… pour Drucila, je veux
bien, c’est une vampire, mais normalement, la vieille tzigane aurait du se mettre de la cire dans les oreilles pour survivre (ceci dit elle le fait peut être mais ça n’est pas raconté, c’est
possible)
_ et, last but not least dans ma liste non exhaustive de ce que vous découvrirez dans ce livre (je ne vais quand même pas
vous gâcher le plaisir de la découverte) : la chouette héraclitéenne ! Elle arrive assez tôt, et c’est là où on voit toute la distance amusée que prend l’auteur avec les über-clichés
qu’elle décrit : une clairière, la nuit, non loin d’un cimetière, la terre fraîchement remuée, une pelle et sur la pelle, une chouette perchée… et là le lecteur pouffe devant l’énormité du
topos, sauf que la chouette ouvre son bec de chouette et sort, au lieu de hululer comme toute honnête hulotte, « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve »… wait…
whaaat ? même Drucila pense qqc comme « WTF ! c’est le pompon ! manquait plus que ça ! » (mais elle ne le dit pas comme ça, évidemment, c’est une vampire gentlewoman
qui ne cause pas comme une blogueuse à la manque !).
Enfin ce roman est extrêmement visuel, il appelle le film, la BD ou l’illustration, c’est une succession de tableaux
extrêmement typés qui ne pourront que vous inspirer si vous sentez en vous une fibre d’illustrateur (que ça soit par la photo, les arts digitaux, le dessin classique…). Le côté « conte
philosophique habillé de topoi fantastiques » m’a d’ailleurs fait songer à du Joann Sfar.
Je le recommanderai surtout aux amateurs de littérature et films vampiriques/gothiques et qui ont « fait leurs
humanités », je ne me serais pas autant amusée à le lire si je n’avais pas vu les mille et un clins d’œil à d’autres œuvres/scènes de Walpole (Le
Château d’Otrante) à Coppola (Dracula d’après Bram Stocker) et saisi quelques unes des références philo et psycho (mais je suis consciente
qu’il y en a qui m’échappent aussi, ce qui ne rend la chose que plus amusante). Bref, si tu es une ancienne khâgneuse un peu goth qui aime la vampiresploitation de la Hammer and co, ce livre est
fait pour toi ! (y’a même des refs à Women in Cages, dis donc !) si tu es une ancienne khâgneuse un peu goth, vampirique et lesbienne ou au moins lesbian friendly, ou même juste
féministe MAIS QU’ATTENDS TU ? cours chez Violette and co !
bon, ok, c’est un peu une niche, mais une niche plus importante que vous ne croyez (je ne dis pas que TOUTES les khâgneuses
sont goth and lesbian friendly, mais y’a un peu de ça parfois…)
Voici un article qui va parler de ma pomme, ça faisait longtemps… de ma pomme au sens ou mon article sur l’agapophobie (
http://roter.schnee.over-blog.com/article-agapophobie-47432619.html ) le faisait : certes fondé sur ma vie
intérieure aussi palpitante que celle d’une charogne à l’épiderme agité par des orgies d’asticots, mais, qui sait, pouvant peut être prétendre à une certaine généralisation (ne tapons pas dans
l’universalité, phôpadhek ). Et puis c’était trop long pour un statut FesseBouc, de toute façon (d’aucuns me feront remarquer qu’il y a des articles, sur FB, mais puis que j’en suis à écrire
un article, autant le faire ici…).
Quand on vit comme moi à 80% dans son cerveau, dont 80%
d’imagination et 20% de vaine ratiocination, quand on vit ses rêves éveillés avec une intensité aux répercutions somatiques, on en vient fatalement à la constatation que contrairement à ce que
rapporte l’Evangile (vous savez, ce bouquin qui, devant une scène au taux de badasserie plus outrancier que les slips en cuir de Kiss et Manowar réunis, aka The Almighty Son Of God poutrant
la Mort et faisant littéralement exploser la Géhenne dans un combat de TROIS PUTAINS DE JOURS sans interruption, avec magie divine, réussites critiques contre tous les démons réunis etc, bref, ce
bouquin qui avec un potentiel épique plus grand que Malekith, Elric et Daenerys montés sur Drogon, Viserion et Rhaegal allant à l’assaut Minas Tirith pendant que se déchaînent Dimmu Borgir et
Finntroll en soundtrack, nous gratifie de l’élipse la plus frustrante de la vie, de l’univers et du reste… mais je m’égare) « la chair est ardente mais l’esprit est faible » (mes amis
de FB diront que ça sent le réchauffé, et d’autres diront qu’aucun rapport avec ce qui est sous entendu dans l’Evangile, c’est pas la même chair, c’est pas le même esprit, OSEF, je parle bien
évidemment de MA chair et de MON esprit, laissons le Paraclet en dehors de tout ça…). Parce que non seulement je suis la créature la plus intellectuellement influençable du monde, parce que ma
stupide psyché n’a aucune arme pour lutter contre toutes sortes de tentations intellectuelles et de doctrines séduisantes mais surtout parce qu’il me suffit de PENSER à un truc pour que cette
chose devienne automatiquement pour moi réalité. C’est pour ça, ou bien c’est induit par l’assertion première (cf plus haut) que je le pense = je le vis. Ce qui me fait penser à Pontypool,
d’ailleurs (spéciale dédicace Steven !).
Ce qu’il m’arrive donc en ce moment c’est que, dans un
ordre que je ne m’explique encore pas très bien, je fais face au même désespoir, à la même situation d’atroce lucidité sur la péremption de mes idéaux, de mon identité même, à la même certitude
viscérale d’inanité et de décrépitude qui étaient miennes il y a 4 ans, quand j’étais en prépa et que je dessinais des trucs genre ça http://roter.schnee.over-blog.com/article-25422190.html : (et je le répète, histoire d’enfoncer le clou cf cet article http://roter.schnee.over-blog.com/article-l-univers-preparationnaire-98636496.html : c’était PAS à cause
de la prépa en tant que telle !). Et j’ai lu un livre (enfin j’ai survolé, vu le genre de littérature, HUM) qui m’a sembler dresser l’exact portrait de moi à l’époque sous les traits d’une
artiste folle cherchant l’absolu et l’exaltation dans le labyrinthe fangeux de son âme possédée par un démon, qui finit par peindre avec des matériaux répugnants (cadavres en décomposition,
sang…) en se scarifiant, en hurlant et en ne mangeant plus grand-chose (oui alors moi je me suis gentiment arrêtée au sang, cf http://roter.schnee.over-blog.com/article-19845588.html . Haha, me suis-je donc dit, sans encore avoir identifié ma situation
psychique actuelle comme correspondante à celle de l’époque (de la prépa), on dirait moi il y a 4 ans, lol (pensais-je, oui, je suis une kikoo, il m’arrive de penser « lol »), sauf que
moi je n’avais pas subit d’influence chaotique (que tu crois : comme si je n’avais pas eu de visions horribles et des pulsions encore plus effrayantes, mais on refoule vite). Et de
reprendre mes activités normales.
Sauf qu’environ 2 h après, je me suis retrouvée dans le plus terrible état qu’il m’ait été donné de connaître : celui de
mort / anesthésie / pétrification / dispersion / désintégration du « moi » quand soudainement on n’est plus, on se sent TELLEMENT mal qu’on pourrait tomber dans le comas, physiquement,
qu’on pourrait vomir, mais plus aucun des muscles ne fonctionne, le cerveau est en mode « blue screen of death » : on fixe le néant les yeux écarquillés, et il y a un moment où on
n’est littéralement plus « en » soi. Quand ça vous arrive seul comme ça m’était arrivé il y a 4 ans, il vaut mieux éviter les chambres avec crochet au plafond et au 7eme étage : il
semblerait que le corps, mu par un instinct de cohésion, cherche de lui-même à s’éteindre quand il se rend compte qu’il est vide. Là, j’étais sur mon lieu de petit-boulot, avec tout plein de gens
autour, dont ma mère, donc fatalement, le blackout est rompu par quelque source externe. Et c’est là que se manifeste l’urgence du mal, de la douleur, pour revenir à la vie et faire sortir la
bête de ses entrailles : deux solutions, soit on fait un mignon petit massacre et on est catalogué « gros barge, camisole chimique, perpétuité » (coucou Kim, Eric, Dylan et tous
les autres) soit on se fait du mal à soi même et on est catalogué « emo ». En attendant, la Bête est là, elle hurle, elle se débat dans nos tripes. Et soudain, j’ai eu l’idée, sans
renoncer à l’auto mutilation, de transformer ça en performance artistique : quitte à être les deux pieds dans l’horreur, autant y aller franco, comme disait Jose Antonio, du sang, de l’art,
des hurlements et du black metal, et c’est parti comme en 40 ! Et c’est là que tout change, sauvée que je suis par l’assertion première : le penser = le vivre, qui déjà m’a sans doute
amenée plus ou moins à revivre (parce que je m’en suis souvenue et que je l’ai repensée) mon expérience de prépa, tandis que plus je planifie mon petit happening. Au fur et à mesure que
l’apollinien vient transmuer le dionysiaque, la rage de destruction se transforme en créativité, en exaltation, et la troisième voie apparaît enfin : l’art.
Oui alors là je vous vois venir « tout ça pour
ça ? sérieusement ? tu vas arriver à la brillantissime et totalement inédite conclusion que tu peux transformer la mort intérieure, la nuit obscure en putain d’art ? sans
dec ? » mais noooon, rha ! prenons le problème à l’envers (owiiii… hum, ta gueule l’Amazone Gauchère !) : l’art peut il venir d’autre chose que de la mort, du carnage
(intérieur), de la souffrance, de l’ordure (intérieure, bis) ? je sais qu’il peut en venir, merci, Charlie-Charlot-aimé-des-goths est passé avant moi, mais je veux dire, peut il venir
d’autre chose ? Alors oui, on peut peindre/décrire/composer/sculpter des choses légères, lisses, mimi, ou hiératiques tendance loyal bon (cf classicisme), mais l’impulsion première,
l’étincelle qui va nous pousser à créer n’est elle pas forcément née d’une souffrance, d’un déséquilibre ? Y a-t-il une seule forme d’exaltation qui n’ait pas sont arrière goût de profond
désespoir, un seul sublime qui ne s’exprime dans la déchirure du mode mineur (pas littéralement, bande de gnous, évidemment qu’il y a des œuvres sublimes en majeur >_< je parle du sentiment
là) ? Il me semble que la sensibilité même, ce qui fait que nous pouvons à un moment ou un autre, être « ravis » par l’Esprit (le Geist de « Begeisterung ») vient d’un
défaut d’armure, d’une « faille » qui laisse entrer la muse, et aucune « faille » ne se fait sans douleur… En somme, la Chute, la Déchirure de la toile est la condition même
de l’extrême sensibilité, de la promptitude à l’exaltation des eldars, comme si le Chaos n’était pas la conséquence mais bien la cause même du sublime de cette civilisation, comme si la Chute
préexistait, dans un mode latent, « en puissance » à la Civilisation même… NOOOON, retirez ces deux mains et ces trois tentacules de vôtre face, ou relevez vôtre tête du bureau :
ça n’est pas ma conclusion, c’était JUSTE une considération en passant…
Et maintenant la grande question : qui est la
« muse » ? quel est cet esprit qui vient nous emporter de l’Horreur à l’Illumination ? est-ce un messager divin, à la Dosto’ ou Charlie-Charlot, qui pourrait nous faire dire
que la rédemption (là normalement je mets un R majuscule, mais ça fait trop de majuscules pour un seul texte, on va finir par se croire dans du new age…) de l’enfer passe par la beauté
(vous n’imaginez pas toutes les majuscules auxquelles vous échappez), que donc la beauté sauvera le monde, que la beauté du diable est le triomphe de D.ieu (oui bon là j’étais obligée…)
(d’ailleurs je ne sais pas si qqn a vraiment écrit un truc pareil, j’extrapole dans le genre totalement hérétique (<- ceci N’est PAS une référence impériale, merci, pour une fois que je cause
de vraie théologie IRL) . Est-ce au contraire la voie obscure qui nous montre que l’art n’est possible qu’en passant par l’enfer (et là ma métaphore du début fait trop calculée… alors que pas du
tout, j’écris au fil du clavier !)… Ce à quoi on pourrait répondre qu’il ne s’agit peut être pas de « passage par » au sens « d’acceptation » et de « pacte
avec » mais au sens de Résurrection et « poutrage de » (cf au début, donc, et non, c’était pas prévu d’avance (j’aurais pas du le dire, on aurait pu croire que j’étais trop forte
>_<, ma modestie me tuera (<- lol ! ) ).
Et si on arrête là tout de suite le délire mystique, on peut se demander de quelle étrange chimie du cerveau naît la pulsion
artistique. Est-ce un instinct de survie ? une forme de résilience qui répond avec une force proportionnelle à la souffrance dont elle est issue ? Non parce que depuis que l’Esprit
(Geist, la muse, enfin qui vous voulez…) s’est emparé de mon esprit, ça y est, c’est la fête du fundoshi et des braies réunis (coucou Drako !) : et vas-y que mon quotidien entier se
trouve transfirguré, mythifié : le même métro qui à l’aller ne m’inspirait que dégoût du monde, de la plèbe, de moi et furieuse tentation de se jeter dessous, se trouve peuplé d’archétypes,
de personnes mystérieuses, denses et magnifiques… Ce que je n’avais pas éprouvé depuis la dernière fois que j’ai aimé. D’où une autre question de chimie cérébrale : les zones du cerveau qui
s’agitent sous l’effet de la muse sont elles les même que celles qui s’agitent sous l’effet de Vénus (toute entière à sa proie attachée, la salope !) ? la chimie est elle la même ?
ça semblerait étayé par le fait que l’on raconte que quand on aime, on a envie d’écrire des poèmes (il parait, personnage ça ne me l’a jamais fait, mais j’ai rarement envie d’écrire des poèmes
aussi, beaucoup plus de tuer des armées entières pour la personne que j’aime)… bonjour, Xenashura/Maat/Mat/Macht/Dagorwen (j’ai tellement de pseudo que je ne m’y retrouve plus) vient de découvrir
la réalité de la pulsion Eros, aka création/sexualité/désir, de l’archétype dionysiaque voir panique et de tout ce qui lie exaltation artistique et érotique… youpi, demain on apprend
l’alphabet…
Enfin voilà, mes réflexions du soir en vrac… alors OUI, 40k personnes l’ont mieux dit que moi avant moi, d’Aristote à Freud
en passant par Nietzsche et Longin et saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d’Avila et même Hegel je suis sûre qu’on peut goupiller ça avec la dialectique et le dépassement qq part… m’enfin
avouons le, c’était 1000 fois plus intelligent mais 42 fois moins fun, leurs trucs :p
Sur ce je vous ferai remarquer en guise de conclusion que dans un admirrrrable effort stylistique je n’ai pas une seule fois
écrit le nom de Slaanesh ! (vous avez désormais toute liberté pour facepalmer et deskfacer).
Est-ce l’approche de cette lobotomie universelle qu’est la Saint Valentin et l’aigreur qu’elle suscite chez certains
célibataires trop récents, trop chroniques ou trop sensibles ? Une proportion alarmante de mes contacts mâles sur Fesse Bouc s’est mise depuis quelques jours ou semaines à bêler leur
souffrance de « nice guys » rejetés et de « friendzoners »… Le tout avec les rengaines usuelles « les filles préfèrent les salauds » « j’en ai marre d’être
gentil, je vais devenir un connard vu que c’est ce que les filles aiment » « j’en ai marre de ces filles qui ne me voient que comme un ami ou un frère ». C’est là que je sors ma
hache anti-phallocrate et ma claymore misogynocide : ne devenez pas des connards, les mecs, vous êtes déjà gagnants dans la course au titre !
J’ai conscience, ô mes sœurs féministes, d’enfoncer de
grandes portes ouvertes à coups de bélier, mais d’après ce que je lis, c’est encore nécessaire ici et là et je peine à trouver un article francophone résumant la chose. Pour les anglophones, nous
avons :
http://9gag.com/gag/951103?ref=fb-share
et une jeune fille qui résume assez bien d’autres articles féministes plus chiants :
http://thechargingsky.tumblr.com/post/16458168134
Qu’est-ce que le « nice guy » ? C’est un
garçon en général plutôt du type propre sur lui, gentil, commun, un peu terne qui se comporte selon sa bonne éducation et sa juste éthique, offre à ses amies une oreille attentive… en espérant
souvent secrètement bien plus de leur part, mais sans oser le dire parce qu’il est un peu timide, et le voilà « friendzoner » : enfermé dans cette catégorie redoutable dont les
légendes racontent que nul n’est jamais sorti, celle des « amis asexués ». Bon, là, ça reste relativement innocent, on se dit que le mec est un peu ballot, qu’il aurait du se sortir les
doigts en osant signaler son désir/son amour à la fille, mais tant pis, il aura d’autres occasions, il a gagné une amie, c’est très bien et plus solide. Le problème est que ça ne s’arrête pas là,
ça n’est même que le présupposé de départ, ça : nôtre tiède prétendant s’emplit d’aigreur à mesure qu’il collectionne ces expériences, que ses « amies » viennent lui confier leurs
problèmes de couples, et se met à tenir des propos insultants envers les filles en général, et les autres mecs : toutes des salopes (sauf sa mère), tous des connards (sauf lui, mais il
devrait en devenir un, hein, et elles verraient ce qu’elles verraient !).
Et ça veut dire quoi, ça, mon petit chou ? Que dans
la catégorie « connard », tu n’as, pour une fois, pas besoin d’efforts : tu te places déjà en tête ! Les filles sont méchantes, de te considérer seulement comme « un
ami » de dire « ahlala, si j’avais un petit copain aussi bien/sympa que toi » ? mais c’est de la pure politesse, c’est parce qu’elles se retiennent de considérer tes cheveux
gras ou ta coupe qui ne ressemble à rien, ton look d’ado qui a grandi trop vite, te petite bedaine de mec qui ne fait jamais aucun effort physique, tes boutons qui traduisent une incurie totale
pour ton épiderme et ton hygiène de vie en général, bref, de te toiser avec un regard condescendant et soupirer « sortir avec toi ? bitch, PLEASE ! ». Tu aimes qqn, et le fait
que cette personne t’estime suffisamment pour t’accorder son amitié ne te suffit pas ? wait, tu ne confonds pas « amour » avec quelque chose comme « convoitise » ou
« pulsion sexuelle » ? As-tu au moins essayé de te rendre digne d’elle, de te mettre à sa hauteur ? « mais moi je suis un mec bien » mais tu n’es QUE ça, « un
mec bien », tu n’es ni intéressant, ni cool, ni beau, ni drôle, ni entreprenant, ni audacieux, tu es « un mec bien », un mec bien qui ne fait aucun effort pour la séduire, à part
se venter et étaler ta prétendue intelligence ou culture avec une constance qui devrait te faire louer le ciel que ça ne soit pas MOI qui me trouve en face de toi, avec ma hache et mon épée, à ce
moment là. Imagine un instant que la fille se laisse aller autant que toi, qu’elle ne s’épile nulle part, qu’elle ne prenne pas soin de sa peau, qu’elle ne bouffe que des pizza… mais tu fuirais
en courant mec ! Que crois-tu, que les filles naissent avec une peau de poisson, totalement lisse ? qu’elles ont naturellement des sourcils bien dessinés ? que leurs cheveux
prennent magiquement des formes travaillées ? eh bien non, une femme au « naturel », comme souvent tu prétends les aimer, c’est poilu, ça a le sourcil broussailleux, ça a plein de
boutons quand ça ne fait pas gaffe à ce que ça mange… c’est comme toi ! Mais regarde la fille que tu aimes, ou que tu as aimé, est-ce qu’elle a des jambes de troll de forêts de Troy, est-ce
qu’elle a les sourcils de Brejnev ? non, elle FAIT DES EFFORTS, et toi, en face, tu fais quoi ? QUE DALLE !
Alors mon chou, tu vas être mignon, tu vas essayer de la
mériter un peu, la fille à laquelle tu penses, tu vas te mettre au sport, jeter ces immondes baskets ou ces pantalons en velours côtelé, tu vas entretenir ta peau… Non, il ne s’agit pas de tout
consacrer à l’apparence, mais d’être au niveau de la personne que tu as en face de toi, et si tu l’aimes, rien n’est trop beau pour elle, et si tu penses être beau à l’intérieur, pourquoi ne pas
le refléter sur la « couverture » ?
Mais attention, je t’arrête tout de suite, tu vas faire
ça, et tu vas le faire POUR ELLE, mon petit ex « friendzoner », pas pour COUCHER AVEC ELLE, et peut être que malgré tout cela, elle ne voudra toujours pas de toi comme petit ami… eh
bien soit ! Les filles ne sont pas des automates : tu te fais beau, tu es sympa, tu lui fais des cadeaux, et POUF, ça écarte les jambes… si tu penses ça, laisse moi te dire que tu es
une des pire merdes qui souille la surface de la terre. Si tes efforts sont intéressés et si tu attends un paiement en nature des heures que tu as passées à ses côtés, écoutant ses histoires dont
tu te fiches éperdument, en fait, tu ne mérites même pas qu’elle te dise gentiment « écoute, je t’aime bien, mais seulement comme un ami », tu mérites qu’elle crache à la figure du
misogyne calculateur et intéressé que tu es. Idem pour les garçons qui prétendent ne pas « comprendre les femmes » : les femmes ne sont pas des machines que l’on peut «
comprendre », pas plus que « les hommes », d’ailleurs il n’y a pas « les femmes » et « les hommes », il y a des êtres humains comme autant de mystères à
découvrir sans jamais avoir la prétention de les « cerner ».
Et non, ça ne fera pas de toi un connard de dire
« écoute, ta partie de W40k Eldars Noirs vs Tyranides avec Agnès et Chantale, ça m’a l’air passionnant mais ça n’est pas vraiment mon truc les wargames », ça fera de toi un garçon
franc, qui aime la fille pour elle-même et pas « qui est sympa dans l’espoir de coucher avec », pas plus que elle ne sera une salope qui se fout de ta vie si elle te dit « oui, je
suis sûre que la dernière collection de Lagerfeld était géniale, mais tu vois, la mode, ça n’est pas vraiment mon univers ».
Donc voilà, les mecs, arrêtez de vous plaindre tout le
temps, ne vous proclamez surtout pas « nice guys » ou « frienzoners» c’est l’équivalent de vous coller un post-it « douchebag » sur le front. Vous évoquez souvent la
chevalerie, les uns et les autres (oui, mes amis me ressemblent : ce sont des nerds) eh bien soyez chevaleresques, un peu : endurez mille souffrances (comme le sport, le régime…) pour
la dame de vos pensées, sans jamais penser au bénéfice, pour la seule gloire d’être digne d’elle, que l’honnêteté guide vos actes et non le projet de « se la taper » et qu’en fin, le
seul fait qu’elle daigne vous sourire soit pour vous comme le couronnement de vos exploits ! Allez, fiers paladins, et que jouvencelles soupirent pour vous !
Comme je trouvais que j’étais tombée par hasard sur une conclu’ pas trop dégueu et que l’article était assez long comme
ça, voici la suite en quelques liens et conseils.
Tout d’abord, si vous lisez un peu l’anglais, la question VO ou VF ? Oui, cette question se pose : parfois pour de
la fantasy comme Les Royaumes Oubliés ou de la SF à la Warhammer40k ou les bouquins dérivés de Star Wars, même si j’aime bien, je ne vous dirai
pas de foncer sur la VO si vous les avez sous la main en VF ou si c’est moins cher. A l’autre extrême, si vous lisez du Shakespeare, Byron, Keats c’est mieux d’avoir un gros niveau d’anglais et
il y a de très belles traducs, ne vous précipitez pas. Pour ASOIAF c’est différent, j’ai jeté un coup d’œil à la traduction et c’est très inégal : il y a un véritable travail sur les noms,
parfois à l’aide d’étymologies régionales, comme Peyredragon pour Dragonstone ou Freuxsanglant pour Bloodraven, mais il y a aussi des horreurs et la traduction des dialogues, des plaisanteries,
des trivialités et grivoiseries est lamentable : visiblement le traducteur ou la traductrice est qqn de cultivé, sensible, travailleur, mais alors pour l’humour et le langage de corps de
garde, pour la facilité à jongler d’un niveau de langue à l’autre… aaaargh ! Donc si vous le pouvez, lisez le en VO, même si vôtre anglais n’est pas courant : c’est typiquement le genre
de roman qui vous donnera envie d’avancer, de ne pas lâcher, de regarder dans le dictionnaire et qui vous fera progresser.
Quelques liens utiles :
le wiki anglophone : http://awoiaf.westeros.org/index.php/Main_Page
le wiki francophone (avec les VO des noms, pour vous y retrouver) : http://www.lagardedenuit.com/wiki/index.php?title=Accueil
(les deux sont complémentaires : certains articles sont plus étoffés sur l’un ou l’autre, certaines théories plus
développées sur l’un ou l’autre… regardez toujours les deux si vous êtes un peu perdu)
le site de Grrrrr : http://georgerrmartin.com/
(cet homme est trop chou ! il a dédicacé son tome 5 à ses fans \o/ (avec des noms et des pseudos et
tout !)
le forum anglophone : http://brotherhoodwithoutbanners.com/
http://asoiaf.westeros.org/
le forum francophone :
http://www.lagardedenuit.com/
et maintenant, parlons de la série…
C’est en gros une série sympathique, forcément, vu que le scénar est à tomber ! La plupart des acteurs jouent
extrêmement bien, les décors et costumes sont très très bien faits, je ne peux que vous la conseiller, globalement. MAIS
_ ils ont vieilli tous les personnages
_ils ne respectent pas du tout les descriptions physiques des personnages (Ned devrait être brun, pas châtain clair, il a les
cheveux LONGS, Jaime aussi, à les cheveux longs et bouclés, genre glamrock ou metal des années 80 ^^, alors que dans la série ils en ont fait le prince de Shrek… Arya est censée avoir un visage
long et des cheveux bruns aussi… Daenerys doit être mince et frêle comme une héroïne de shôjo alors que l’actrice (excellente ceci dit) a un cul de percheron et des seins qui commencent à tomber
car trop gros (par rapport au personnage), Joffrey devrait avoir les cheveux suffisamment longs pour être attachés, les Dothrakis n’ont aucune cohérence ethnique et sont fringués comme des sacs
(au sens propre)…
mais tout ce petit monde joue très bien, ça compense…
_ ils ont massacré certaines scènes, comme celle
d’ouverture, d’une grande poésie dans le livre, qui se passe LA NUIT !!! et massacré les Others, par la même occasion, en faisant les cousins givrés d’Eddy d’Iron Maiden alors que ce sont
des créatures cruelles et mystérieuses mais belles et civilisées (à mon sens une sorte de mélange entre des vampires et des élémentaires de glace)
_ les scènes de cul sont horriblement mais alors HORRIBLEMENT mal filmée : une scène très sensuelle et taboue, où tout
passe par les caresses et où les protagonistes sont nus devient une prise en levrette brutale et laide, idem pour une autre, douce et émouvante, qui devient un viol relativement ignoble d’une
toute jeune fille par un gros barbare (ce qui n’est pas DU TOUT comme ça dans le bouquin >_<), il y a des scènes ou des allusions qui ne sont pas montrées, d’autres qui sont inventées avec
plus où moins de goût (la pute de Theon : ça sert à rien… les lesbiennes de Littlefinger, ça sert à rien… Viserys et l’ex-prostitué femme de chambre de Daenerys dont j’ai oublié le nom… là
oui, yeah ! c’est bien foutu pour une fois…) alors que bon, s’ils voulaient du trash, du viol qui tâche, ils pouvaient faire un flash back sur Tysha et on aurait été servis… Donc à part les
fangirls de Viserys, ne regardez pas la série pour les scènes de cul…
de très bon articles sur les épisodes de la série se trouvent ici :
http://mirabilique.lluciole.fr/
(ne cliquez pas sur la catégorie « game of thrones » ça ne marche pas, faites une recherche avec le moteur
interne)
et enfin ce que je ne VEUX PLUS ENTENDRE sur la série/le livre/le jeu vidéo qui va peut être sortir :
_ il y a trop de sexe et de violence : c’est PIRE dans le livre, c’est PIRE dans la vie, so shut the fuck
up !
_ c’est pas histo… non mais NOOOON, c’est an-historique, ok c’est grosso modo med, y’a des éléments XIeme, y’a des éléments
XVeme voire XVIeme, dans le livre, et y’a tout ce qu’il y a au milieu, on y parle de corsets et de serres pour la culture hors sol (dans le tome 5), ça n’est pas NOTRE monde, même si c’est
inspiré de, ça n’est pas nôtre chronologie, donc arrêtez de dire de la merde et de râler contre les costumiers (par contre vous pouvez dire que la robe d’Arya à Winterfell est une abomination et
que les chemisiers des dames et damoiselles Stark sont une plaie pour les yeux, oui, mais pas que c’est « pas histo ») et les développeurs de jeux, merci !
pour info, la saison 2 sort en avril, après Black March donc, ouuuuf ^^
Comme vous pouvez le voir, même si je n’ai pas fait de liste (et pourquoi pas un journal intime tant que nous y sommes,
pfff…) j’ai pris au moins une bonne résolution pour l’année du dragon d’eau (pourquoi a-t-il fallu que je me coltine le dragon le plus pourri, sérieusement ? 88 dragon de TERRE >_<
mais non NON ! c’est sensé être épique un dragon, avoir la classe, pas être un vieux plouc chtonien, non non non ! bon, ceci dit, au moins j’ai évité le bois…) : celle
d’écrire plus d’articles ici et surtout des articles plus COURTS : quand on se met à avoir la flemme de relire ses vieux articles parce que tldr, c’est qu’il y a un sérieux problème de
logorrhée… Et pour inaugurer cette résolution je me lance dans un article sur… A Song Of Ice And Fire ! youpi, soyons maso !
Si vous trainez vous yeux ici, ça m’étonnerait beaucoup
que vous soyez tout à fait innocent dans le domaine : soit vous me connaissez IRL ou sur le net et ça fait des mois que je vous les brise avec ça, soit vous êtes quand même un peu
geek/otak/goth/rôliste et normalement qqn dans vôtre entourage vous en a déjà parlé, peut être sous le nom du « Trône de Fer » ou « Game of Thrones » qui sont les noms VF et
VO du premier tome de la série et de son adaptation télévisuelle sur HBO. Mais de toute façon je n’écris cet article que pour pouvoir le balancer au gens qui me demandent de quoi il s’agit parce
que j’en ai marre d’expliquer pour la 15eme fois…
A Song Of Ice And Fire (ASOIAF pour faire court) est une
série de heroic fantasy écrite par George Raymond Richard Martin (GRRM pour la plupart, Grrrrrr pour moi) et publiée à partir de 1996 (merci wiki). Elle comporte 7 tomes dont 5 sont parus, le
dernier l’année dernière. C’est à mon sens le meilleur ouvrage de fantasy que j’aie pu lire depuis Tolkien bien que les deux n’entrent pas du tout dans la même catégorie. Il ne s’agit pas avec
ASOIAF de fantasy « classique » avec abondance d’elfes, nains, dragons, sorciers etc… dont l’existence est posée là, comme une évidence : nous ne sommes plus dans l’ère de la
magie, ni dans celle des merveilles, ni même dans celle des héros, cependant tout cela subsiste à l’état de traces endormies ou oubliées. Oui il y a des créatures merveilleuses, des sorcières et
prêtres aux étranges pouvoirs mais cela n’est pas donné pour acquis, on le découvre au fur et à mesure, du point de vue d’humains pour qui tout cela appartient à des légendes anciennes. Imaginez
un roman historique, avec ses guerres, ses intrigues politiques, ses romances ET sous tout cela, de la magie et des polarités cosmiques (glace et feu, nuit et lumière). Mais cela, bien
qu’intéressant, ne fait pas la valeur d’une série de romans, ce qui distingue clairement ASOIAF dans le monde de la littérature épique et de la littérature en général est :
_ la diversité des points de vue : chaque chapitre est narré à travers le regard d’un des personnages, ses idéaux, ses
désirs, son ton, son âge ; ce qui entraîne une diversité de registres de langue des plus amusantes et réalistes
_ la beauté des descriptions, quand l’auteur échappe laisse son personnage pour faire jaillir dans l’esprit du lecteur des
paysages fascinants, mystérieux, inquiétants et sublimes et sa puissance d’évocation qui fait tantôt sourire devant la tendresse ou la joie innocente, tantôt frémir d’horreur devant des scènes de
boucherie répugnante
_ le refus absolu du manichéisme, des grosses ficelles de narration, des situations prévisibles : tout ce qui nous est
présenté ne l’est jamais qu’à travers la subjectivité d’un personnage, non seulement les évènements les font évoluer, mais en plus nôtre compréhension de leurs motivations change au fur et à
mesure de nôtre avancée dans les romans, ainsi les actes d’un personnages peuvent nous sembler irrationnels et monstrueux jusqu’à ce que l’on entrevoie la partie immergée de l’iceberg ; rien
n’est stable dans ce monde, les héros meurent, les innocents sont mutilés, les injustices ne sont pas réparées… comme dans le nôtre !
_ la richesse et la complexité de l’univers représenté, ses civilisations, sa géopolitique, ses religions et leurs lutes
d’influence…
_ la variété extrême des scènes, des genres : on passe de l’épopée à la politique, de l’intérêt personnel aux idéaux, de
la belle camaraderie aux pires bassesses, de la chevalerie brigande à l’érotisme le plus torride, de la dévotion âpre au pire sacrilège… l’auteur ne recule devant RIEN : cannibalisme,
inceste, viols, épidémies, déchéance, sacrilège…
On pourra cependant reprocher une certaine facilité du langage grossier/de corps de garde : autant c’est parfois
nécessaire et bien venu dans la bouche de soudards, autant l’obscénité, les "fuck ", "bugger" et autres "cunt" sont un peu trop omniprésents, comme si l’auteur forçait sur le gingembre, de peur
que l’on trouve son plat insipide, alors que le plat en question n’en a nul besoin mais fort heureusement n’en pâtit pas trop. Les civilisations décrites sont également parfois trop semblables à
leurs modèles historiques : les Dothraki sont tellement mongols qu’il m’arrive de lire « Gengis Kahn » au lieu de Khal Drogo, la civilisation de Dorne est tellement arabo/orientale
que l’on a forcément des images de pur sang à la face concave en tête, de danse du ventre et de charmeurs de serpents (mais c’est aussi plus que cela, en tout cas, vues les mœurs, c’est
pré-islamique), heureusement que les Greyjoys ont les cheveux noirs de jais sinon ça serait l’énorme cliché des gros vikings, Pentos est grecque (surtout Illyrio Mopatis, rien que le nom…)
Braavos est Venise, Volantis est Malte/Chypre enfin parfois c’est un poil trop obvious… MAIS tout cela est compensé par le délire total que représentent les villes de Qarth (un peu indienne, cela
dit) et de la Slavers Bay (ultra mésopotamienne, mais en version total WTF), où c’est tellement n’importe quoi qu’on se croirait dans les Voyages de Valerian et Laureline…
Mais tout cela est bien peu de chose face au mérite principal d’ ASOIAF : être l’ultime roman d’initiation pour tout
jeune adulte/ adolescent ! non pas que la série se destine à ce public, non, mais l’enseignement qu’elle apporte, sur la vie, sur l’histoire, sur l’humanité et la politique est fondamental.
Et le tout sans idéologie, ce que je hais plus que tout en littérature et en art en général : on ne nous dit pas d’être bon, d’être relativiste, de ne pas avoir d’idéaux, de ne croire en
rien, on ne nous dit pas d’être tolérant et d’aimer tout le monde, non… on nous parle de la vie, de la mort, de la souffrance, des hommes brisés, des honnêtes crapules, de la banalité du mal, du
prix de la liberté et du confort de l’esclavage, du jeu politique… et ce sans jamais dire que telle chose est bonne et telle autre mauvaise, sans aucune moraline, sans nous dire que telle route
est la bonne. Comme je le disais à une amie, ces livres m’ont plus appris sur l’écriture de l’Histoire que Veyne, sur la fabrication des héros, sur la manipulation du peuple que 1984, sur
l’horreur de la guerre pour le civils que tout ce que j’ai pu lire sur 14/18 et sur les guerres de 30 ans… Ces livres nous apprennent à être des hommes sans tuer l’enfant en nous, décillent nos
yeux sans désenchantement, comme si les philosophes latins et pragmatiques et les moralistes baroques avaient enrobé leurs enseignements du miel de l’épopée et de l’aventure.
Ça doit être la tombée annuelle du classement de Shanghai, ou celui de Sarcelles, ou je ne sais quelle autre liste décroissante d’établissements universitaires et préparationnaires mais les journaux, d’après leurs unes affichées dans le métro ou sur les kiosques, ne parlent que de ça. Ils viennent même, tels un Poutine chassant le Tchétchène, me traquer jusque dans les toilettes ou Leviathan déposa il y a quelques jours un numéro du Monde à mon intention, pour que je lui donne, me demanda-t-elle avec un regard plein de pré-culpabilité, mon avis sur la question. Avis que dans ma folle prétention je ne trouve pas trop inutile de vous faire partager, ô mes trois lecteurs qui vous battez en duel, histoire de rompre un peu avec le discours global de journaleux qui ont sans doute vu de loin les prépas de la Sainte Montagne en se disant qu’elles étaient trop vertes et bonnes pour des goujats…
On peut donc lire que les prépas et surtout les horrrrriiiiiiibles boîtes à Khonkours de la Montagne Sacrée (qui n’a rien à envier à celle de Jodo’, niveau WTF)
Hell’Elgë et Ash-Khâtre pour ne pas les nommer sont des milieux anxiogènes où les pauvres petits bons élèves issus des classes moyennes ou du moins non bourdieusiènement héritiers n’ont aucune
chance de survie face aux spectres de l’anorexie, de la dépression, du suicide et surtout des horribles professeurs-seurs-seurs avec leurs manteaux en cuir et leur tête de mort en insigne (et je
ne parle même pas des bergers allemands !). Et là je dis STOP LE BULLSHIT ! Ce genre d’article suinte la haine des élites totalement démagogue et surtout la méconnaissance totale du
milieu : j’ai passé mon école et collège dans un lycée ultra disciplinaire et élitiste du 6eme arrondissement qui a le bon goût de ne pas se trouver très loin des Korean Barbecue de
Montparnasse ni de sa Fnac, puis le lycée et la prépa à Hell-Elgë avant une brève visite à Ash-Khâtre histoire de compléter ma collection, so I know my business, bitches ! Et là vous allez
me dire : ouais mais justement, ma cocotte, dans le genre suicidaire/morrbido/gotho-dévianto/maldensapo, tu te poses là… Eh bien oui, et c’est justement pour ça que je peux vous dire, ayant
collectionné presque avec délice les clichés de la prépateuse en perdition, que cela n’a RIEN à voir avec l’atmosphère de la prépa, mais alors rien du tout.
Oui il y a beaucoup de dépressifs, de gens bizarres, d’anorexiques, des lesbiennes, de gays, de
mystiques, de futures nonnes, de sado-masochistes en prépa, mais ça n’est pas la PREPA qui les fait sortir du droit chemin hétéro-patriarcho-consuméro-normé (et en léger surpoids) c’est l’étude,
ce sont LES études, et inversement, c’est cette sensibilité, ce déséquilibre qui nous pousse aux études et à la prépa, qui est une sorte de naos des études : plus nous apprenons, plus nous
réfléchissons, plus nous passons 6h d’affilée le cul sur une chaise à nous livrer sans honte au cerebronanisme et à la diptèrophilie, plus nôtre esprit explore l’extrême, plus nous nous
enhardissons à regarder en face les abîmes, la béance (spéciale dédicace GG ! what’s up dog ? alètheia forever !) de … oui bon ok là je sens que je m’excite un poil et que cet
article va finir par être complètement jargoneux et lyrique, ce qui n’est pas le but. Donc en gros, plus on réfléchit, plus rôde dans les Marches de la Folie, et plus on est naturellement
déviant, plus on est porté à réfléchir, à étudier le pourquoi du comment des gens qui étaient comme nous avant nous, les courants esthétiques qui nous ressemblent… cercle vicieux donc, MAIS
jouissif, de façon un peu morbide parfois parce qu’au risque de revêtir ma cape de Captain Obvious, l’apprentissage n’est pas source de bonheur, plus on réfléchit plus on déprime et heureux les
aveugles dans leur caverne : réfléchir est la pire chose qu’on puisse imposer à un Homme pour briser sa tranquillité et sa stabilité en mille morceaux. Donc pour résumer, oui, on est dans un
état étrange et plus proche du New Hampshire que de l’Ohio (à savoir le Massachussets), mais ça n’est pas la PREPA c’est l’étude qui fait ça, et en ce domaine, oui, la prépa est plus dangereuse
que la fac, parce que chacun sait qu’à la fac on passe vaguement son temps à raider/aller en soirées/peindre des figurines/faire des JdR (rayez les mentions inutiles) qu’à étudier, ou alors
vaguement avant les partiels histoire de recracher grosso modo ce que l’on sait être attendu. Le truc vicieux avec la prépa c’est qu’on vous FORCE à réfléchir, même si on fout que dalle à la
maison (ce qui fut, hélas, mon cas, le démon de l’acédie ayant fait de mon âme sa résidence secondaire) on est très régulièrement amenés à passer des khôlles, ou des DANS et là, pas moyen de s’y
dérober : on est là, on bosse ! En général, on veut quand même un peu intégrer, donc on va plus souvent au cours que non et hop, même si on se bouche très fort les oreilles, il y a un
moment où on en vient fatalement à étudier…
Soit disant que l’atmosphère serait exécrable, élitiste, stressante… bullshit once again !
je ne dis pas qu’à Ash-khâtre ça n’était pas un peu morose, certes, mais pas plus que n’importe quelle école, quand à Hell-elgë, là c’était très clairement la fête officielle du fundoshi
quasiment H24 : liberté, délires, bonne ambiance, déjà au lycée c’était extra, mais encore plus en prépa où nous sommes les « trésors » du bahut qui veut des bons résultats au
Khonkours et nous chouchoute en conséquence. L’administration est vingt fois plus supportable que celle de la Sorbonne (sauf le pôle Malesherbes section études germaniques qui a l’administration
la plus adorable, la plus digne d’éloges, la plus efficace et sympathique du monde, du cosmos, des 7 mers et du reste), les locaux sont frais, modernes, agréables, des voyages sont régulièrement
organisés, et l’immense majorité des profs sont également à nos petits soins, compréhensifs, maternels et paternels… bon, évidemment, comme partout il y a de francs connards qui ne font au final
que renforcer la cohésion du groupe à force de haine à leur égard, mais au final les bon côtés contrebalancent largement l’aura funeste de ces tristes sires. Oui, ces connards ont pu traumatiser
des élèves, mais quel lycée, quelle fac, quel collège n’a pas son lot d’infâmes castrateurs sans cervelle ni réelles connaissances (et qui traitent cependant leurs élèves comme de la merde,
youpi !) ? à Hell-Elgë nous n’en avions que deux, ce qui est bien moins que la moyenne des établissements scolaires…
Et quid de la camaraderie ? la compétition domine-t-elle ? fait elle ressembler la classe à une annexe de Battle Royale ? ne peut on pas laisser ses
notes sur la table de peur de ne jamais les retrouver en revenant des toilettes ? Nawak, nawak et triple nawak : mes années de lycée et prépa à Hell-Elgë ont été celles qui m’ont fait
découvrir le sens des mots camaraderie, soutient, esprit de corps : c’est bien l’entraide qui prédomine, et l’entraide désintéressée : on ne se voit pas comme des concurrents mais plus
comme les Spartiates aux Thermopyles, prêts à se battre ensemble, à triompher ensemble ou échouer ensemble. Après, comme pour les profs, nulle promotion n’est parfaite : il y a forcément la
brochette d’arrivistes lèche-culs qui ne pensent qu’à réussir et ont un prétention sans borne, ainsi que le petit groupe de filles, souvent alliées à ladite brochette, qui ne vivent que pour
colporter des ragots aussi laids que leurs faces de thons (oui, je m’énerve un peu là) mais ça fait quoi ? 7 pommes pourries sur une classe de 50, tout au plus…
Donc j’aimerais bien que les journalistes arrêtent de véhiculer des légendes urbaines, de donner
au public moyen ce qu’il veut entendre, sur les prépas comme sur les goth, les rôlistes ou les metaleux, de cultiver une répugnante haine des élites. La prépa peut réveiller en nous, à force de
réflexion, des démons qui sommeillaient, des fêlures enfouies mais en aucun cas elle ne les suscite, ceux qui prétendent ça n’ont tout simplement pas l’honnêteté de voir que leurs problèmes
étaient en eux AVANT, qu’il doivent les régler ou les accepter eux même au lieu de s’en prendre à une instance extérieure.
La réussite aux concours n’est pas réservée aux héritiers : plusieurs de mes camarades issus de classes moyennes ont intégré, je ne m’hasarderais pas à des
pourcentages, mais je ne pense pas qu’ils soient minorité, la réussite aux concours ne sanctionne pas non plus une plus grande culture ou une plus grande intelligence : si des jeunes
prépateux, taupins, khâgneux ou épiciers me lisent, sachez que la réussite au concours ne tient qu’à deux choses : l’organisation et le travail ! Ce qui demande en plus une troisième
chose, pour accepter les deux premières : la modestie. Vous pouvez commencer avec un niveau TRES faible et intégrer en carré avec pour seules armes l’organisation et le travail comme vous
pouvez commencer avec des résultats qui poutrent et vous viander au concours parce que vous n’avez jamais pris sur vous de vous sortir les doigts du c. un grand coup.
Enfin, ça n’est pas forcément en prépa que j’ai rencontré les meilleurs profs (ce qui fait la réussite d’une prépa, ça n’est pas le prof, c’est l’élève et son
travail, un mauvais prof peut avoir de meilleurs résultats au concours parce que ses élèves auront du coup beaucoup plus travaillé par eux même, ne lui faisant pas confiance, qu’un bon prof sur
lequel les élèves se seront reposés) mais c’est là où j’ai rencontré mes meilleurs amis et camarades et vécu le plus de moments totalement absurdes, improvisés et joyeux.
Faites passer le mot si vous connaissez des personnes en prépa où qui comptent y aller : la prépa ne fait que vous révéler à vous-même, elle n’est pas à
craindre, elle est toujours un enrichissement.
Les courtisanes de l'époque d'Edo avaient une coutume d'un romantisme poignant: se couper le petit doigt et l'offir à leur amant, l'Unique, celui auquel elles voulaient être toute et qui saurait que malgré les activités de leur amante, son âme leur serait fidèle. (et moi d'une grande malhonnêteté intellectuelle si j'omettais de dire qu'elles se faisaient parfois aussi tatouer le nom de cet homme sur une partie discrète du corps comme le dessous du bras accompagné du kanji du mot "vie", le genre de truc hypra craignos, on est en plein dans le "à Robert, pour la vie", urgl, enfin c'est tout de même une histoire de périprostipute et de mac hein...)
Et je pense à toutes les personnes des deux sexes qui s'engagent trop vite, qui souffrent d'une relation où l'autre est moins impliqué qu'elles, qui finissent par
se faire tromper ou jeter. A moins que ça ne soit un choix délibéré que d'enchaîner les aventures, ou de pratiquer la polygamie/polyandrie informelle (mais dans ce cas là on n'en souffre pas si?)
je n'aurais qu'un conseil: ne permettre à personne d'avoir accès à vôtre coeur et à vôtre corps s'il/elle n'est pas prêt(e) à faire le sacrifice de son petit doigt! (enfin d'un de ses, on espère
qu'il/elle en a deux)
La belle affaire d'entendre les discours classiques que l'on lit dans les romans balsaco-zolesques pour être la proie des intrigantes et autres opportunistes: si vous êtes l'homme/la femme de sa
vie, qu'il/elle donnerait tout pour vous, qu'il/elle commence par vous faire don de son petit doigt! qu'il/elle se le coupe sous vos yeux! prévoyez un beau flacon rempli de formol pour conserver
cet unique présent. Dans le cas d'une relation SM, la réciproque n'est pas obligatoire, mais pour ma part, je la trouve, nécessaire pour un couple "normal" où les deux amants sont sur un pied
d'égalité. Si vôtre amant(e) n'est même pas capable de ce menu sacrifice pour vous, c'est que vous n'êtes pas la chose la plus importante à ses yeux, il faudra vous attendre à une
déception/trahison!
De plus, comme la chair est faible malgré la meilleur volonté du monde, cette mutilation, constemment sous les yeux, lui rappellera son voeux d'être vôtre jusqu'à la mort, en cas de doute.
Evidemment, je m'adresse là aux romantiques à tout crin, je pense qu'ils sont relativement peu nombreux, mais pour ma part, que personne ne vienne me compter fleurette sans son couteau, sa
planche à découper et son flacon de formol: pas de yubitsume, pas de chocolat!